Sermon de Mgr Lefebvre – Vigile de la Pentecôte – Diaconat – 17 mai 1986

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers amis,
Mes bien chers frères,

En cette vigile de la Pentecôte, joignons-​nous aux dis­ciples et aux apôtres qui entourent la très Sainte Vierge Marie, et deman­dons par l’intercession de la Vierge Marie, de rece­voir nous aus­si l’Esprit Saint.

Et vous par­ti­cu­liè­re­ment, mes bien chers amis, qui dans quelques ins­tants allez rece­voir la grâce du diaconat.

Vous allez en effet, rece­voir l’Esprit Saint d’une manière toute par­ti­cu­lière : Spiritus sep­ti­for­mis, disent les prières du Pontifical. L’Esprit avec ses sept dons. Et puis lorsque l’évêque va vous impo­ser les mains et dire les paroles de l’ordre du dia­co­nat, il vous dira : Accipi Spiritum Sanctum, ad robur, et ad resis­ten­dum dia­bo­lo et ten­ta­tio­ni­bus ejus : Recevez l’Esprit Saint pour rece­voir sur­tout son don de force contre le démon et contre toutes ses tentations.

Et puis, dans l’instruction que l’Église met sur les lèvres de l’évêque, il est dit aus­si, que la grâce que vous allez rece­voir, va vous rendre forts pour com­battre, non pas contre les élé­ments sen­sibles, contre la chair, mais contre les esprits mau­vais répan­dus dans le monde. Dirons-​nous qu’aujourd’hui la dif­fu­sion de ces esprits mau­vais dans le monde n’existe plus ? Je pense que, plus que jamais, ces esprits malins, ces esprits per­vers sont répan­dus dans le monde.

Et donc, c’est à une véri­table croi­sade que l’Église vous convie en vous don­nant cet Esprit Saint, en vous don­nant l’Esprit de force, contre toutes les forces sub­ver­sives qui sont dans le monde et par­ti­cu­liè­re­ment les forces de l’erreur.

Et pour cela vous allez rece­voir des fonc­tions par­ti­cu­lières, vous appro­chant de l’autel, vous appro­chant du Corps et du Sang de Notre Seigneur Jésus-​Christ, que vous pour­rez même – au moins d’une manière extra­or­di­naire – tou­cher de vos mains.

Vous allez rece­voir l’étole qui signi­fie votre pou­voir de minis­tère. Vous avez désor­mais un minis­tère à rem­plir à l’autel, minis­tère tout par­ti­cu­lier auprès du prêtre qui offre le Sacrifice.

Vous allez rece­voir éga­le­ment la dal­ma­tique qui est pour vous, comme une armure que vous revê­tez, armure de sain­te­té dal­ma­ti­ca jus­ti­tiæ, dal­ma­tique de la sain­te­té. Oui, revêtez-​vous de la sain­te­té. Christum induis­tis (Ga 3,27) : Vous avez revê­tu le Christ. Revêtez Notre Seigneur Jésus-​Christ et que, désor­mais, dans votre com­por­te­ment, dans votre atti­tude vis-​à-​vis de ceux vers les­quels vous serez envoyé pour prê­cher l’Évangile, vous mon­triez en vous, les ver­tus de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Et puis l’évêque va vous confier les saints Évangiles. C’est peut-​être ce qui carac­té­rise le plus, l’ordre du diaconat.

En effet, saint Étienne, votre modèle, a prê­ché Notre Seigneur Jésus-​Christ et c’est pour­quoi il est deve­nu mar­tyr. Et nous aus­si, nous allons vous confier l’Évangile de Notre Seigneur Jésus-​Christ. C’est la révo­lu­tion appor­tée par Notre Seigneur Jésus-​Christ dans le monde, une véri­table révo­lu­tion, révo­lu­tion de sain­te­té, de sanc­ti­fi­ca­tion, de résur­rec­tion des âmes, de sanc­ti­fi­ca­tion des âmes, c’est l’Évangile, l’Évangile de Notre Seigneur Jésus-​Christ, ce qu’Il est venu faire, ce qu’Il est venu réa­li­ser, son œuvre d’amour, de cha­ri­té, de rédemp­tion, de glo­ri­fi­ca­tion de son Père, de glo­ri­fi­ca­tion de toutes les âmes dans le Ciel.

Et c’est à cela que vous allez être asso­ciés. C’est cela dont vous allez avoir la res­pon­sa­bi­li­té vis-​à-​vis des âmes, en rece­vant l’Évangile. Pensez que vous allez être des hérauts de l’Évangile. Vous allez conti­nuer l’œuvre que Notre Seigneur Jésus-​Christ a com­men­cée ici-​bas. Quelle responsabilité !

Et n’oubliez pas que, étant par le fait même, des témoins de l’Évangile, deve­nant par fonc­tion, des témoins de l’Évangile, témoins de la Vérité de Notre Seigneur Jésus-​Christ, témoins de ce qu’il est la Voie, la voie de la sanc­ti­fi­ca­tion, la voie du salut, eh bien, que veut dire témoin et que signi­fie témoin ? mar­tyr, martyr.

Saint Étienne a été mar­ty­ri­sé parce qu’il a été témoin de l’Évangile. Et tous ceux qui après lui, ont été mar­ty­ri­sés, ont été mar­tyrs, témoins de l’Évangile, ont ver­sé leur sang pour l’Évangile, pour prê­cher Notre Seigneur Jésus-Christ.

Alors c’est à cela que vous êtes appe­lés, à être des témoins, peut-​être qui sait, mar­tyrs un jour, nous ne savons pas. Dieu seul le sait. Mais en tout cas déjà par votre témoi­gnage vous êtes des mar­tyrs, des témoins de Notre Seigneur Jésus-​Christ dans le monde.

Soyez-​le plei­ne­ment, soyez-​le com­plè­te­ment. Ne le soyez pas à demi. Ne ter­gi­ver­sez pas sur la Vérité de Notre Seigneur Jésus-​Christ, sur la Vérité de l’Évangile, sur la Vérité de son mes­sage, sur la néces­si­té de pas­ser par Notre Seigneur, pour aller au Ciel.

Ce serait man­quer au mes­sage qui vous est confié ; ce serait man­quer de cha­ri­té vis-​à-​vis de ceux vers les­quels vous êtes envoyé. Ils attendent de vous la Vérité. Ils attendent de vous que vous soyez des mes­sa­gers de la Vérité et non point des mes­sa­gers de l’erreur. Et vous trou­ve­rez cette Vérité dans l’Évangile. Remerciez Dieu de vous don­ner une telle fonc­tion et demandez-​Lui de vous en don­ner les capa­ci­tés, les vertus.

C’est ce que nous allons deman­der tous ensemble ici, au cours de cette céré­mo­nie, vos parents, vos amis, vos confrères, vos prêtres sur­tout qui vous entourent, vont prier pour que vous rece­viez vrai­ment l’Esprit Saint ad robur, pour la force. Que vous ne crai­gniez pas les attaques des démons, qui vien­dront. Le démon ne peut pas tolé­rer la Vérité et ils vien­dront par­fois plus sub­tils que nous ne le pen­sons, cachés sous un aspect de véri­té, cachés sous un aspect de pasteur.

Eh bien, vous dévoi­le­rez l’erreur. Comme le disait Léon XIII à pro­pos des francs-​maçons, dans son ency­clique Humanum genus : Il faut leur enle­ver leur masque. Il faut les décou­vrir ; il faut les mon­trer, afin de pro­té­ger les fidèles dans leur foi ; afin qu’ils ne soient pas trom­pés par ces mes­sa­gers de l’erreur.

Nous aus­si nous devons dévoi­ler ceux qui dif­fusent l’erreur, afin de demeu­rer dans la Vérité ; afin d’accomplir notre tâche de témoins de Notre Seigneur Jésus-​Christ et de pro­té­ger les âmes dont nous avons la charge, contre ces sen­tiers de l’erreur.

Vous avez comme modèle saint Étienne. Puissiez-​vous aus­si avoir dans vos yeux cette vision de saint Étienne, la vision de Notre Seigneur à la droite de Dieu, à la droite du Père .

Cette vision de l’éternité, cette vision que l’Esprit vous donne et doit vous don­ner puisque Spiritus enim omnia scru­ta­tur, etiam pro­fun­da Dei (1 Co 2,10) : Et même ce qu’il y a de plus caché dans la pro­fon­deur de Dieu. Mais qu’est-ce que c’est que Dieu ? C’est Jésus-​Christ, c’est la Sainte Trinité.

Alors ayez devant les yeux cette image, cette vision qu’avait saint Étienne, qui est la vraie vision de l’éternité ; qui est cette vision de ce que sera l’avenir, l’avenir de toute l’humanité, l’avenir du monde, la vision de la Trinité pour ceux qui auront cru.

Et puis ayez aus­si comme modèle et comme guide saint Pie X. Vous êtes entrés dans la Fraternité, consa­crée, sous le patro­nage de saint Pie X. Pourquoi saint Pie X ? Parce qu’il a été lui aus­si un croi­sé, un témoin de l’Évangile. Et si aujourd’hui encore il est com­bat­tu, c’est parce qu’il a été un témoin de l’Évangile. Si l’on oublie son nom, si l’on ne parle plus de saint Pie X c’est parce qu’il a été jus­te­ment, un véri­table mar­tyr de la Vérité de l’Évangile. Il a com­bat­tu, le bon com­bat de la foi.

Alors sui­vons aus­si ce modèle qu’est saint Pie X.

Et enfin, sui­vez tout par­ti­cu­liè­re­ment la très Sainte Vierge Marie. Elle aus­si, elle est Reine des mar­tyrs. Elle a été vrai­ment le témoin pri­vi­lé­gié de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Elle est res­tée au pied de la Croix. Elle n’a pas eu peur. Elle a mani­fes­té son amour pour son divin Fils, jusqu’au bout, jusqu’au Sacrifice suprême.

Eh bien que la Vierge Marie vous donne cette grâce.

Et je vou­drais, en ter­mi­nant, évo­quer ce qui se passe aujourd’hui entre les deux Notre-​Dame : Notre-​Dame de Paris et Notre-​Dame de Chartres.

À l’instant pro­ba­ble­ment, où nous sommes ici, par­tout des légions, des légions de jeunes, de jeunes gens quittent Notre-​Dame de Paris pour faire leur pèle­ri­nage, pèle­ri­nage de foi, pèle­ri­nage de péni­tence, pèle­ri­nage de prière, admi­rable pèle­ri­nage des croi­sés. Des croi­sés qui n’ont pas peur, en cette époque d’athéisme, cette époque de volup­té, cette époque où Satan règne par­tout, ces jeunes se sont levés et rem­plis de foi, rem­plis d’amour pour Notre Seigneur et pour Notre Dame, ils ont réso­lu de mar­cher pen­dant trois jours, pour se rendre à Notre-​Dame de Chartres, mani­fes­tant ain­si au monde entier, la foi qui demeure encore chez ces jeunes, ces jeunes âmes. Et pen­dant ces trois jours, nous les sui­vrons, nous les accom­pa­gne­rons de nos prières, de nos sacri­fices, de notre pro­fes­sion de foi à nous aus­si. Et voyez-​vous, ils sont per­sé­cu­tés ; per­sé­cu­tés par ceux qui ne devraient pas les per­sé­cu­ter. Persécutés parce qu’ils sont des témoins de la foi, c’est évident, rien que pour cela. Car ils n’ont pas d’autre but dans ce pèle­ri­nage. Ce n’est pas un pèle­ri­nage poli­tique ; ce n’est pas un pèle­ri­nage polé­mique. C’est un vrai pèle­ri­nage de foi et de témoi­gnage de la foi.

Eh bien, comme il se doit, ils sont per­sé­cu­tés et ils sont mar­tyrs d’une cer­taine manière.

Alors joignons-​nous à eux et n’ayons pas peur, comme eux de tra­cer notre che­min au cours de notre vie, de faire ce pèle­ri­nage, cette croi­sade, pour aller de Marie à Marie, pour être avec la très Sainte Vierge Marie et mani­fes­ter notre foi au monde.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.