Sermon de Mgr Lefebvre – Solennité de l’Epiphanie – 9 janvier 1983

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers amis,
Mes bien chers frères,

En cette solen­ni­té de la fête de l’Épiphanie, mes paroles s’adressent plus direc­te­ment à nos chers séminaristes.

Comme les Mages, mes bien chers amis, vous venez de loin et ne pouvez-​vous pas dire comme eux :

Vidimus stel­lam ejus in Oriente, et veni­mus cum mune­ri­bus ado­rare Dominum (Mt 2,2).

« Nous avons vu une étoile dans l’Orient, et nous sommes venus lui por­ter nos hom­mages et nos pré­sents, l’adorer ».

En effet, n’est-ce pas cela que vous venez faire ici, dans ce sémi­naire ? C’est l’oraison de l’Épiphanie qui vous indique d’une manière admi­rable, ce que signi­fie cette étoile.

De même que l’étoile, dit l’oraison, a gui­dé les Mages vers Notre Seigneur, de même la foi doit nous ame­ner à contem­pler les choses éter­nelles. Et en effet, cette foi catho­lique, cette foi pro­fonde que vous avez reçue dans vos familles, que vous avez déve­lop­pée dans votre jeu­nesse, que par la grâce du Bon Dieu vous avez gar­dée et main­te­nue fer­me­ment, cette foi vous a ame­nés ici à Écône, pour contem­pler les choses éternelles.

Sans doute quand l’oraison indique ces choses, cela signi­fie plu­tôt le Ciel où nous contem­ple­rons défi­ni­ti­ve­ment Notre Seigneur Jésus-​Christ dans sa gloire. Mais déjà ici, par l’approfondissement de votre foi, par l’étude des mys­tères de Notre Seigneur Jésus-​Christ, votre foi se trans­forme en contem­pla­tion de la gran­deur, de la divi­ni­té, de la sou­ve­rai­ne­té de Notre Seigneur Jésus-Christ.

D’ailleurs, les pré­sents que les Mages offrent à Notre Seigneur et qui signi­fient aus­si vos hom­mages, vos pré­sents, nos pré­sents, signi­fient pré­ci­sé­ment ces grands mys­tères de Notre Seigneur Jésus-Christ.

L’or signi­fie la royau­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ ; l’encens qu’il est le Prêtre, le Souverain Prêtre. Et la myrrhe signi­fie sa sépul­ture, c’est-à-dire sa mort par laquelle Il nous a sau­vés et signi­fie donc qu’il est notre Sauveur.

Et c’est pré­ci­sé­ment ce que nous enseigne notre théo­lo­gie. Que Notre Seigneur est Roi, Prêtre et Sauveur. Voilà les pré­sents que les Mages ont offerts à Celui qui est vrai­ment notre Sauveur, notre Prêtre, notre Roi.

Puissiez-​vous au cours de vos études, appro­fon­dir ce grand mys­tère, ce mys­tère de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Nous l’avons vu ces der­niers jours en contem­plant la Crèche. Nous voyons tout le monde en quelque sorte réuni autour de Notre Seigneur.

Jésus le Roi du monde, le Créateur du Ciel et de la terre, le Sauveur est venu par­mi nous et toute la Création semble atti­rée vers Lui. Tout se réunit autour de Notre Seigneur – et c’est bien juste – car Il est le maître de toutes choses.

Et alors, vous avez ce grand pri­vi­lège d’avoir été choi­sis : Ego ele­gi vos, dit Notre Seigneur. Vous avez été choi­sis pour mieux connaître et pour appro­fon­dir le mys­tère du Christ, le mys­tère de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Et ce Dieu que venaient ado­rer les ber­gers, les anges, les Mages et tous ceux qui entou­raient Notre Seigneur, à plus forte rai­son la très Sainte Vierge Marie, saint Joseph, tous ceux qui ont ado­ré Notre Seigneur, l’ont vu et, certes si nous avions pu être pré­sents aus­si à la nais­sance de Notre Seigneur, nous espé­rions aus­si pou­voir être choi­sis pour aller vers Notre Seigneur et lui por­ter nos hommages.

Eh bien Notre Seigneur Jésus-​Christ est le même que cet Enfant-​Dieu qu’ont ado­ré les ber­gers et les Mages, ce même Jésus est par­mi nous. Il est dans la Sainte Eucharistie. C’est le même.

Et peut-​être il nous arrive de nous accou­tu­mer à cette Présence de Notre Seigneur par­mi nous. Assuetæ viles­cunt, dit l’adage latin : Les choses aux­quelles on s’est accou­tu­mé finissent par ne plus avoir de valeur.

Eh oui, parce que nous sommes habi­tués à avoir Notre Seigneur par­mi nous, toute la jour­née, toute la nuit, toute notre vie, alors nous n’y pen­sons plus. Nous oublions que Celui qui est au milieu de nous est vrai­ment notre Sauveur, notre Roi, le Grand-Prêtre.

Dieu ne change pas. Jésus ne peut pas chan­ger. Éternellement Il aura ces pri­vi­lèges. Et par consé­quent quand Il est par­mi nous. Il garde ses privilèges.

Alors que ce soit là une réso­lu­tion pour nous tous, de ne jamais nous habi­tuer à la pré­sence de Notre Seigneur Jésus-​Christ par­mi nous. En ce sens que nous ne devons pas mini­mi­ser cette Présence. Et que nous ayons les sen­ti­ments, qu’avaient pré­ci­sé­ment les ber­gers et les Mages lorsqu’ils sont par­tis voir Notre Seigneur.

Sans doute les ber­gers ne l’auront vu qu’une fois. Peut-​être les Rois Mages ne l’auront vu qu’une fois aus­si et alors cette pré­sence, cette ren­contre avec Notre Seigneur, les aura transformés.

De même que l’Enfant-Jésus, venant avec la Vierge Marie, sanc­ti­fier saint Jean Baptiste dans le sein de sa cou­sine Élisabeth, la ren­contre des ber­gers et des Mages avec Notre Seigneur, les a sanc­ti­fiés, les a conver­tis, les a ren­dus heu­reux pour toute leur vie. Ils ont médi­té sur cette ren­contre avec Notre Seigneur, tout au long de leur vie. Eh bien, nous, nous n’avons pas seule­ment la joie d’une seule ren­contre avec Notre Seigneur, mais nous pou­vons Le ren­con­trer quand nous vou­lons. Il est à notre dis­po­si­tion et nous Le rece­vons tous les matins dans notre cœur, dans notre âme.

Bien plus encore que cette simple ren­contre qu’ont eue les Mages et les ber­gers, nous Le rece­vons dans nos âmes, dans nos cœurs. Il nous trans­forme en Lui. Il nous com­mu­nique sa divi­ni­té. Il nous com­mu­nique ce qu’il est, sa vie divine. Aurons-​nous vrai­ment cette pen­sée que à force de ren­con­trer Jésus nous ne l’apprécions plus. Non. Il faut que notre foi aille tou­jours en aug­men­tant ; que notre fer­veur soit constante ; que nous renou­ve­lions tou­jours cet acte de foi et cette ado­ra­tion envers Notre Seigneur. Et c’est bien cela qu’aujourd’hui on vou­drait nous arracher.

À tra­vers tous ces chan­ge­ments qui se sont pro­duits au cours de ces der­nières années, c’est en défi­ni­tive la pré­sence de Jésus au milieu de nous, qui est atta­quée. C’est cette Présence que le démon ne peut pas admettre !

Et de même que l’on ne peut pas pen­ser aux Rois Mages sans voir l’image d’Hérode – Hérode pour­sui­vant Notre Seigneur – la pré­sence de Notre Seigneur est into­lé­rable au démon, into­lé­rable à Satan. Alors il a tout fait pour la faire dis­pa­raître. Il a bien réus­si à Le cru­ci­fier sur la Croix ; mais trois jours après Il res­sus­ci­tait. Il lui échap­pait, comme Il a échap­pé à Bethléem et qu’il est par­ti en Égypte.

Aujourd’hui aus­si, Il a échap­pé à ceux qui veulent faire dis­pa­raître sa Présence par­mi nous ; à ceux qui ne vou­draient plus L’honorer !

Figurez-​vous, mes chers amis, que j’ai appris, étant à Rome, de la bouche même d’un car­di­nal que l’on deman­dait désor­mais à ceux qui nous ont quit­té par­mi nos chers amis, mal­heu­reu­se­ment, ces sémi­na­ristes ita­liens qui nous ont quit­té, on leur deman­dait désor­mais de ne plus com­mu­nier à genoux, mais de com­mu­nier debout. Ne croyez-​vous pas que c’est un signe. Un signe, on ne veut plus de Notre Seigneur Jésus-​Christ pré­sent dans la Sainte Eucharistie.

Et tout à l’heure, nous avons fait – en lisant l’Évangile – nous avons fait le geste qu’ont fait les Rois Mages :

(…) et pro­ci­dentes ado­ra­ve­runt eum (Mt 2,11) : « (…) et se pros­ter­nant ils L’adorèrent ».

Et aujourd’hui, pour quelle rai­son ne voudrait-​on plus ado­rer Notre Seigneur Jésus-​Christ pré­sent dans la Sainte Eucharistie, comme Il était dans la Crèche à Bethléem ?

Ce n’est pas pos­sible. Ce n’est pas l’Esprit Saint qui ins­pire ces gestes de ne plus vou­loir s’agenouiller devant Notre Seigneur.

Alors, vous venez ici, per­sua­dés que Notre Seigneur Jésus-​Christ est pré­sent dans la Sainte Eucharistie et vous L’adorez de toute votre âme, de tout votre cœur et le mani­fes­tant par des gestes exté­rieurs. Et vous serez ceux qui conti­nue­rez à pro­cla­mer cette Présence. Surtout lorsque vous serez prêtre et que vous ferez des­cendre Notre Seigneur Jésus-​Christ sur le saint Autel par les paroles de la Consécration. Alors vous L’adorerez et vous appren­drez aux géné­ra­tions futures à ado­rer Notre Seigneur. Vous ne serez pas de ceux qui mépri­se­ront la Sainte Eucharistie, qui feront croire que Notre Seigneur n’y est là que comme un sym­bole et non dans la réa­li­té de son Corps, de son Âme, de sa Divinité.

Et ne vous éton­nez pas alors, mes chers amis, si la per­sé­cu­tion conti­nue. Et il est pos­sible qu’elle conti­nue et peut-​être pro­chai­ne­ment. Il n’est pas impos­sible que nous soyons de nou­veau encore per­sé­cu­tés d’une manière encore plus évi­dente et plus radi­cale, parce que nous conti­nuons à ado­rer Notre Seigneur Jésus-​Christ dans la Sainte Eucharistie. Parce que nous vou­lons pro­cla­mer le mys­tère de Notre Seigneur Jésus-​Christ, sa royau­té, son sacer­doce, son salut. C’est pour cela que nous sommes per­sé­cu­tés, parce que le Saint Sacrifice de la messe repré­sente, conti­nue tout cela.

Alors cette per­sé­cu­tion qui est main­te­nant sécu­laire – Satan ne peut sup­por­ter la Présence de Notre Seigneur ici-​bas – il vou­drait détruire la Sainte Messe, détruire la Présence réelle de Notre Seigneur dans la Sainte Eucharistie.

Alors il est nor­mal qu’étant ce groupe de prêtres, de sémi­na­ristes, de fidèles qui croient encore en la Présence réelle de Notre Seigneur Jésus-​Christ dans la Sainte Eucharistie, nous soyons per­sé­cu­tés et que le démon veuille nous dis­per­ser, que le démon veuille nous supprimer.

Alors si nous devons conti­nuer à être per­sé­cu­tés, eh bien, nous le serons ; nous le serons comme tous ceux qui ont cru à la Sainte Eucharistie ! Persécutés, même inno­cents comme ces enfants qui ont été mas­sa­crés par le roi Hérode, parce que les Rois mages ont cru à la divi­ni­té de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Alors que, en cette fête de l’Épiphanie, qui ouvre de nou­veau pour vous un deuxième tri­mestre de pré­sence dans cette année de sémi­naire, eh bien vous ayez cette convic­tion d’approfondir dans vos âmes, cette foi en la divi­ni­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ et à la réa­li­té de sa Présence réelle dans la Sainte Eucharistie.

Vous ferez comme la très Sainte Vierge Marie, elle repas­sait les paroles qu’elle enten­dait dans son cœur : Conferens in corde suo (Le 2,19).

Marie conser­vait toutes ces choses dans son cœur, les repas­sant dans son cœur.

Vous médi­te­rez les paroles de la litur­gie qui vous sont ensei­gnées dans la phi­lo­so­phie et la théo­lo­gie et qui ont rap­port à Dieu. Toutes ont rap­port à Dieu. Vous médi­te­rez ces choses afin de consa­crer d’une manière encore plus par­faite, plus pro­fonde plus com­plète, votre vie à la gloire de Notre Seigneur Jésus-​Christ, en ces temps où l’on vou­drait éteindre et faire dis­pa­raître cette gloire, vous pren­drez au contraire la réso­lu­tion de por­ter bien haut le flam­beau de votre foi en Notre Seigneur.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.