Sermon de Mgr Lefebvre – Saint Joseph – Sous-​Diaconat – Ordres mineurs – Sitientes – 19 mars 1988

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers amis,
Mes bien chers frères,

Rendons grâces à Dieu, de cette heu­reuse coïn­ci­dence de la céré­mo­nie des ordi­na­tions de ce matin, avec la fête de saint Joseph.

Même si nous ne chan­tons pas la messe de saint Joseph, il est pour les prêtres un modèle, modèle de ver­tu. Si saint Joseph n’a pas été asso­cié aux apôtres pour deve­nir prêtre, il a mon­tré l’exemple des ver­tus sacer­do­tales. Exemple de la chas­te­té, exemple de la pau­vre­té, exemple aus­si par­ti­cu­liè­re­ment par le choix même que le Bon Dieu a fait de lui comme père nour­ri­cier de son divin Fils, exemple d’union, d’union intime avec Notre Seigneur Jésus-​Christ et avec sa sainte Mère, avec la très Sainte Vierge Marie.

Ne sont-​ce pas là pré­ci­sé­ment des ver­tus que doivent pra­ti­quer ceux qui se des­tinent au sacer­doce ? Humilité, pau­vre­té, chas­te­té, union à Notre Seigneur Jésus-​Christ et à la très Sainte Vierge Marie ? C’est toute la vie du prêtre, toute sa vie intérieure.

Et si l’Église demande que pour cette céré­mo­nie d’ordination qui a lieu le same­di avant le pre­mier dimanche de la Passion, l’on uti­lise et l’on emploie, le rite de la messe Sitientes – celle que nous allons célé­brer – c’est parce que cette messe a aus­si une orien­ta­tion toute par­ti­cu­lière, faite pour encou­ra­ger ceux qui reçoivent les ordi­na­tions, à se rendre aux sources de la sain­te­té, aux sources de la vie : Sitientes : ceux qui ont soif, soif des sources de la vie.

Et puis l’évangile où Notre Seigneur dit qu’Il est la Lumière, la Lumière du monde. Aller vers les sources de la vie, aller vers la Lumière du monde, n’est-ce pas ce que l’Église demande à vous, mes chers amis, par­ti­cu­liè­re­ment vous qui allez rece­voir l’ordre du sous-diaconat ?

Pour tous ceux qui sont ordon­nés, en par­ti­cu­lier aujourd’hui les Exorcistes, les Acolytes et les SousDiacres, l’Église demande que ceux qui se dirigent vers l’autel, s’éloignent du monde, s’éloignent des ténèbres et s’attachent à la Lumière.

En effet, à mesure que, avec ces grâces d’ordination, vous vous appro­chez, mes chers amis, de l’autel, vous vous appro­chez de Notre Seigneur Jésus-​Christ Lui-​même, source de vie, source de la Lumière, Lui qui est bien la fon­taine de vie. Cette fon­taine jaillit pour la vie éter­nelle. Il l’a dit à la Samaritaine.

Quelle grâce pour vous, quelle grâce pour le prêtre de s’approcher ain­si de l’autel et de s’approcher de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Pour vous, chers amis, qui allez rece­voir l’ordre d’Exorciste – par les fonc­tions d’Exorciste – vous chas­sez les démons ; vous libé­rez les fidèles de ce qui les empêche, ou qui les empê­che­rait de venir à la source de vie et à la source de la lumière.

Vous, Acolytes, au contraire, vous ne vous atta­quez pas direc­te­ment à ces obs­tacles, mais vous por­tez déjà la lumière. Vous êtes char­gés de por­ter ces cierges qui repré­sentent la Lumière de Notre Seigneur Jésus-​Christ, char­gés aus­si de por­ter déjà à l’autel ce qui va être trans­for­mé en le Corps et le Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Saint Thomas a divi­sé, vous le savez, les ordi­na­tions en deux caté­go­ries. Il réunis­sait les trois pre­mières ordi­na­tions – les trois pre­miers ordres mineurs – en disant que ceux-​là s’occupaient par­ti­cu­liè­re­ment du Corps mys­tique de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Ils avaient des charges qui affec­taient par­ti­cu­liè­re­ment le Corps mys­tique de Notre Seigneur Jésus-​Christ : les fidèles. Le Portier, le Lecteur, l’Exorciste s’occupent de pré­pa­rer les fidèles à venir à l’Eucharistie, à venir à Notre Seigneur JésusChrist.

Par contre, il esti­mait qu’à par­tir de l’acolytat, la grâce par­ti­cu­lière qui était don­née à ces ordres jusqu’à la prê­trise, c’était de s’approcher de Notre Seigneur Jésus-​Christ. De com­men­cer à avoir un cer­tain pou­voir, non plus sur le Corps mys­tique, mais sur son Corps phy­sique, sur son propre Corps, sur le propre Corps de Notre Seigneur.

Et si les Acolytes eux, s’approchent déjà de l’autel et vont por­ter les dons qui vont être trans­for­més en Jésus Lui-​même, les Sous-​Diacres, eux, portent le calice et la patène et aus­si (ce qui devien­dra) la sainte Eucharistie. Ils s’approchent encore davan­tage de l’autel, de Notre Seigneur Jésus-​Christ, en atten­dant de deve­nir Diacre, puis Prêtre. Ils s’y préparent.

Tout cela a une magni­fique signi­fi­ca­tion. Essayez, mes chers amis, d’approfondir ce grand mys­tère, grand mys­tère de la foi – mys­te­rium fidei – qu’est la Sainte Messe. Parce que c’est dans la mesure où vous com­pren­drez ce qu’est la Sainte Messe, que vous com­pren­drez aus­si ce que vous êtes par les ordinations.

Or, vous remar­que­rez que de même que dans la messe il y a un appel à la sain­te­té ; de même dans les ins­truc­tions que l’évêque va vous adres­ser dans quelques ins­tants, il y a un appel vrai­ment vibrant, vous deman­dant de chan­ger de vie, oui de chan­ger votre vie.

Si usque nunc som­nolent !, amo­do vigiles. Si usque nunc ebrio­si, amo­do sobrii. Si usque nunc inho­nes­ti, amo­do cas­ti (moni­tion aux ordinands).

Si jusqu’à pré­sent vous avez eu une cer­taine som­no­lence, une cer­taine indif­fé­rence – je dirai – dans la pié­té, dans la dévo­tion, dans l’amour de Dieu, main­te­nant vous devez être vigilant.

Si jusqu’à pré­sent votre foi n’était pas très vive, main­te­nant vous devez avoir une foi vive : vera et catho­li­ca fides. Vous devez avoir la vraie, la foi catho­lique. Car tout ce qui n’est pas de la foi est schis­ma­tique. C’est ce que va vous dire l’évêque. (Monseigneur répète) : Tout ce qui n’est pas de la foi est schis­ma­tique et s’éloigne de l’Église. Dieu sait si nous avons besoin d’entendre ces paroles aujourd’hui ! Que de gens perdent la foi et, hélas, même le cler­gé. Que de monde s’éloigne de la foi aujourd’hui.

Alors, il est plus que jamais néces­saire que cet appel soit enten­du de vous, mes chers amis, afin que vous soyez vrai­ment les lumières qui éclairent le monde.

Vous êtes ce petit trou­peau choi­si par Notre Seigneur, pour demeu­rer dans la foi catho­lique. C’est d’une impor­tance capi­tale pour la conti­nua­tion de l’Église, pour la conti­nua­tion de l’œuvre de la Rédemption. Comment peut-​on conti­nuer l’œuvre de la Rédemption, s’il n’y a plus la foi catho­lique ? Si l’on ne croit plus vrai­ment, dans l’efficacité de la grâce de Notre Seigneur Jésus-​Christ ? Si Notre Seigneur Jésus-​Christ n’est plus le centre de nos vies, le centre du monde, le centre de la Société, de la famille, des indi­vi­dus, de l’Église, si ce n’est plus Lui le Roi, le Roi uni­ver­sel, le Roi de toutes choses ?

C’est ce que l’Église nous demande aujourd’hui, mes chers amis. Vous avez là, donc, mes chers amis, une fonc­tion admi­rable à remplir.

Alors, si jusqu’à pré­sent vous n’avez pas eu conscience suf­fi­sam­ment de cette néces­si­té de mettre le Christ au centre de toutes choses, au centre de votre âme, de votre cœur, eh bien, qu’à par­tir de main­te­nant, vous pre­niez cette réso­lu­tion de mettre Jésus par­tout. Car sans Lui, nous ne pou­vons rien faire.

Il l’a dit : « Sans moi, vous ne pou­vez rien faire ».

Alors soyez donc convain­cus de ces pen­sées. Car s’il plaît à Dieu – et nous le sou­hai­tons – votre ordi­na­tion au sacer­doce est proche, mes chers amis, vous qui allez rece­voir le sous-​diaconat. Et nous nous réjouis­sons de ce que, par la grâce du Bon Dieu, vous êtes nom­breux aujourd’hui – un grand nombre de sous-​diacres – nous avons tant besoin de prêtres ! Le monde a tant besoin de vrais prêtres, de Prêtres saints, de prêtres qui sont la lumière du monde ; de prêtres qui conver­tissent les âmes ; de prêtres qui sanc­ti­fient les âmes ; qui les amènent à Notre Seigneur Jésus-​Christ. Vous le savez bien. Vous êtes bien au cou­rant de ce qui se passe dans le monde.

Et vous savez bien que ces prêtres-​là manquent de plus en plus. Et c’est pour­quoi de par­tout on nous demande, on nous adresse des appels : Envoyez-​nous des prêtres. Envoyez-​nous des prêtres !

Or cette année, mal­heu­reu­se­ment, ce sera un bien petit nombre de prêtres qui seront ordon­nés pour la Fraternité. Mais nous espé­rons vive­ment qu’à par­tir de l’année pro­chaine, ce sera un nombre res­pec­table déjà. Il n’y en a jamais suf­fi­sam­ment. Mais enfin je pense que l’on devrait arri­ver non loin de la qua­ran­taine de nou­veaux prêtres, à par­tir de l’année prochaine.

Et, autant que l’on peut en juger, d’après le nombre de ceux qui sont pré­sents dans le sémi­naire, ce chiffre devrait conti­nuer, sinon aug­men­ter, chaque année.

Alors ce sera là un bon apport, pour le retour du monde à Notre Seigneur Jésus-​Christ, pour la conver­sion du monde à Notre Seigneur.

Alors demandons-​le, chers amis, bien chers frères, prions tous ensemble, au cours de cette Sainte Messe, prions notre bonne Mère du Ciel, qu’elle sus­cite de nom­breuses voca­tions. Et que par son inter­mé­diaire – puisqu’elle est Médiatrice de toutes grâces – que les grâces que ces jeunes clercs vont rece­voir dans quelques ins­tants, inondent leur âme, comme le disent encore les prières que l’évêque adresse à leur égard, qu’ils reçoivent l’Esprit avec tous ses dons, de façon à ce que, rem­plis de cet Esprit Saint, rem­plis de ce feu, de cette Lumière, de l’amour de l’Esprit Saint, ils portent les grâces de la Rédemption à toutes les âmes.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.