Sermon de Mgr Lefebvre – Vigile de la Pentecôte – Diaconat – Sous-​diaconat – 21 mai 1983

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers amis,
Mes bien chers frères,

Devant votre magni­fique assem­blée nous serions ten­té de reprendre les paroles de l’Apocalypse, de l’ange disant au vieillard, mais qui sont ces hommes vêtus de blanc et d’où viennent-ils ?

Mais l’ange dit au vieillard : « Mais vous le savez Seigneur. Ce sont ceux qui ont lavé leurs vête­ments dans le sang de l’Agneau et qui ont ser­vi les autels du Seigneur ». Je pense qu’en effet, cette parole s’applique bien à vous, mes chers amis. Vous avez au cours de vos années de pré­pa­ra­tion dans le sémi­naire, en par­ti­cu­lier dans vos monas­tères, vous avez pré­pa­ré vos âmes, vous les avez lavées dans le sang de l’Agneau. Et vous voi­ci main­te­nant prêts à ser­vir tou­jours mieux et tou­jours davan­tage les autels du Seigneur.

Par le sous-​diaconat, par le dia­co­nat, mes chers amis, vous qui allez rece­voir ces ordres dans quelques ins­tants, vous allez par­ti­ci­per d’une manière plus effi­cace, d’une manière plus pro­fonde au grand mys­tère de Dieu. Dispensatores mys­te­rium Dei : Dispensateurs des mys­tères de Dieu.

C’est en effet un grand mys­tère que le mys­tère de l’autel, que le mys­tère de ce sacre­ment de l’Eucharistie auquel vous allez par­ti­ci­per davantage.

Pour vous, chers futurs Sous-​Diacres, vous allez vous entendre dire par l’Église que vous aurez à vous occu­per par­ti­cu­liè­re­ment de l’autel. L’évêque se fai­sant l’interprète de la voix de l’Église, va vous expli­quer ce que sont à la fois les linges qui entourent l’autel et l’autel lui-même.

L’autel c’est le Christ. Les linges sont les fidèles qui entourent le Christ et qui sont ses membres, membres du Corps mys­tique. Ainsi, par ce sym­bo­lisme, vous qui allez vous occu­per d’une manière par­ti­cu­lière de la pro­pre­té de l’autel, de la véné­ra­tion avec laquelle il faut trai­ter les choses qui touchent à l’autel, de même vous allez aus­si, par vos ver­tus, par votre exemple, par les lec­tures, vous allez édi­fier le peuple fidèle et le pré­pa­rer à être plus dis­po­sé à rece­voir les grâces qui des­cendent et qui découlent de l’Eucharistie.

Jamais l’on n’aura une estime suf­fi­sante de ces mys­tères. Ces mys­tères, c’est vrai­ment le mys­tère de Dieu, le mys­tère de notre foi Mysterium fidei. C’est le grand mys­tère de notre foi. Et pour le com­prendre, pour le péné­trer davan­tage, pour l’estimer davan­tage, l’évêque va – dans ses prières – appe­ler sur vous, chers futurs Sous-​Diacres, tous les dons du Saint-Esprit.

Il va énu­mé­rer tous les dons du Saint-​Esprit, afin que vous soyez vrai­ment rem­plis de cet esprit de Lumière, de cet esprit de force, de cet esprit de sagesse, dont vous avez besoin pour mieux com­prendre le grand mys­tère de la foi, le grand mys­tère du Seigneur.

Nous sommes là, en plein dans la vie sur­na­tu­relle, dans les mys­tères d’ordre sur­na­tu­rel, que le Bon Dieu a vou­lu de toute éter­ni­té et qu’il a réa­li­sés dans le temps. L’homme a été créé pour la vie sur­na­tu­relle, avec la grâce du Bon Dieu. Non seule­ment dans sa nature, mais la nature est le sup­port de cette vie sur­na­tu­relle, de cette vie qui fait entrer l’homme dans le mys­tère de Dieu et dans la très Sainte Trinité, dans son inti­mi­té. Par sa volon­té, ain­si Dieu a pré­pa­ré les hommes et vous, par­ti­cu­liè­re­ment, ministres de l’autel, vous devez être conscients de ce mys­tère et en remer­cier Dieu, chan­ter les louanges de Dieu.

Et l’Église insiste aus­si, pour vous mes chers futurs Sous-​Diacres, insiste pour que vous ayez cet esprit de foi. C’est peut-​être sur cette note carac­té­ris­tique qu’elle conclut sa prière ; qu’elle conclut sa moni­tion. Et elle dit cette parole extra­or­di­naire, l’Église dit cette parole, repre­nant les paroles des Pères de l’Église : Omne quod non est ex fide, pec­ca­tum est : Tout ce qui n’est pas selon la foi, est péché. Qu’est-ce que veut dire par là l’évêque quand il vous dit ces paroles ?

Parce que tout ce qui est dans le monde, attire au péché. Seule la foi donne la lumière qui sauve ; seule la foi donne la grâce qui lave dans le sang du Christ et redonne la vie éter­nelle, par le sacre­ment du bap­tême et par les sacrements.

Tout ce qui n’est pas relié à la foi, tout cela en défi­ni­tive, sert pour le péché, même s’il y a des lumières natu­relles qui sont bonnes encore en soi. Mais si elles ne sont pas ordon­nées à la foi ; si elles ne sont pas puri­fiées par la grâce, elles sont inutiles ; elles ne servent qu’au péché ; elles ne servent qu’à la damnation.

Alors gar­dez la foi, répan­dez la foi, soyons mis­sion­naires afin d’appeler toutes les âmes qui ne sont pas illu­mi­nées par la foi, à l’être un jour, au moins par le bap­tême de désir, afin qu’elles puissent se sau­ver. Voilà ce que l’Église vous demande, mes bien chers futurs Sous-​Diacres, comme dis­po­si­tion pour rece­voir la grâce que vous allez rece­voir dans quelques instants.

Et par ce sacre­ment que vous rece­vez ; vous allez vous enga­ger à gar­der la chas­te­té. Chasteté dont nous avons des exemples dans la Sainte Écriture. Tous ceux qui ont appro­ché Dieu d’une manière par­ti­cu­lière ont été vierges. Et vous qui allez appro­cher Dieu, d’une manière tout à fait par­ti­cu­lière, il convient aus­si que vous soyez vierges.

La Vierge Marie, saint Joseph, saint Jean, créa­tures choi­sies pour entou­rer Notre Seigneur, entou­rer le Dieu vivant ici-​bas ont été vierges. Et vous aus­si, vous allez vous joindre à la Vierge Marie, à saint Joseph et à saint Jean, pour ser­vir le Seigneur.

Alors gar­dez fidè­le­ment cette chas­te­té. Ce pri­vi­lège que le Bon Dieu vous demande, qui vous fait déjà en quelque sorte, entrer dans le Ciel, dans l’éternité bienheureuse.

Et l’Église vous demande éga­le­ment, non seule­ment de gar­der la chas­te­té, mais aus­si d’être des priants, des priants de l’Église. Vous allez réci­ter désor­mais votre bré­viaire qui est la prière de l’Église, prière offi­cielle, qui va faire de vous les priants offi­ciels pour atti­rer les grâces de Dieu, chan­ter les louanges de Dieu, pour remer­cier Dieu de tous les bien­faits qu’il nous donne et pour deman­der les grâces dont le monde a besoin pour se sau­ver, pour sa conver­sion, pour s’unir à Dieu.

Quel rôle magni­fique. Faites-​le avec dévo­tion, avec atten­tion, avec esprit de reli­gion et tout cela vous sanc­ti­fie­ra et sanc­ti­fie­ra les autres et sanc­ti­fie­ra votre prochain.

Quant à vous, bien chers futurs Diacres, le ton des prières de l’Église à votre pro­pos, change et res­semble à un cri de com­bat. Vous entrez dans le com­bat. C’est ce que dit l’évêque à pro­pos de vous ; à pro­pos du dia­co­nat. Vous entrez dans ce com­bat, dans lequel l’Église est enga­gée. Et par votre pré­di­ca­tion, par votre exemple, vous allez vous pré­sen­ter au monde au nom de Dieu, au nom de Notre Seigneur Jésus-​Christ et vous allez prê­cher la véri­té, la foi, par votre exemple. Vous allez mon­trer l’exemple des ver­tus aus­si de la chas­te­té, de la pure­té et vous avez besoin pour cela de force, du don de force de l’Esprit Saint.

L’évêque en éten­dant sa main sur votre tête va pro­non­cer cette prière, deman­dant à l’Esprit Saint de vous don­ner le don de force, contre les ten­ta­tions, contre l’esprit du monde, contre l’esprit du péché qui est celui du monde.

Et alors, comme le dira aus­si le prêtre, citant les paroles de saint Paul : Vous ne lut­tez pas contre les élé­ments maté­riels, vous lut­tez contre ces esprits qui sont par­tout dans le monde, des esprits mau­vais qui s’efforcent de lut­ter contre l’Église, contre Dieu et alors vous allez entrer dans ce com­bat. Et pour entrer dans ce com­bat ; vous avez besoin de grâces abon­dantes. C’est pour­quoi l’évêque va prier, va chan­ter cette magni­fique pré­face qui demande que vous soyez rem­plis aus­si de l’Esprit Saint. Mais que vous ayez par­ti­cu­liè­re­ment ce don de force. L’évêque va évo­quer l’image de saint Étienne. Saint Étienne choi­si par les apôtres pour être le pre­mier par­mi les diacres, l’exemple des autres diacres. Et il aura ce don de force ; il l’aura jusqu’à un point extra­or­di­naire. À sa mort, il ver­ra, il ver­ra Dieu. Il aura des lumières par­ti­cu­lières et c’est éclai­ré par cet Esprit divin que saint Étienne exha­le­ra son der­nier sou­pir priant pour ses per­sé­cu­teurs. Dans ce monde mau­vais, dans lequel vous allez devoir bien­tôt prê­cher l’Évangile, vous serez aus­si en butte à des contradictions.

Si vous serez sou­te­nu par les fidèles qui, eux aus­si, sont rem­plis de la grâce du Seigneur, vous trou­ve­rez devant vous, des gens péné­trés de l’esprit du diable et du démon, qui vous per­sé­cu­te­ront, qui s’opposeront à vous, qui essaye­ront de vous divi­ser, de vous éloi­gner de l’Église, de vous entraî­ner dans le péché, dans le schisme. Eh bien, par la grâce du Seigneur, vous résis­te­rez. Vous ne tom­be­rez pas dans l’hérésie, ni dans le schisme et vous demeu­re­rez catho­liques, fidèles à la foi de tou­jours, fidèles à l’Église, fidèles aux prin­cipes qui vous ont été ensei­gnés ici dans ce sémi­naire. Et rem­plis de la grâce du Seigneur, rem­plis des dons du Saint-​Esprit, vous prê­che­rez cet Évangile avec force, comme les apôtres, qui eux aus­si, comme lorsqu’ils ont com­men­cé à prê­cher l’Évangile se sont affron­tés aux contra­dic­tions du monde, ont été empri­son­nés. On leur a dit : « Ne prê­chez plus au nom de Jésus » et eux ont dit : Non pos­su­mus non loqui. Nous ne pou­vons pas ne pas par­ler, nous devons par­ler, c’est notre devoir et nous conti­nue­rons à prê­cher Jésus-Christ.

Eh bien, vous ferez la même chose, bien chers futurs Diacres, vous prê­che­rez Notre Seigneur Jésus-​Christ et le Bon Dieu vous rem­pli­ra de ses grâces, face aux contradicteurs.

Et soit que vous ayez la grâce du sous-​diaconat, soit que vous ayez la grâce du dia­co­nat, pre­nez comme modèle la très Sainte Vierge Marie. Elle aus­si est dans le com­bat ; elle ne l’abandonne pas. Étant au Ciel, elle conti­nue encore, elle conti­nue sur terre à mener le combat.

Elle l’a mené, depuis sa pré­des­ti­na­tion ; elle devait écra­ser la tête du ser­pent ; elle l’a fait et elle conti­nue tou­jours de le faire. Elle est avec vous ; elle est comme une armée ran­gée en bataille. Alors jetez vos regards sur votre Mère du Ciel ; demandez-​lui d’avoir son cou­rage, d’avoir sa foi et ain­si, aidés par la très Sainte Vierge Marie, bénis par elle, vous accom­pli­rez le rôle que vous devez rem­plir aujourd’hui à cette époque, à l’époque où nous vivons. Époque à la fois désas­treuse et en même temps époque extra­or­di­naire pour ceux qui veulent demeu­rer fidèles à l’Église. Époque des héros, époque des saints, époque des martyrs.

Vous êtes de cette époque et vous aurez à être des héros, des saints, des mar­tyrs. Martyrs, c’est-à-dire témoins de la foi, de la foi catho­lique. On vous en vou­dra de toutes parts. Mais appuyés sur l’exemple de tous ceux qui ont don­né leur vie et leur sang pour leur foi, appuyés par l’exemple de la très Sainte Vierge Marie et par son secours, vous accom­pli­rez cette œuvre pour votre sanc­ti­fi­ca­tion et la sanc­ti­fi­ca­tion des âmes.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.