Sermon de Mgr Lefebvre – Sitientes – Ordres mineurs – 12 mars 1983

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers amis,
Mes bien chers frères,

Les céré­mo­nies d’ordination sont tou­jours une grande date dans la vie du sémi­naire. Elles récon­fortent les sémi­na­ristes, elles les encou­ragent à conti­nuer avec per­sé­vé­rance et avec fer­veur dans leur vocation.

Et pour vous mes chers amis, vous par­ti­cu­liè­re­ment qui allez rece­voir les ordres mineurs ce matin, c’est une occa­sion de réflé­chir et de médi­ter d’une manière par­ti­cu­lière sur le choix que Dieu a fait de vous, pour deve­nir s’il lui plaît, ses prêtres, un jour. Mais il est évident que pour rece­voir une grâce comme celle du sacer­doce, il faut s’y pré­pa­rer pen­dant de nom­breuses années.

Et alors, ces étapes que marquent la ton­sure, les ordres mineurs, les ordres majeurs, sont autant d’occasions de faire le point pour vous et pour savoir si vrai­ment vous vous atta­chez à Dieu, si vrai­ment vous vous éloi­gnez de l’esprit du monde et que vous répon­dez à l’appel de l’Église. L’Église en effet vous dit : Vidite guale minis­te­rium vobis tra­di­tur : Voyez quel est le minis­tère qui vous est confié – pen­sate quod agi­tis : Pensez à ce que vous allez accom­plir, à ce qui va vous être donné.

Pour vous Portiers, l’Église vous confie le soin de la Maison de Dieu. Pensez à ce que repré­sente, pour les âmes, pour la sanc­ti­fi­ca­tion des âmes, pour le salut des âmes, ce que repré­sente la Maison de Dieu. C’est pour elles toute leur vie spi­ri­tuelle. C’est le che­min du Ciel. C’est l’antichambre de la vie céleste. Alors vous avez le soin de ce Temple de Dieu qui doit édi­fier les fidèles et vous édi­fier vous-même.

Pour vous Lecteurs, l’Église vous confie la Parole de Dieu. Et l’Église le dit éga­le­ment dans ses magni­fiques ins­truc­tions. Par votre posi­tion sur un degré déjà éle­vé pour bien vous faire entendre des fidèles, cette posi­tion vous montre quel doit être le degré de votre ver­tu. Élevé dans l’Église de Dieu pour annon­cer la Parole, le Verbe de Dieu. Vous devez aus­si être éle­vé dans la ver­tu, vous éloi­gner par consé­quent aus­si de l’esprit du monde, pour atti­rer les âmes à Dieu, pour les rap­pro­cher de Notre Seigneur. Elle insiste par deux fois : Prononcez les paroles dis­tinc­te­ment afin de vous faire com­prendre que cette parole est des­ti­née vrai­ment à l’édification des fidèles.

Et vous Exorcistes, l’Église insiste sur le fait qu’ayant à chas­ser les démons, les esprits mau­vais dans les autres, que vous deviez éga­le­ment vous-​même, évi­ter toutes les influences des mau­vais esprits, vous cor­ri­ger de vos vices, acqué­rir la ver­tu, afin que le démon que vous chas­sez des autres, ne trouve pas en vous une occa­sion de vous contre­dire, et de vous empê­cher – d’une cer­taine manière – de le chas­ser, puisqu’il a en quelque sorte un droit sur vous. C’est là une grande res­pon­sa­bi­li­té d’avoir à com­man­der à ces esprits mau­vais pour les éloi­gner des âmes.

Et vous Acolytes, vous vous appro­chez davan­tage de l’autel. Et l’Église insiste pour que vous soyez vrai­ment la Lumière, lumière qui éclaire, lumière qui n’est pas mise sous le bois­seau, mais qui doit rayon­ner à la fois la Vérité et la ver­tu. Et vous avez le rôle d’apporter à l’autel, ce qui sera la matière du sacre­ment, qui va être trans­for­mée dans le Corps et le Sang de Notre Seigneur Jésus-​Christ. C’est déjà un rôle éle­vé, très digne. Alors quelle ne doit pas être votre pure­té, votre chas­te­té, pour appro­cher ain­si de l’autel. Et appor­ter à l’autel ce qui va être dans peu de temps le Corps et le Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Vous voyez par là, mes chers amis, que l’Église vous éle­vant peu à peu à l’autel, vous condui­sant à l’autel, vous fai­sant mon­ter ces degrés de l’autel, vous approche de Notre Seigneur Jésus-Christ.

C’est le che­min du sacer­doce. Le prêtre est un autre Christ ; vous devez deve­nir des autres Christ. Or si l’on constate aujourd’hui la situa­tion de ce monde qui nous entoure, nous pou­vons dire qu’il est peut-​être plus que jamais maté­ria­li­sé. Cet esprit du monde est par­tout. Les hommes sont aveugles.

Dans sa magni­fique Épître aux Romains, dans son magni­fique pre­mier cha­pitre, saint Paul dit : « Ils sont cou­pables ceux qui n’ont pas vu les choses invi­sibles par les choses visibles ». Car c’est bien pour cela que le Bon Dieu nous a mis sur cette terre. Pour que, par tout ce qui nous entoure, nous trou­vions les moyens de nous unir à Dieu, de connaître mieux Dieu et de Le louer.

Or, au lieu que les créa­tures qui nous entourent soient des moyens pour nous éle­ver vers Dieu, voi­ci que les hommes en ont fait un moyen de nous éloi­gner de Dieu. Au lieu que les créa­tures soient des miroirs de Dieu, elles deviennent un obs­tacle ; elles deviennent un obs­tacle (et nous empêchent) de mon­ter jusqu’à Dieu. L’homme s’attache à ces créa­tures pour elles-​mêmes. Il ne voit plus la cause de ces créa­tures ; il ne voit plus ce pour­quoi les créa­tures sont faites ; il s’attache à elles et s’éloigne de Dieu.

Quel désordre, désordre pro­fond, désordre radi­cal, cette situa­tion du monde qui s’enferme dans ce monde maté­riel au lieu de pas­ser de ce monde maté­riel au monde invisible.

Sicut in spé­cu­lum per spé­cu­lum et in enig­mate.

Par un miroir, oui, nous devrions voir, par ses créa­tures, la splen­deur de Dieu, la gran­deur de Dieu, l’immensité de Dieu, l’infinité de Dieu, sa toute-puissance.

Alors, il faut nous deman­der aus­si pour nous, pour vous mes chers amis, qui allez rece­voir ces ordres et qui êtes choi­sis par Dieu pour vous appro­cher de Lui, pour Le ser­vir, pour Le don­ner aux âmes. N’avez-vous pas encore conscience d’être encore trop dans l’esprit du monde, d’être atta­ché encore trop aux créa­tures qui vous entourent et d’être atta­ché à vous-​même ? Plongés que nous sommes dans ce monde de péchés, ces influences qui nous entourent, ne pénètrent-​elles pas à l’intérieur de nous-​mêmes et n’ont-elles pas une influence pro­fonde sur l’état de nos âmes ?

Alors nous devons tout faire, pour nous déta­cher de cet esprit du monde, déta­chés de notre volon­té propre, déta­chés de nos idées per­son­nelles, déta­chés de tout ce qui nous appar­tient. Parmi ceux qui vont rece­voir les ordi­na­tions dans quelques ins­tants, il y en a qui sont reli­gieux, reli­gieux béné­dic­tins, oli­vé­tains, reli­gieux fran­cis­cains, capu­cins. Sans doute les vœux de reli­gion faci­litent ce déta­che­ment. Mais il ne suf­fit pas de pro­non­cer les vœux de reli­gion, il ne suf­fit pas de por­ter un habit reli­gieux, pour que notre âme se détache immé­dia­te­ment de toutes les choses de ce monde. Un reli­gieux, pour vivre vrai­ment en reli­gieux, doit se trans­for­mer et deve­nir vrai­ment tout entier à Jésus-Christ.

Pour vous, mes chers amis, membres de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X, qui ne faites pas de vœux de reli­gion, mais qui font des pro­messes, des enga­ge­ments, vous vous enga­gez par le fait même que vous dési­rez deve­nir prêtre, à imi­ter Notre Seigneur Jésus-​Christ sur sa Croix, au Calvaire.

Or, oserez-​vous dire que Notre Seigneur Jésus-​Christ ne nous montre pas l’exemple des ver­tus de reli­gion ? des ver­tus d’obéissance, de pau­vre­té, de chas­te­té. Oserez-​vous dire, que parce que vous ne 548

pro­non­cez pas les vœux de reli­gion, vous n’êtes pas tenus à pra­ti­quer ces ver­tus ? de pau­vre­té, de chas­te­té, d’obéissance ? Ce serait mécon­naître à la fois votre voca­tion et mécon­naître l’exemple de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Alors, tous, que vous soyez enga­gés dans les vœux de reli­gion ou que vous soyez enga­gés sur le che­min du sacer­doce et que vous soyez atta­chés à la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X, par le fait même qu’elle est sacer­do­tale, elle est essen­tiel­le­ment imi­ta­trice de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Vous devez tous – et nous devons tous – cher­cher à nous atta­cher à Notre Seigneur Jésus-​Christ, à vivre de Lui, à vivre de son esprit, à vivre de sa Lumière. Essayons de nous figu­rer ce que devait être l’ambiance de la vie à Nazareth : Jésus, Marie et Joseph, rem­plis de sain­te­té, de ver­tus, d’union à Dieu ; Dieu Lui-​même pré­sent dans cette mai­son de Nazareth.

Alors, oui vrai­ment, toutes les créa­tures qui les entou­raient étaient des occa­sions de mon­ter vers Dieu, de s’unir à Lui. Et Jésus, sans doute, d’une manière dis­crète et toute sainte, toute par­faite, sug­gé­rait à ses parents, de mon­ter vers Dieu par toutes les créa­tures qui les entouraient.

Alors deman­dons aus­si à la très Sainte Vierge et à saint Joseph, de nous aider à mieux nous déta­cher des choses d’ici-bas, à vivre davan­tage de notre vie de foi, des réa­li­tés spi­ri­tuelles, des réa­li­tés éter­nelles et de nous déta­cher davan­tage de toutes ces réa­li­tés tem­po­relles et de pro­fi­ter de toutes ces réa­li­tés tem­po­relles pour nous éle­ver vers Dieu.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.