Sermon de Mgr Lefebvre – Toussaint – 1er novembre 1976

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers frères,

L’Église tou­jours sou­cieuse de nous dis­pen­ser un ensei­gne­ment adap­té à la fête que nous célé­brons, nous fait lire aujourd’hui dans l’Épître, comme un aper­çu du Ciel, nous ouvre un peu le mys­tère que nous sou­hai­te­rions déjà ici-​bas ; que nous sou­hai­te­rions déjà connaître ; que nous vou­drions per­cer d’une cer­taine manière afin de savoir ce que le Bon Dieu pré­pare à ceux qu’il a choi­sis, à ses élus.

Et dans l’Évangile, la Sainte Église nous rap­pelle que nous sommes encore ici-​bas et que nous avons à suivre ce que l’on pour­rait appe­ler le code de la route du Ciel, qui ne sont autres que ces magni­fiques béa­ti­tudes sui­vies de tous les ensei­gne­ments de Notre Seigneur, don­nées sur la montagne.

Ainsi dans l’Épître, l’Église s’efforce d’attirer nos regards vers le Ciel, afin d’y atti­rer nos cœurs et nos âmes. Car, en défi­ni­tive, nous sommes bien des pèle­rins du Ciel ; nous sommes bien dans l’état de voya­geur et nous avons par consé­quent à regar­der le but vers lequel nous marchons.

Que sera le Ciel ? Qu’est-ce que le Ciel pour ceux qui s’y trouvent, pour les élus ? Et puis saint Jean dans l’Apocalypse essaie de nous décrire d’une manière sans doute bien impar­faite, car aucune parole ne peut décrire ce qui se passe au Ciel, c’est bien saint Paul lui-​même qui le dit, lui qui a été enle­vé en quelque sorte pen­dant quelque temps dans le Ciel. Il dit lui-​même qu’il est impos­sible de trou­ver les mots qui peuvent signi­fier la gran­deur, la beau­té, la subli­mi­té de ce qu’il a vu.

Saint Jean nous décrit ces foules immenses non seule­ment du peuple juif, mais venues de tous les hori­zons du monde, de toutes les nations et qui adorent le Seigneur et qui chantent ses louanges.

Honneur, gloire, toute-​puissance au Dieu Créateur dans les siècles des siècles. Et si l’on peut essayer de se faire une idée de ce que peut être la joie des élus et le ravis­se­ment dans lequel ils se trouvent, il me semble que nous devons par ces faits qui sont décrits dans l’Évangile, que nous pou­vons appro­cher en quelque sorte de ce que les élus peuvent voir et com­prendre dans le Ciel.

Rappelez-​vous la Transfiguration. Les apôtres sont comme pro­je­tés à terre par la splen­deur que Notre Seigneur découvre à leurs yeux, splen­deur plus belle que le soleil, disent-ils.

Notre Seigneur, avant sa Passion, avant l’épreuve qu’allaient subir les apôtres, leur montre ce qu’il était en réa­li­té, car Notre Seigneur aurait dû avoir cette splen­deur et cette lumière d’une manière natu­relle étant don­né qu’il avait la vision béa­ti­fique, qu’il était dans le Ciel. Non pas seule­ment qu’il était dans le Ciel, mais qu’il est le Ciel. Notre Seigneur c’est le Ciel : Ubi Christus ibi Paradisus : « Où est le Christ, là est le Paradis ».

Et par consé­quent, il était nor­mal que Notre Seigneur découvre ce qu’il était, qu’il était Dieu. Et les apôtres se sont trou­vés ravis, tel­le­ment bien qu’ils ont deman­dé de dres­ser trois tentes pour demeu­rer dans cet endroit, pour l’éternité en quelque sorte.

Et nous savons éga­le­ment que par sa splen­deur, par sa lumière, Notre Seigneur res­sus­ci­tant, a pro­je­té éga­le­ment à terre les gardes, éblouis et stu­pé­faits, émer­veillés par cette lumière qui sor­tait du tom­beau de Notre Seigneur.

Ainsi, nous pou­vons pen­ser que tout est lumière là-​haut ; tout est gran­deur ; tout est splendeur.

Et puis nous savons aus­si par les saints du Ciel – par la per­mis­sion de Notre Seigneur – qui sont venus appa­raître à des per­sonnes choi­sies ici-​bas, nous savons, que ces appa­ri­tions réelles, les appa­ri­tions recon­nues par l’Église, ces per­sonnes se sont trou­vées elles aus­si, ravies, en dehors de leurs sens.

On se rap­pelle de Bernadette, voyant la très Sainte Vierge, elle ne sen­tait plus la dou­leur de la flamme que l’on appro­chait de ses mains et qui brû­lait, en quelque sorte ses doigts. Eh bien, elle ne le sen­tait pas, parce qu’elle était ravie par la beau­té et la subli­mi­té de la très Sainte Vierge Marie.

Ainsi donc nous pou­vons pen­ser que le Ciel est quelque chose qui nous ravi­ra, qui sera tel­le­ment beau, tel­le­ment splen­dide, tel­le­ment émou­vant que nous serons aus­si trans­por­té de joie et heu­reux d’approcher Celui qui est notre Dieu. S’approcher de Dieu, c’est appro­cher de la cha­ri­té ; c’est appro­cher de l’amour. Et par consé­quent, les âmes qui sont en pré­sence de Dieu, sans doute, ne peuvent mesu­rer le temps. Il n’y a plus de temps. Les choses se passent en dehors du temps. Il est bien dif­fi­cile pour nous de conce­voir ces choses, mais pour­tant c’est la réa­li­té et tout ce que nous pou­vons savoir du Ciel nous fait espé­rer qu’un jour aus­si, nous irons rejoindre ceux qui s’y trouvent et qui jouissent d’un bon­heur éternel.

Mais il y a des condi­tions à rem­plir pour aller au Ciel et Notre Seigneur, dans son Sermon sur la mon­tagne, n’oublie pas de nous dire que la voie est étroite. C’est dans ce Sermon sur la mon­tagne qu’il nous rap­pelle que le che­min qui conduit au Ciel n’est pas un che­min facile et que tous mal­heu­reu­se­ment n’y par­viennent pas.

Sans doute ceux qui n’y par­viennent pas, le sont par leur propre faute et non pas par la faute de Notre Seigneur. C’est pour­quoi nous devons médi­ter sur ce Sermon sur la montagne.

La pre­mière par­tie est celle des béatitudes.

Et nous sommes stu­pé­faits par ces béa­ti­tudes qui contre­disent l’esprit du monde ; lequel contre­dit ce bon­heur auquel nous vou­drions déjà par­ti­ci­per ici-​bas. Alors que Notre Seigneur nous dit que bien­heu­reux sont ceux qui sont per­sé­cu­tés ici-​bas, bien­heu­reux ceux qui souf­fri­ront et ceux qui seront mau­dits, contre les­quels on lan­ce­ra des calom­nies ils auront une grande part au Ciel et ils par­ta­ge­ront le Royaume des Cieux.

Tout cela n’est pas bien conforme à ce que le monde sou­haite. Le monde n’aime pas la souf­france, le monde n’aime pas être méprisé.

Mais ce n’est pas tout. Notre Seigneur nous parle ensuite d’une cha­ri­té encore plus grande que celle des Scribes et des Pharisiens. Il parle d’une cha­ri­té qui va au-​delà de ce que nous pou­vons peut-​être pen­ser. Si quelqu’un nous demande de l’accompagner sur une cer­taine dis­tance. Notre Seigneur n’hésite pas à dire : Mais faites le double, accompagnez-​le tou­jours davantage.

Si quelqu’un vous méprise et s’il est votre enne­mi, aimez-​le ; aimez vos enne­mis. N’aimez pas seule­ment vos amis. Vous avez une cha­ri­té exté­rieure, vous mani­fes­tez votre cha­ri­té ; eh bien ne la mani­fes­tez pas seule­ment exté­rieu­re­ment, manifestez-​la aus­si inté­rieu­re­ment. Et si vous êtes ten­té par le péché, il ne faut pas suivre ces ten­ta­tions, même intérieures.

Il le dit expli­ci­te­ment : Il ne suf­fit pas de ne pas com­mettre l’adultère, encore faut-​il ne pas avoir un simple désir dans son cœur. Et si vous priez, ne priez pas seule­ment exté­rieu­re­ment ; ne mani­fes­tez pas votre prière pour que les gens vous voient et vous admirent et vous estiment. Mais priez dans vos chambres ; enfermez-​vous dans vos cel­lules et priez vrai­ment Dieu.

Et c’est à ce moment-​là que Notre Seigneur nous enseigne la magni­fique prière du Pater nos­ter, du Notre Père. Si vous vou­lez être par­fait, soyez par­fait comme votre Père céleste est par­fait ; cela résume tout le Sermon sur la mon­tagne : Comme votre Père céleste est parfait.

Et c’est dans la prière du Pater, que Notre Seigneur dit qu’il faut que la volon­té de Dieu soit faite sur la terre comme au Ciel. Le Bon Dieu nous demande par consé­quent, une per­fec­tion très grande. Il est exi­geant pour nous. Et cette cha­ri­té si grande, si exi­geante que le Bon Dieu demande de nous. Il nous donne le moyen de l’accomplir. Il nous le donne d’abord par la prière. Si nous vou­lons être par­faits, nous devons prier. Nous devons le deman­der à Notre Seigneur Jésus-​Christ. Car par nous-​mêmes, nous ne pou­vons plus arri­ver à cette per­fec­tion. C’est par la grâce de Notre Seigneur que nous pou­vons y parvenir.

Comment obtiendrons-​nous cette grâce de Notre Seigneur, cette grâce sur­na­tu­relle qui fait de nous des enfants de Dieu ? Nous l’obtiendrons par la prière et par les sacre­ments. Nous devons donc aimer rece­voir les sacre­ments, par­ti­ci­per aux sacre­ments, en par­ti­cu­lier aux sacre­ments de péni­tence et de l’Eucharistie. Ainsi nous rece­vrons véri­ta­ble­ment en nous cette vie de Notre Seigneur Jésus-​Christ qui nous aide­ra à pra­ti­quer cette per­fec­tion que Jésus demande de nous.

Et cela, aujourd’hui en par­ti­cu­lier, est très impor­tant pour nous, pour nous qui vou­lons suivre Notre Seigneur Jésus-​Christ ; qui vou­lons le consi­dé­rer comme notre Roi ; qui vou­lons le consi­dé­rer comme exemple. Ne le disons pas seule­ment des lèvres et de la parole, mais pratiquons-​le. Montrons à tous ceux qui nous cri­tiquent, à tous ceux qui pensent que nous nous éloi­gnons de Notre Seigneur, que nous nous éloi­gnons de l’Église, mon­trons au contraire que nous sommes vrai­ment des enfants de l’Église, des enfants de Dieu, des enfants de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Et ce, en pra­ti­quant les ver­tus que Notre Seigneur Jésus-​Christ nous demande de pra­ti­quer. En par­ti­cu­lier la cha­ri­té ; la vraie cha­ri­té, non pas la cha­ri­té qui consiste dans des com­pro­mis, qui consiste dans des aban­dons, mais dans la cha­ri­té qui est celle de la véri­té, qui est celle de la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Demandons à la très Sainte Vierge Marie de nous aider à mar­cher selon ce code de la per­fec­tion que Notre Seigneur a prê­ché sur la mon­tagne. Demandons à la très Sainte Vierge Marie de nous don­ner cette grâce d’accomplir les conseils que Notre Seigneur Jésus-​Christ nous donne. Et ain­si, nous aurons l’espérance d’aller rejoindre ceux qui sont au Ciel.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.