Sermon de Mgr Lefebvre – Purification – Prise de soutane – Ordres mineurs – 2 février 1981

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers amis,
Mes bien chers frères,

Cette fête émou­vante de la Purification de la très Sainte Vierge, fête si ancienne dans l’Église, qu’elle remonte vrai­ment à ses pre­miers temps.

Et comme la conclu­sion de toutes les fêtes qui depuis la Nativité ont émaillé tout ce temps de la Nativité, de l’Épiphanie – et si nous pou­vons résu­mer ce temps litur­gique de la Nativité, de l’Épiphanie – nous pour­rions dire que ce temps a été celui des témoins. Témoins de Notre Seigneur Jésus-​Christ, témoins de la Lumière, de la Lumière qui est venue en ce monde ; de cette lumière qui illu­mine tout homme venant en ce monde :

Quæ illu­mi­nat omnem homi­nem venian­tem in hunc mun­dum (Jn 1,9).

Comme le dit saint Jean : Erat lux vera (Jn 1,9) : Oui, Jésus est la vraie lumière. Il l’a dit Lui-​même : Je suis la lumière du monde : Ego sum lux mun­di.

Lumière qui nous apporte la clar­té et la véri­té dans nos intel­li­gences et en même temps qui nous apporte la vie de l’Esprit Saint, la cha­ri­té dans nos cœurs.

Ces témoins ont été nom­breux. Déjà avant la nati­vi­té, c’est l’ange Gabriel qui témoi­gnait de la divi­ni­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ, en annon­çant la Bonne Nouvelle à la Vierge Marie. Puis ce fut la Vierge Marie elle-​même, dans son Magnificat. Et puis, ce fut Élisabeth, Joachim, témoins de la divi­ni­té de Notre Seigneur. Saint Jean-​Baptiste lui-​même, dans le sein de sa mère, mani­fes­tait la gran­deur de Dieu qui venait le visiter.

Et puis ce furent les ber­gers de Bethléem invi­tés par les anges du Ciel, à chan­ter la gloire de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Ce furent ensuite les Rois Mages qui vinrent s’humilier devant cet Enfant dans la crèche, recon­nais­sant sa royau­té, recon­nais­sant tous ses pri­vi­lèges de Roi.

Et puis aujourd’hui, l’Église nous rap­pelle que deux témoins pri­vi­lé­giés ont accueilli Marie et Joseph et l’Enfant-Jésus dans le Temple. Ce sont Siméon et la pro­phé­tesse Anne – qui, dit l’Évangile – avaient atten­du la venue de Jésus afin de témoi­gner pré­ci­sé­ment de la venue du Messie.

Et alors, le vieillard Siméon, pre­nant l’Enfant-Jésus dans ses bras chante son Nunc dimit­tis. Quelle magni­fique nuée de témoins qui nous ont pré­cèdes, dans le témoi­gnage que nous devons rendre à la divi­ni­té de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Peut-​il y avoir une fête qui cor­res­ponde mieux, mes chers amis, à ces céré­mo­nies aux­quelles nous allons assis­ter dans quelques ins­tants. Pour vous qui allez rece­voir, dans quelques ins­tants, la livrée du Seigneur, qui allez deve­nir des clercs, qui allez revê­tir la sou­tane et le sur­plis, vous allez pré­ci­sé­ment au milieu de ce monde per­vers, au milieu de ce monde qui repré­sente vrai­ment les ténèbres dont parle aus­si saint Jean :

Et lux in tene­bris lucet et tene­bræ eam non com­pre­hen­de­runt (Jn 1,5) : « La lumière s’est levée dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas compris ».

Eh bien vous aus­si, qui allez revê­tir la sou­tane aujourd’hui, vous vous levez dans un monde de ténèbres et vous allez por­ter la lumière au monde.

Quelle magni­fique voca­tion est la vôtre. À la suite de tous ces témoins que je viens d’énumérer, vous allez, vous aus­si, en ce ving­tième siècle qui ne veut plus rece­voir Notre Seigneur Jésus-​Christ, ce monde qui se croit adulte ; ce monde qui ne veut plus s’incliner devant Notre Seigneur Jésus-​Christ, qui ne veut plus imi­ter les Rois Mages qui se sont age­nouillés devant cet Enfant pauvre, indi­gent, dans cette crèche, dans cette étable, eh bien vous allez être des témoins, témoins de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Et devant ce monde ratio­na­liste, devant ce monde per­vers, qui se croit plus que Dieu, qui se déi­fie lui-​même, vous allez leur apprendre qu’il faut s’incliner devant Dieu ; qu’il faut ado­rer Notre Seigneur Jésus-​Christ. Et l’adorer par­ti­cu­liè­re­ment dans la Sainte Eucharistie. Il faut que le monde s’humilie à nou­veau devant Notre Seigneur Jésus-​Christ ; qu’il s’agenouille devant ce grand mys­tère comme l’ont fait les Rois Mages devant ce mys­tère de l’Enfant-Jésus, Créateur du monde et de l’univers, venu dans une crèche. Il faut aus­si que le monde d’aujourd’hui s’agenouille devant l’Eucharistie et recon­naisse la divi­ni­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ et sa pré­sence dans la Sainte Eucharistie, la pré­sence de son Esprit Saint.

Voilà ce que vous por­te­rez au monde. Et vous le ferez cou­ra­geu­se­ment. Oh, vous serez per­sé­cu­tés, vous serez contre­dits, vous serez ridi­cu­li­sés, vous serez condam­nés. Eh bien vous sui­vrez aus­si ceux qui ont souf­fert pour le témoi­gnage de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Vous serez ces mar­tyrs, qui veut dire pré­ci­sé­ment témoins, témoins de Notre Seigneur.

Et toutes les céré­mo­nies qui, dans quelques ins­tants, vont se dérou­ler sous nos yeux, toutes les paroles du Pontifical, paroles dont on ne connaît même plus bien­tôt les ori­gines, tel­le­ment elles sont loin­taines et vrai­ment expriment toute la foi de l’Église, la foi de l’Église de tou­jours. Ces paroles vont vous dire et vous redire que vous por­tez la lumière ; que vous êtes lumière ; que vous devez luire ; que votre lumière doit luire dans les ténèbres.

Pour vous Acolytes qui allez por­ter la lumière, pour vous Exorcistes qui allez lut­ter contre le démon, contre ses ténèbres qui sont tou­jours si puis­santes aujourd’hui ; pour vous Lecteurs, qui allez, dans un lieu éle­vé, prê­cher, por­ter la parole de l’Évangile à ceux qui ne la connaissent pas ; et pour vous Portiers, vous allez, en gar­dant le temple du Seigneur, mani­fes­ter la sain­te­té de ce temple par la pré­sence de Celui qui l’habite, par Dieu Lui-​même qui habite ce temple : Hæc est Domus Dei et por­ta cœli : Ici c’est la demeure de Dieu et la porte du Ciel.

Mais vous sur­tout qui allez revê­tir la sou­tane aujourd’hui, ce sera pour vous un grand chan­ge­ment dans votre vie, non pas seule­ment un chan­ge­ment exté­rieur, mais aus­si un chan­ge­ment inté­rieur. Il fau­dra que vous soyez digne de l’habit que vous por­tez. Le monde attend cela de vous. Je dirai même le monde païen, le monde qui refuse Dieu, le monde qui lutte contre Dieu, attend de vous ce témoi­gnage. Et à plus forte rai­son ceux qui ont gar­dé la foi. Les chré­tiens aujourd’hui désem­pa­rés, aban­don­nés par leurs pas­teurs. Ces chré­tiens qui ne reçoivent plus la lumière de leurs prêtres. Car leurs prêtres ne leur apprennent plus la divi­ni­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ ; ne leur apprennent plus à s’agenouiller pro­fon­dé­ment pour ado­rer Notre Seigneur dans la Sainte Eucharistie. Pauvres fidèles aban­don­nés par des pas­teurs indignes !

Alors vous n’hésiterez pas à vous pla­cer dans, la suc­ces­sion des vrais pas­teurs ; de ceux qui ont tou­jours ensei­gné la divi­ni­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ : Que votre règne arrive ; que votre volon­té soit faite sur la terre comme au Ciel.

Voilà ce que nous a ensei­gné Notre Seigneur. Et vous serez de ceux qui enseignent cela aux fidèles, qui ont besoin d’entendre cela ; qui ont besoin de savoir que Notre Seigneur Jésus-​Christ doit régner, non pas seule­ment dans le Ciel, mais ici-​bas, dans nos cœurs, dans nos âmes, dans les familles, dans la Société. Tout appar­tient à Notre Seigneur ; tout est à Lui. Nous n’avons pas le droit de Lui sous­traire quoi que ce soit de son royaume.

Alors vous deman­de­rez et nous deman­de­rons tous ensemble avec la très Sainte Vierge Marie dont nous fêtons la Purification, nous deman­de­rons d’avoir cette foi, cette foi profonde.

Oh ima­gi­nez, com­bien la Vierge Marie devait croire en son divin Fils ; elle y a cru jusqu’au mar­tyre, jusqu’à sa Passion, car elle a eu aus­si sa Passion. Un glaive a trans­per­cé son, cœur.

Eh bien vous accom­pa­gne­rez Marie jusque dans sa Passion. Et vous deman­de­rez à la très Sainte Vierge Marie de vous don­ner sa foi. Que jamais votre foi ne défaille ; que jamais vous ne soyez de ceux qui se com­pro­mettent avec le monde ; de ceux qui ont peur de pro­cla­mer la divi­ni­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ ; de ceux qui hésitent devant la divi­ni­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ et de toutes ses consé­quences, les consé­quences les plus ultimes de cette foi en Notre Seigneur Jésus-Christ.

Soyez fidèles, fidèles à la Vierge Marie, fidèles à vos enga­ge­ments, fidèles à l’habit que vous allez rece­voir aujourd’hui, fidèles à l’Église, fidèles à tous ceux qui vous ont pré­cé­dés et qui ont don­né leur vie et par­fois leur sang pour attes­ter la divi­ni­té de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.