Sermon de Mgr Lefebvre – Solennité de l’épiphanie – 8 janvier 1989

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers amis,
Mes bien chers frères,

La litur­gie du temps de Noël est une litur­gie riche en ensei­gne­ments pour nos vies chré­tiennes. C’est une litur­gie qui com­prend un grand nombre de fêtes qui se suc­cèdent et qui sont pour nous, rem­plies d’enseignements qui nous sont utiles dans notre vie de tous les jours.

J’insisterai par­ti­cu­liè­re­ment aujourd’hui, sur le carac­tère de sanc­ti­fi­ca­tion de la famille chré­tienne qui est inclus dans ces fêtes qui se suc­cèdent au cours du temps de Noël.

Le seul fait déjà que Notre Seigneur Jésus-​Christ ait vou­lu comme Dieu, naître au sein d’un foyer. Il aurait pu choi­sir un autre moyen de venir sur la terre pour nous sau­ver. Il a choi­si ce moyen-​là. Il a vou­lu avoir une Mère ; Il a vou­lu que cette Mère ait un époux : saint Joseph. Il a vou­lu naître dans ce foyer. Il a vou­lu que les ber­gers viennent l’adorer au sein de cette famille.

En effet, les ber­gers sont venus hono­rer – d’une cer­taine manière – la famille elle-​même. Non seule­ment l’Enfant, mais éga­le­ment Marie et Joseph.

Et puis, ce furent les Mages dont nous fêtons la venue à Bethléem aujourd’hui – du moins, nous fai­sons la solen­ni­té de cette fête – eux aus­si sont venus ado­rer l’Enfant, sans doute. Car c’est Lui auquel ils ont offert les pré­sents qui signi­fient ses attri­buts essen­tiels et fon­da­men­taux : L’or le Roi, l’Encens le sacer­doce, la Myrrhe le Sauveur. Les trois grands attri­buts de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Mais ado­rant l’Enfant, l’éclat de cette ado­ra­tion, le reflet en quelque sorte de cette ado­ra­tion, reve­nait aus­si à Marie et à Joseph : à la famille.

Et ce n’est pas tout. Jésus a vou­lu vivre dans ce foyer pen­dant trente années sur les trente trois qu’il a vécues ici-​bas : trente années.

Quelle peut-​être la signi­fi­ca­tion de ce séjour si pro­lon­gé de Notre Seigneur dans un foyer ? Oh, ce n’est pas qu’il en avait besoin ! C’est Lui qui don­nait toutes les qua­li­tés au foyer de Marie et Joseph. Il ne pou­vait rien rece­voir d’eux, Lui qui était Dieu. Mais Il a vou­lu res­ter dans ce foyer, pré­ci­sé­ment pour mon­trer l’importance de la famille. De la famille pré­pa­rant à leur mis­sion les enfants qui sortent d’elle. Comme Jésus a vou­lu se pré­pa­rer à sa mis­sion dans le sein de cette famille. Quelle grande leçon.

Et puis, aujourd’hui, l’Épiphanie nous rap­pelle qu’il n’y a pas eu seule­ment ce miracle de l’Étoile condui­sant les Mages auprès de Jésus, de Marie et de Joseph. Mais il y a eu aus­si d’autres miracles : trois miracles Tribus mira­cu­lis, dit l’antienne des secondes vêpres.

Le miracle du bap­tême de Notre Seigneur Jésus-​Christ. La aus­si, la famille est impli­quée. Car en défi­ni­tive, désor­mais, d’une manière au moins géné­rale, les enfants reçoivent le bap­tême au sein de leur famille. Ce sont les parents qui les conduisent vers les fonts bap­tis­maux. Et Notre Seigneur a vou­lu, à l’occasion de son bap­tême, dont il n’avait pas besoin non plus évi­dem­ment, Notre Seigneur a vou­lu ce grand miracle. Miracle de la mani­fes­ta­tion de la Sainte Trinité : Le Père, le Fils et le SaintEsprit se sont mani­fes­tés au jour de son bap­tême. Montrant ain­si l’importance de ce bap­tême. Le bap­tême désor­mais, fai­sant péné­trer les enfants… rat­ta­chant les âmes à la très Sainte Trinité, fai­sant par­tie de la famille de la très Sainte Trinité. Sanctifiant ain­si les eaux du Jourdain, Notre Seigneur par le fait même sanc­ti­fiait l’eau qui cou­le­ra sur le front de tous ceux qui seront bap­ti­sés au cours des siècles. Grande leçon aus­si pour les familles chré­tiennes, de bap­ti­ser les enfants au plus tôt, afin que leurs enfants fassent par­tie de cette famille de la Trinité Sainte, fai­sant par­tie déjà de la famille du Ciel.

Et puis, troi­sième miracle, auquel l’antienne des vêpres fait allu­sion, c’est celui des noces de Cana. Encore une fois la famille chré­tienne. Notre Seigneur pro­duit, à l’occasion de ces noces de Cana, un miracle extra­or­di­naire : trans­for­mer l’eau en vin. Qu’est-ce que cela veut dire, sinon que le mariage chré­tien, le sacre­ment de mariage met désor­mais le mariage du Nouveau Testament dans une élé­va­tion et dans une sanc­ti­fi­ca­tion, infi­ni­ment supé­rieures à celles de l’Ancien Testament.

Et par consé­quent, si Notre Seigneur a vou­lu par tous ces signes, mani­fes­ter sa volon­té de sanc­ti­fier la famille chré­tienne, de l’estimer au point d’y res­ter trente ans sur trente trois ans de sa vie (ter­restre), c’est parce qu’il a vou­lu mon­trer que la famille chré­tienne devait être vrai­ment le cœur de la civi­li­sa­tion chré­tienne. Le moyen pri­vi­lé­gié par lequel les âmes sont sau­vées, par lequel les âmes sont sanc­ti­fiées, par lequel les âmes sont pré­pa­rées à leur mis­sion, mis­sion ici-​bas et mis­sion pour le Ciel, mis­sion salvatrice.

Il y a donc là un grand ensei­gne­ment qui res­sort de toute cette litur­gie du temps de Noël, en faveur de la famille chré­tienne. C’est pour­quoi, mes bien chers frères, vous qui êtes liés dans ces liens de la famille chré­tienne, eh bien, rete­nez ces ensei­gne­ments et faites en sorte que vos foyers soient vrai­ment des modèles. Des modèles de sain­te­té et qu’ils soient l’occasion de la sanc­ti­fi­ca­tion de vous-​mêmes, des époux et des enfants.

Dans l’hymne de la Sainte Famille, à la sixième strophe, il est dit, on s’adresse aux per­sonnes de la Sainte Famille en disant :

« Toutes les ver­tus par la grâce, de votre foyer ont fleu­ri » – Ah ! faites donc que nos familles repro­duisent ces ver­tus – « dans leur vie ».

Voilà ce que les parents chré­tiens doivent deman­der à la Sainte Famille ; que les ver­tus que ses membres ont pra­ti­quées dans leur foyer, que ces ver­tus soient pra­ti­quées aus­si dans leurs foyers.

Vertus chré­tiennes, ver­tus qui rayon­ne­ront dans la Cité ; qui rayon­ne­ront autour d’eux. Voilà pour vous, bien chers parents chré­tiens qui êtes ici pré­sents. Demandez au Bon Dieu et à la Sainte Famille de vous don­ner toutes les grâces dont vous avez besoin, pour sanc­ti­fier vos foyers.

Quant à vous, mes bien chers amis, vous qui bien­tôt rece­vrez l’onction sacer­do­tale, puisque ce sont désor­mais les trois der­nières années du sémi­naire qui sont ici pré­sentes, eh bien sachez que l’un des rôles prin­ci­paux du prêtre, est la sanc­ti­fi­ca­tion des foyers, la sanc­ti­fi­ca­tion des familles. Vous aurez, par la grâce de votre sacer­doce, à répandre la grâce, la grâce des sacre­ments pour sanc­ti­fier les foyers. Vous aurez aus­si à aider les parents de toutes manières, et vous le faites déjà, dans la mesure où vous le pou­vez, avec les parents à la sanc­ti­fi­ca­tion des enfants, à la pré­pa­ra­tion des enfants à leur mis­sion ici-​bas, à leur voca­tion : voca­tion reli­gieuse, voca­tion sacer­do­tale, voca­tion de parents chré­tiens. C’est là un rôle impor­tant pour le minis­tère sacer­do­tal. Et vous vous rap­pel­le­rez à cette occa­sion, d’avoir la foi dans les moyens sur­na­tu­rels, pour la sanc­ti­fi­ca­tion des âmes.

Parce que chez beau­coup de prêtres, la foi a dimi­nué. Et même, dans une cer­taine mesure, ils ont per­du la foi dans l’efficacité de la grâce du Bon Dieu, dans l’efficacité de la grâce de Notre Seigneur.

Or, voyez com­bien jus­te­ment, toute cette litur­gie nous montre l’importance de la grâce, à l’occasion de ces fêtes.

Eh bien, vous devez avoir une foi pro­fonde dans la grâce du sacre­ment de mariage dont vous serez les témoins. Dans la grâce du bap­tême, à l’occasion des bap­têmes que vous don­ne­rez et la grâce du sacre­ment de confir­ma­tion auquel vous pré­pa­re­rez les âmes.

Que sais-​je encore, toutes les grâces qui sont don­nées par les sacre­ments et par­ti­cu­liè­re­ment par le Saint Sacrifice de la messe que vous célé­bre­rez, par le Saint sacre­ment de l’Eucharistie, par le sacre­ment de la péni­tence. Il faut avoir la foi dans la grâce qui est don­née par ces sacre­ments. Ce sont les moyens par les­quels Notre Seigneur a vou­lu nous sanc­ti­fier et sanc­ti­fier les foyers chrétiens.

Lorsque l’on perd la foi en la grâce de Notre Seigneur Jésus-​Christ, alors on cherche des moyens humains. On cherche à s’occuper de ce que l’on est char­gé, par des moyens natu­rels et non plus par des moyens sur­na­tu­rels. Et là on fait une erreur fon­da­men­tale. Ce n’est plus la reli­gion chré­tienne. On ne fait plus confiance à Notre Seigneur Jésus-​Christ, mais on fait confiance à soi-​même, à son habi­le­té pour créer des orga­ni­sa­tions, des moyens, qui ne sont pas conformes à la volon­té du Bon Dieu. Alors rete­nez ceci aus­si, que par la grâce du Bon Dieu, vous sanc­ti­fie­rez vrai­ment les âmes, les foyers chré­tiens, les enfants.

Demandons à la Sainte Famille, aux membres de la Sainte Famille, à la fois de sanc­ti­fier les familles chré­tiennes et de sanc­ti­fier le sacer­doce. Car, en défi­ni­tive, celui que Marie et Joseph ont eu à nour­rir, à vêtir, à veiller à sa Vie, à voir au déve­lop­pe­ment, au déve­lop­pe­ment de son Corps et dans une cer­taine mesure de son Âme, eh bien c’était bien le futur Prêtre, c’était bien le Prêtre déjà, car IL était Prêtre dès sa concep­tion ; IL était déjà Grand Prêtre et par consé­quent contri­buant à sa for­ma­tion – dans une cer­taine mesure, si l’on peut dire cela – contri­buant à sa crois­sance, Marie et Joseph ont contri­bué à la sanc­ti­fi­ca­tion du monde entier, de toutes les âmes.

Eh bien, que vous aus­si, par consé­quent, vous ayez cette confiance dans 1’intercession de la très Sainte Vierge Marie et de saint Joseph, pour for­mer en vous le vrai prêtre.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.