Sermon de Mgr Lefebvre – Saint Pierre – Saint Paul – Ordinations sacerdotales – 29 juin 1981

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers frères,
Mes bien chers amis,

C’est avec une grande joie, une pro­fonde émo­tion que nous nous retrou­vons chaque année, à cette époque, à cette date, pour confé­rer l’ordination sacer­do­tale aux jeunes diacres qui se sont pré­pa­rés pen­dant de longues années à rece­voir l’Onction sainte du sacerdoce.

Et nous nous réjouis­sons non seule­ment de confé­rer cette ordi­na­tion à ceux de la Fraternité, mais aus­si à ceux qui ont été pré­pa­rés avec tant de soin dans les monas­tères de Dom Gérard et de Dom Augustin.

Si le nombre cette année, paraît moins grand, c’est que, avant-​hier, je fai­sais la même céré­mo­nie dans notre mai­son de Zaitzkofen, en Allemagne, où j’ordonnais cinq des membres de la Fraternité qui avaient accom­pli leurs études com­plè­te­ment soit à Weissbad, soit à Zaitzkofen. Et je dois dire que cette céré­mo­nie a été vrai­ment émou­vante, remar­quable. Remarquable par la pié­té de tous les fidèles qui étaient pré­sents, par le nombre aus­si des fidèles pré­sents qui, je pense, attei­gnait au moins trois mille. Nous avons eu vrai­ment une jour­née bénie du Bon Dieu. Et je suis sûr que, aujourd’hui aus­si – et le ciel le prouve par le soleil que le Bon Dieu nous donne – que le Bon Dieu nous bénit éga­le­ment à Écône comme de coutume.

Mes bien chers frères, nous pro­fi­tons sou­vent de cette céré­mo­nie où vous venez de par­tout, pour faire en quelque sorte le point de la situa­tion, situa­tion de la Fraternité, situa­tion aus­si de l’Église. Et nous sommes bien obli­gé de consta­ter que la Passion de l’Église conti­nue, Passion qui se mani­feste même, je dirai, dans la san­té du Chef de l’Église. C’est cor­po­rel­le­ment que le pape souffre en quelque sorte la Passion de l’Église. Dans ces temps dou­lou­reux, dif­fi­ciles, par cet acci­dent incroyable, incon­ce­vable en d’autres temps. Il a fal­lu que nous, nous vivions une époque où le pape pou­vait être en quelque sorte être frap­pé mor­tel­le­ment. Oui, nous vivons vrai­ment la Passion de l’Église !

Mais cette Passion se mani­feste d’une manière encore plus émou­vante, plus dure, plus éton­nante, lorsque l’on pense à tout ce qui se passe aujourd’hui dans le monde et qui est favo­ri­sée – il faut le dire – par le cler­gé, par les membres de l’Église.

De même que Notre Seigneur a été tra­hi par l’un des siens, que Notre Seigneur a été aban­don­né par les apôtres, lorsque la sol­da­tesque est venue mettre la main sur Notre Seigneur, de même, aujourd’hui, il en est par­mi les membres du cler­gé – et non des moindres – qui tra­hissent, qui tra­hissent de nou­veau Notre Seigneur Jésus-Christ.

Nous avons pu consta­ter hélas, dans notre cher pays de France, com­ment à l’occasion des der­nières élec­tions, des évêques, des prêtres, des reli­gieux, des reli­gieuses, ont favo­ri­sé la venue en France du socia­lisme. Et qui dit socia­lisme, dit com­bat contre Notre Seigneur Jésus-​Christ, com­bat en faveur de l’athéisme.

Ce n’est pas pour rien que le nou­veau Président est allé rece­voir – comme l’ont dit les jour­naux – l’onction laïque au Panthéon ! C’est cela qui doit nous inquié­ter. Ce ne sont pas les consé­quences éco­no­miques qui sont peu de chose à côté de ce drame que nous vivons de la lutte contre Notre Seigneur. Il semble que le démon, déchaî­né, arrive enfin à son but, par le socia­lisme qui se géné­ra­lise dans toutes les nations ; par le com­mu­nisme qui s’étend aus­si dans le monde. Le démon espère ain­si en finir avec la reli­gion catho­lique et avec Notre Seigneur Jésus-Christ.

Et mal­heu­reu­se­ment, encore une fois, nous sommes obli­gé de consta­ter, qu’aussi bien en Amérique du Sud, que dans les épis­co­pats d’Amérique du Nord, que dans presque tous les épis­co­pats – on peut le dire – de l’Europe, ces mou­ve­ments de lutte contre Notre Seigneur, sont favo­ri­sés volon­tai­re­ment ou invo­lon­tai­re­ment par les épis­co­pats. C’est là un drame par­ti­cu­lier de l’Église de nos jours.

Saint Pie X l’avait déjà annon­cé. Désormais les enne­mis de l’Église ne sont plus à l’extérieur de l’Église, mais ils sont à l’intérieur. Et il dési­gnait lui-​même les sémi­naires. Et en dési­gnant les sémi­naires, il dési­gnait néces­sai­re­ment les pro­fes­seurs de ces sémi­naires ; ceux qui par consé­quent, for­maient le cler­gé d’alors. Et c’est ain­si que ce cler­gé for­mé aux idées moder­nistes, aux idées libé­rales en est arri­vé au point où nous en sommes aujourd’hui. Nous sommes bien obli­gé de consta­ter, nous ne pou­vons pas nier que cette Passion de l’Église se trouve par­tout. L’Église souffre par­tout et elle souffre d’abord – il faut le dire – dans ceux qui dans la Curie romaine, conti­nuent à pro­pa­ger les idées moder­nistes, en main­te­nant envers et contre tout ces réformes qui ont été ins­ti­tuées après le concile Vatican II et qui sont en train de détruire l’Église, d’autodétruire l’Église, comme le disait lui-​même le pape Paul VI.

Cette auto­des­truc­tion de l’Église, com­ment vient-​elle, sinon par le cler­gé lui-​même ; sinon par ceux qui sont pla­cés dans les dicas­tères romains pour pro­té­ger la foi de l’Église et qui ne la pro­pagent plus. Est-​ce que sont condam­nés ces soi-​disant phi­lo­sophes, ces soi-​disant théo­lo­giens qui cor­rompent la foi, qui sont de véri­tables héré­tiques, est-​ce qu’ils sont pour­sui­vis réel­le­ment ? Est-​ce que l’on pour­suit les évêques qui font un œcu­mé­nisme qui n’est ni plus ni moins que la dif­fu­sion de l’hérésie, en admet­tant que les pro­tes­tants viennent concé­lé­brer avec eux ?

Est-​ce que sont condam­nés les évêques, qui, lorsqu’ils étaient supé­rieurs de sémi­naires, ensei­gnaient la por­no­gra­phie dans les sémi­naires ? Et cela, Rome le sait. Et l’on pour­rait citer indé­fi­ni­ment des exemples de ce genre.

Est-​ce que sont condam­nés les évêques du Mexique, qui dans leur Semaine dio­cé­saine, qui dans les jour­naux, font des articles en faveur de la révo­lu­tion, contre le San Salvador, en deman­dant aux fidèles de don­ner de l’argent, d’aller eux-​mêmes s’ils le peuvent, lut­ter phy­si­que­ment contre le gou­ver­ne­ment du San Salvador, pour semer la révo­lu­tion, pour semer le communisme ?

Mes bien chers frères, nous sommes tra­his. Vous, vous êtes tra­his, tous les hon­nêtes gens sont tra­his, tous ceux qui ont la foi catho­lique ; tous ceux qui croient en Notre Seigneur Jésus-​Christ ; tous ceux qui veulent défendre la foi en Notre Seigneur ; ceux qui veulent défendre les véri­tés fon­da­men­tales de leur foi dans le véri­table caté­chisme. Ceux qui veulent défendre la morale ; qui veulent défendre le Décalogue ; ceux qui veulent défendre la véri­table Écriture sainte ; tous ceux-​là sont trahis.

Trahis par les idées moder­nistes. Ces idées moder­nistes rem­placent la foi par la recherche, idée pure­ment maçon­nique. Nous sommes tous en recherche de la véri­té. « Elle n’existe pas. On ne la trou­ve­ra jamais ».

Or nous, nous savons qu’elle existe et nous la connais­sons et nous vou­lons main­te­nir notre foi.

On rem­place le Décalogue par les Droits de l’homme. On a main­te­nant la reli­gion des Droits de l’homme à la place du Décalogue. Or nous savons très bien que les droits de l’homme et la jus­tice dans ce monde n’existeront que par le Décalogue ; lorsque nous accom­plis­sons nos devoirs envers Dieu et envers notre pro­chain, la jus­tice régne­ra. Mais non pas dans la lutte contre l’autorité de Dieu et contre toute auto­ri­té. Les Droits de l’homme ne sont pas autre chose qu’une lutte contre l’autorité de Dieu et contre toutes les autorités.

On rem­place la loi par la conscience. Chacun fait ce qu’il veut ; cha­cun s’adresse à sa conscience et non plus à la loi. Voilà les idées moder­nistes que l’on répand dans le monde. Et ain­si, on a vou­lu nous faire une litur­gie dans cet esprit, dans cette esprit de liber­té, de plu­ra­lisme, en défi­ni­tive de désacralisation.

(Monseigneur emploie alors un ton véhé­ment et fort).

On ne veut plus ado­rer Dieu. On ne veut plus recon­naître son auto­ri­té sou­ve­raine ; on ne veut plus croire en notre Créateur et en notre Sauveur, en notre Rédempteur, en notre juge bientôt.

Et tout cela est favo­ri­sé, favo­ri­sé par les dicas­tères romains – peut-​être pas tous – mais cer­tai­ne­ment par ceux du Culte, par ceux des évêques et par ceux des reli­gieux et éga­le­ment par la Secrétairerie d’État.

Car en défi­ni­tive, qui a pro­mu la liber­té de toutes les reli­gions, en Espagne, en Irlande, ici dans l’État du Valais et dans tous les pays où la reli­gion catho­lique était uni­que­ment rete­nue comme la seule véri­table reli­gion ? On a vou­lu y éta­blir – encore une fois – ce faux œcu­mé­nisme qui est la grande héré­sie de notre époque. Et, dif­fu­sant cette héré­sie, on a détruit ce qui était encore catho­lique dans les États qui recon­nais­saient Notre Seigneur Jésus-​Christ comme leur Chef et leur Souverain.

Et tout cela a été favo­ri­sé et est encore favo­ri­sé par la Secrétairerie d’État. Comment cela se fait, mes bien chers frères, je n’en sais pas plus que vous. Je constate les faits. Je ne cherche même pas les expli­ca­tions ; je constate. Et consta­tant cela, notre réso­lu­tion est prise pour toujours !

Qui autem per­se­ve­ra­ve­rit usgue in finem, hic sal­vus erit (Mt 24,13) : « Mais celui-​là sera sau­vé qui per­sé­vère jusqu’à la fin ».

Celui qui per­sé­vère jusqu’à la fin, celui-​là sera sau­vé. Persévérer dans quoi ? Je vous le demande : Persévérer dans la foi catho­lique ; Persévérer dans ce que Notre Seigneur Jésus-​Christ nous a ensei­gné : qu’il n’y a qu’une seule vraie reli­gion, que les autres reli­gions ont été inven­tées par le diable pour détour­ner les âmes de Notre Seigneur Jésus-​Christ. C’est évident ! C’est bien ce que dit encore le pape saint Léon dans la leçon d’aujourd’hui de (la fête) de saint Pierre et saint Paul que : « Rome était avant la venue de Pierre et de Paul l’endroit où l’on recon­nais­sait tous les dieux et que c’était le diable qui était l’auteur de cette inven­tion pour main­te­nir les hommes dans l’erreur. Et Rome est deve­nue la maî­tresse de Vérité ». Voilà ce que dit saint Léon.

Alors nous devons main­te­nir notre foi catho­lique, per­sé­vé­rer jusqu’au bout. Et pour main­te­nir notre foi catho­lique, mes chers amis, c’est à vous que je m’adresse, vous qui allez être ordon­nés prêtres dans quelques ins­tants : Quel est le moyen ? Maintenir votre Sainte Messe !

Oh ce n’est pas parce que votre messe est du rite latin ; il y a d’autres messes dans d’autres rites. Mais ces rites contiennent tous les véri­tés de notre foi catho­lique et ils les proclament.

Alors qu’aujourd’hui, ce nou­veau rite, infes­té par l’œcuménisme – par un faux œcu­mé­nisme – ne pro­clame plus notre foi comme la messe de tou­jours. Et c’est comme cela que nous consta­tons que les fidèles sont en train de perdre la foi. Plus ou moins rapi­de­ment, selon la manière dont les prêtres s’efforcent de gar­der la Tradition, mais les consé­quences viennent ; elles sont claires, évidentes.

Alors que faudra-​t-​il faire ? Eh bien, il faut main­te­nir notre Sainte Messe de tou­jours. C’est elle qui est la pierre fon­da­men­tale de l’Église. C’est elle qui est le tré­sor que Notre Seigneur Jésus-​Christ nous a donné :

Hic est enim calix Sanguinis mei, novi et æter­ni tes­ta­men­ti : Du nou­veau et de l’éternel Testament. Voilà le tes­ta­ment de Notre Seigneur Jésus-​Christ : son Sang répan­du pour nous, pour la rémis­sion de nos péchés.

C’est en cela que vous croi­rez, mes chers amis. Faisant cela, vous croi­rez au Sacrifice de la messe, au Sacrifice de Notre Seigneur Jésus-​Christ renou­ve­lé par vous-​même. Pauvres pécheurs ! Nous sommes tous de pauvres pécheurs. Comment le Bon Dieu peut-​il nous don­ner un pou­voir sem­blable ; de faire venir son Corps, son Sang, sur nos autels, afin qu’ils servent à la rémis­sion de nos péchés, qu’ils contri­buent et conti­nuent pour la rémis­sion de nos péchés.

Et puis vous main­tien­drez ce sens pro­fond de votre Saint Sacrifice de la messe qui n’est autre que la grande cha­ri­té de Notre Seigneur Jésus-Christ.

En pro­non­çant les paroles de la Consécration, vous pen­se­rez au der­nier sou­pir de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Vous pen­se­rez à son Cœur trans­per­cé. Peut-​on mani­fes­ter un plus grand amour que de don­ner sa vie pour ceux que l’on aime. Notre Seigneur Jésus-​Christ a d’abord don­né sa vie pour son Père, pour la gloire de son Père, pour réta­blir la gloire de son Père. Jamais le Père n’a reçu une gloire aus­si grande que lorsque Notre Seigneur a exha­lé son der­nier sou­pir et lorsque son Cœur a été trans­per­cé. C’est pour Lui qu’il a fait cela.

Vous aus­si, vous offri­rez toutes vos vies à Dieu d’abord, à Dieu. Et par consé­quent, dans un esprit de prière, dans un esprit d’adoration, dans un esprit d’humilité, dans un esprit de sainteté.

Et puis ensuite, eh bien vous irez por­ter la parole de l’Évangile, por­ter votre foi, si bien expri­mée dans le caté­chisme du concile de Trente qui sera la base de votre ensei­gne­ment. Portez la lumière de la foi, pour atti­rer à la lumière de la cha­ri­té ; pour atti­rer au feu de la cha­ri­té. Ce feu embra­se­ra vos cœurs et vos âmes, et vous irez por­ter la grâce du Bon Dieu, par le bap­tême, par les sacre­ments, par le sacre­ment de péni­tence particulièrement.

On ne confesse plus aujourd’hui. (Il y a) des pays entiers, comme la Hollande où l’on ne confesse plus. Les catho­liques sont depuis deux, trois, quatre ans, sans se confes­ser et ils vont com­mu­nier quand ils en ont l’occasion. Et cela on peut le dire du monde entier, du monde catho­lique entier.

Alors vous per­met­trez aux âmes, de déver­ser dans votre cœur les secrets de leur conscience et vous lave­rez ces âmes par le Sang de Notre Seigneur Jésus-​Christ, par votre abso­lu­tion. S’il vous faut res­ter des jour­nées entières au confes­sion­nal, c’est le plus beau ser­vice que vous puis­siez rendre aux âmes et à l’Église.

Et puis vous don­ne­rez sur­tout, par le Saint Sacrifice de la messe la sainte Communion, le Corps même de Notre Seigneur Jésus-​Christ avec tout le res­pect qu’on Lui doit. Lui qui est notre Dieu, qui est notre Sauveur, notre Rédempteur. Et vous appren­drez aux âmes le Sacrifice. On ne parle plus du Sacrifice de la messe ; on parle d’une eucha­ris­tie, d’une com­mu­nion, d’un par­tage. Ce n’est pas cela dont il s’agit dans la Sainte Messe. Il s’agit du Saint Sacrifice, du Sacrifice de Notre Seigneur. L’esprit du Sacrifice, c’est l’esprit catho­lique. Là où il n’y a pas de sacri­fice, il n’y a plus de catho­li­cisme. Et vous le savez bien, mes bien chers frères, et vous en êtes un exemple, un magni­fique exemple.

Partout où je passe, où j’ai l’occasion de pas­ser, je retrouve cette ambiance de per­sonnes qui ont la foi, qui veulent gar­der la foi. Nous retrou­vons ces belles familles chré­tiennes, avec de nom­breux enfants, d’où sortent les voca­tions reli­gieuses, d’où sortent les voca­tions sacer­do­tales. Comme cela est beau !

Voilà ce que fait l’Église. Voilà ce que pro­duit la grâce de Notre Seigneur, par la Sainte Messe et par la Sainte Communion. Car il ne faut pas oublier, mes bien chers frères, que le sacre­ment de mariage a son sym­bole, son image, sa signi­fi­ca­tion dans le Calvaire. Notre Seigneur a don­né nais­sance à son Épouse et s’est uni à son Épouse, au Calvaire en répan­dant son Sang, par son Cœur trans­per­cé, son Sang et l’eau qui cou­laient de son Cœur. Voilà le sym­bole du mariage, des noces mys­tiques de Notre Seigneur avec son Épouse (l’Église).

Par consé­quent, la grâce du sacre­ment de mariage se renou­velle au Sacrifice de la messe. Les foyers chré­tiens, ne peuvent pas ali­men­ter la grâce du sacre­ment de mariage sans assis­ter fré­quem­ment à la Sainte Messe. Et c’est ce que vous faites et nous vous en féli­ci­tons. Et c’est ce qui fait que ces familles que l’on appelle tra­di­tio­na­listes – qui sont tout sim­ple­ment catho­liques – ont de nom­breux enfants et rayonnent la joie, la paix et sont à l’origine de ces nom­breuses voca­tions que nous avons dans nos sémi­naires, qui sont ici et qui sont dans les monas­tères ; qui sont dans les congré­ga­tions reli­gieuses que nous connais­sons, toutes ces reli­gieuses qui sont ici pré­sentes, qui ont de nom­breuses vocations.

Vous serez des sou­tiens, mes chers amis, de ces foyers chré­tiens, et en même temps des modèles. Et je vou­drais finir sur ces paroles. Vous avez étu­dié, vous vous êtes pen­chés sur les Livres saints, sur ces livres qui sont à la base de la doc­trine de l’Église, livres de phi­lo­so­phie, de théo­lo­gie ; vous avez inter­ro­gé vos pro­fes­seurs ; vous avez éclai­ré votre intel­li­gence ; vous avez aug­men­té votre foi et vous vous sen­tez pro­fon­dé­ment atta­chés à l’Église, au Souverain Pontife, à tous les évêques – dans la mesure où ils demeurent catho­liques – donc à toute l’Église, à Rome ; Rome qui ne peut pas se sépa­rer de l’Église. Vous vous sen­tez atta­chés à toutes ces valeurs fon­da­men­tales qui ont fait toute l’Histoire de l’Église pen­dant vingt siècles et que vous vou­lez transmettre.

C’est pour cela que vous êtes tra­di­tio­na­listes, comme le disait si bien saint Pie X : « Le catho­lique est tra­di­tio­na­liste, parce que l’Église est une tra­di­tion ». Alors vous trans­met­trez cela à toutes les âmes qui s’adresseront à vous, mais vous ne serez rien, mes chers amis, sans la sainteté.

Vous aurez beau avoir une intel­li­gence très éclai­rée, une connais­sance de la phi­lo­so­phie, de la théo­lo­gie, de l’Écriture sainte, du Droit canon, extra­or­di­naire, vous ne ferez rien, si vous n’avez pas la sainteté.

Et voyez comme modèle de la sain­te­té pour le sacer­doce, la très Sainte Vierge Marie. Pourquoi ? Parce que voyez com­ment Dieu, com­ment Notre Seigneur Jésus-​Christ Lui-​même a vou­lu pré­pa­rer sa mère pour qu’elle soit digne de Le rece­voir. Elle a été imma­cu­lée dans sa concep­tion ; elle n’a jamais eu la domi­na­tion du péché, ni du démon. Son âme est pure, son âme est sainte, son âme est vrai­ment divine. Le Saint-​Esprit l’habite, la Trinité Sainte l’habite avec joie dans cette âme qui n’a jamais connu le péché. Et par son Fiat, pré­pa­rée dans sa vir­gi­ni­té totale, elle pré­pare la venue du Seigneur, elle a accep­té la venue du Seigneur.

Alors, vous aus­si, vos lèvres pro­non­çant les paroles de la Consécration, répètent en quelque sorte le Fiat de la Vierge Marie, et fait venir Jésus Lui-​même sur l’autel ; Jésus auquel vous pour­rez vous unir avant de Le don­ner et de Le dis­tri­buer aux âmes.

Alors si le Bon Dieu a vou­lu que la Vierge Marie fut d’une sain­te­té admi­rable, d’une sain­te­té qui dépasse la sain­te­té de toutes les créa­tures, vous, prêtres, prêtres de Jésus-​Christ, vous qui allez faire venir Notre Seigneur Jésus-​Christ sur l’autel, vous devez aus­si être saints. On ne peut pas conce­voir un prêtre qui ne soit pas saint ; qui ne recherche pas la sain­te­té ; qui ne recherche pas l’humilité, comme celle de la très Sainte Vierge Marie.

Respexit humi­li­ta­tem ancil­læ suæ : Il a regar­dé. Il a consi­dé­ré mon humi­li­té, l’humilité de sa ser­vante, dit la Sainte Vierge. Oui, elle peut chan­ter la gloire de Dieu, parce qu’elle a été humble.

Alors vous aus­si, vous serez des cœurs humbles. Parce que ces grâces que vous allez rece­voir, vous ne les devez pas à vous-​même, vous les devez à Dieu. Vous avez été choi­sis par Dieu. Et c’est par la Vierge Marie aus­si que vous allez les recevoir.

Comme les apôtres au Cénacle, entou­rant la Vierge Marie, ont reçu les grâces qu’ils ont reçues par la Vierge Marie, vous aus­si, dans quelques ins­tants ; par l’imposition des mains de l’évêque et par les paroles du sacre­ment de l’ordination, vous rece­vrez l’Esprit Saint et vous Le rece­vrez par votre très Bonne Mère du Ciel, la Très Sainte Vierge Marie.

Alors, demeu­rez unis à la Vierge, comme les apôtres autour d’elle dans le Cénacle ; demeu­rez avec elle pen­dant toute votre vie et vous ferez ain­si un magni­fique apos­to­lat et ain­si, per­sé­vé­rant jusqu’à la fin, vous serez sau­vés vous aus­si avec toutes les âmes que vous aurez sanctifiées.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.