Sermon de Mgr Lefebvre – Vigile de la Pentecôte – Diaconat – Sous-​Diaconat – 29 mai 1982

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers amis,
Mes bien chers frères,

Rarement, nous avons eu l’occasion de confé­rer les ordres majeurs à un nombre aus­si impor­tant de sémi­na­ristes et de membres des diverses com­mu­nau­tés qui nous demandent de confé­rer les ordres à leurs sujets. C’est une grande joie pour nous.

Car en effet, ces ordres majeurs, selon l’esprit même de l’Église et l’esprit de Notre Seigneur qui les a ins­ti­tués, sont rem­plis de l’Esprit Saint. Et aujourd’hui, par­ti­cu­liè­re­ment en cette veille de la Pentecôte, il nous semble que l’effusion de l’Esprit Saint sera encore plus abon­dante qu’en d’autres cir­cons­tances et ce jour me paraît bien choi­si. Les cœurs, les âmes, les esprits de ces sémi­na­ristes ont été bien pré­pa­rés, j’en suis sûr mes chers amis, au cours de la retraite que vous avez pas­sée à Montalenghe.

Vous avez médi­té sur les grâces que le Bon Dieu va vous don­ner dans quelques ins­tants, grâces toutes par­ti­cu­lières et si néces­saires aujourd’hui par­ti­cu­liè­re­ment en ces temps si dif­fi­ciles que tra­verse l’Église. Plus que jamais ceux qui veulent être au ser­vice de l’Église, au ser­vice des âmes, doivent être rem­plis de l’Esprit Saint.

Il semble bien effet que le manque d’esprit sur­na­tu­rel, le manque de foi, (qui) carac­té­rise notre époque, est aus­si l’occasion de ne plus par­ler de l’Esprit Saint.

Or, Notre Seigneur Lui-​même l’a dit : « Si je ne m’en vais vers mon Père, vous ne rece­vrez pas l’Esprit Saint ». C’est que Notre Seigneur jugeait qu’après son départ, l’œuvre qu’il avait com­men­cée, l’œuvre qui devait se per­pé­tuer, se com­plé­ter, cette œuvre serait celle de l’Esprit Saint.

Et par consé­quent notre époque, cette époque chré­tienne qui va de Notre Seigneur à la fin des temps, sera sur­tout l’œuvre de sanc­ti­fi­ca­tion et de rédemp­tion réa­li­sée dans les âmes, par l’Esprit Saint, par l’Esprit de Notre Seigneur Jésus-​Christ Lui-​même. Et si on lit avec atten­tion les textes que l’Église demande à l’évêque d’exprimer au cours de ces ordi­na­tions, on ne peut pas s’empêcher de remar­quer que l’Église fait allu­sion d’une manière très claire à l’effusion de l’Esprit Saint qui est don­né aus­si bien d’ailleurs aux Sous-​Diacres qu’aux Diacres.

En effet à l’occasion de la moni­tion et de la prière que l’évêque adresse à Dieu pour les Sous-​Diacres, il énu­mère tous les dons de l’Esprit Saint. C’est donc bien ce que l’Église désire ; ce que Notre Seigneur a vou­lu, que vous soyez, mes chers amis, rem­plis des dons de l’Esprit Saint.

Sans doute vous les avez reçus au bap­tême ; vous les avez reçus éga­le­ment à la confir­ma­tion, mais vous devez les rece­voir – et vous en avez besoin – d’une manière par­ti­cu­lière pour deve­nir prêtres, pour être les ministres de Notre Seigneur Jésus-​Christ, les ministres de l’autel.

Et les prières qui sont dites éga­le­ment pour les diacres sont aus­si très expres­sives de l’effusion de l’Esprit Saint – je dirai même qu’elles le sont encore plus que pour les Sous-​Diacres – puisque les termes mêmes du sacre­ment qui est confé­ré aux Diacres, com­porte cet appel à l’Esprit Saint : Accipite Spiritum Sanctum ad robur : Recevez l’Esprit de force. C’est donc par­ti­cu­liè­re­ment ce don de force qui va vous être don­né, mes chers amis, vous qui allez rece­voir la grâce du diaconat.

Et, en défi­ni­tive, quels sont les effets de l’effusion de l’Esprit Saint dans nos cœurs et dans nos âmes ? Eh bien ces effets sont aus­si expri­més d’une manière admi­rable dans les prières que l’Église a choi­sies pour confé­rer les sacre­ments du sous-​diaconat et du diaconat.

Pour le sous-​diaconat, l’Église insiste davan­tage sur la foi, la foi qui est néces­saire pour accom­plir la mis­sion du prêtre. Cette lumière qui éclaire nos âmes et qui les rem­plit de la Vérité de Dieu, de Dieu Lui-​même, qui nous révèle Dieu ; qui nous révèle tous les des­seins de Dieu à l’égard de l’humanité, tous les des­seins de Dieu à l’égard de nos âmes et qui nous révèle la gloire de Dieu Lui-​même dans sa Trinité Sainte. Cette foi qui est en même temps une source de com­bat, une rai­son de com­battre contre les ténèbres qui s’étendent sur notre pauvre monde. Ténèbres répan­dues par les démons, par les esprits mau­vais. C’est ce qu’exprimé encore la moni­tion que le pon­tife adresse aux Sous-Diacres.

Pour les Diacres, l’effusion de l’Esprit Saint est signi­fiée par la péni­tence, par la puri­fi­ca­tion de l’âme. Soyez pur, soyez chaste, soyez modeste, dit l’évêque au Diacre.

C’est donc d’une manière plus insis­tante que l’Église demande la sain­te­té aux Diacres et elle leur donne comme modèle de cette pure­té et aus­si de cette force : saint Étienne.

Saint Étienne en effet, a été choi­si par les apôtres comme Diacre et comme modèle des diacres parce qu’il était chaste, parce qu’il était pur et parce qu’il avait en lui-​même une force extra­or­di­naire, force de per­sua­sion, force de com­battre contre les erreurs de son temps. Et c’est pour cela qu’il a com­bat­tu, qu’il a été mar­tyr, qu’il a été le pre­mier martyr.

Et c’est dans son mar­tyre que le Bon Dieu lui a fait la grâce d’une révé­la­tion par­ti­cu­lière, d’une lumière par­ti­cu­lière sur Dieu. Il voyait le Fils de Dieu à la droite du Père. Toutes ces grâces dont l’Église parle dans ses prières admi­rables qu’elle a choi­sies pour cette ordi­na­tion, doivent vous encou­ra­ger, mes chers amis, à rece­voir l’Esprit Saint en abon­dance, à avoir une dévo­tion par­ti­cu­lière pour l’Esprit Saint qui va être votre com­pa­gnon, votre ins­pi­ra­teur, votre guide tout au cours de cette pré­pa­ra­tion au sacer­doce et de votre sacer­doce. Invoquez sou­vent l’Esprit Saint qui vous don­ne­ra ses grâces. Et vous l’avez évo­qué en théo­lo­gie, la grâce que donne l’Esprit Saint, cette grâce sanc­ti­fiante qui nous com­mu­nique la vie divine ; qui nous com­mu­nique la vie de Notre Seigneur Jésus-​Christ, la vie même de Dieu en nous.

Cette grâce a deux aspects par­ti­cu­liers. Elle est à la fois une méde­cine pour nos âmes, cette gra­tia sanans qui gué­rit nos âmes et c’est aus­si une grâce qui nous élève. Sans doute, ici-​bas, la gra­tia sanans, cet aspect médi­cal – d’une cer­taine manière de la grâce qui doit gué­rir nos âmes – n’existera plus au Ciel. Au Ciel, nous res­te­ra cette grâce qui nous élève et qui nous per­met de voir la gloire de Dieu, qui nous per­met­tra de voir la gloire de la Trinité Sainte.

Mais déjà, ici-​bas. Dieu nous donne par son Esprit Saint, cette grâce qui nous élève et par consé­quent nous avons déjà ici-​bas, par la foi, par l’espérance, par la cha­ri­té, nous avons déjà cette union à Dieu, à la Trinité Sainte.

Mais nous ne devons pas oublier que nous sommes des pécheurs ; nous ne devons pas oublier que nous sommes des malades et que nous avons besoin de cette grâce qui nous gué­rit, qui nous sou­tient, qui nous aide à nous déta­cher des choses de la terre.

Quæ sur­sum sunt quæ­rite ; quæ sur­sum sunt sapite, non quæ super ter­ram (Col 3,4). Rechercher ce qui est au-​delà, ce qui est dans le Ciel. Ne vous atta­chez pas aux choses de la terre. Voilà ce que nous dit saint Paul.

Et n’est-ce pas aus­si le résu­mé en quelque sorte et la syn­thèse de notre Sainte Messe ? Par le sous-​diaconat, par le dia­co­nat, vous mon­tez à l’autel.

Déjà le Sous-​Diacre va rece­voir les vases sacrés. Le Diacre va s’approcher encore un peu plus de l’autel. Il a par la grâce par­ti­cu­lière qui lui est don­née, le pou­voir de s’approcher davan­tage de l’Eucharistie.

Alors, puisque vous vous appro­chez de l’autel, eh bien médi­tez sur ce qu’est le Saint Sacrifice de la messe. Et il appa­raît avec évi­dence que ce Sacrifice de la messe est à la fois essen­tiel­le­ment, un Sacrifice de pro­pi­tia­tion et en même temps un Sacrifice de louange. Ce sont les deux fins prin­ci­pales du Saint Sacrifice de la messe.

Alors vous essaie­rez de vous unir déjà main­te­nant à l’esprit du Saint Sacrifice de la messe, à l’acquérir dès à pré­sent. Et ce sera pour vous une source conti­nuelle de grâces par­ti­cu­lières, grâces de pro­pi­tia­tion et donc de sup­pli­ca­tion pour deman­der par­don à Dieu de vos fautes, lui deman­der de gué­rir vos âmes de toutes les ten­dances mau­vaises que le péché ori­gi­nel a pu lais­ser en vous. Et puis de Lui deman­der aus­si la grâce de Le connaître davan­tage, de L’aimer, de Le louer, de vivre davan­tage uni à la Trinité Sainte et à Dieu.

Alors soyez encou­ra­gés ; soyez confiants, l’Esprit Saint qui va vous être don­né est l’esprit de l’Église ; est l’esprit qui a tou­jours sanc­ti­fié l’Église, tout au cours des siècles ; qui a sanc­ti­fiés ceux qui ont été les vrais fils de l’Église et qui ont été mis sur les autels comme modèles. Suivez ces exemples ; sui­vez ces modèles de Prêtres saints, de Pontifes saints qui ont sanc­ti­fié l’Église et qui nous montrent la voie que nous devons suivre.

Mais alors, si vous vou­lez vrai­ment suivre ces modèles, sui­vez aus­si les moyens qui les ont sanc­ti­fiés ; uti­li­sez les moyens qui les ont sanctifiés.

Quels sont les moyens et quel est le moyen prin­ci­pal qui a sanc­ti­fié ces prêtres ? C’est le Saint Sacrifice de la messe (Monseigneur répète) : le Saint Sacrifice de la messe. Alors ne cher­chez pas ailleurs. Vous êtes ordon­nés, vous êtes pré­pa­rés pour le Saint Sacrifice de la messe et non pas pour une céré­mo­nie, un culte quel­conque, un culte œcu­mé­nique, un culte qui uni­rait l’erreur et la Vérité ; un culte qui uni­rait la Lumière et les ténèbres. Non, vous n’êtes pas ordon­nés pour cela. Et ce n’est pas pour cela que dans quelques ins­tants, je vais prier l’Esprit Saint de des­cendre en vous.

Vous êtes ordon­nés, vous rece­vez la grâce qui vous pré­pare au sacer­doce, pour le Saint Sacrifice de la messe de tou­jours. Soyez atta­chés à ce Saint Sacrifice auquel vous êtes pré­pa­rés ; pour lequel vous rece­vez la grâce qui vous est don­née aujourd’hui.

Que le Bon Dieu vous garde dans ces dis­po­si­tions, vous garde dans ces saintes Traditions.

Demandez-​le à la Vierge Marie rem­plie du Saint-​Esprit, par qui vous allez rece­voir les grâces qui vous seront don­nées dans quelques ins­tants. C’est la Vierge Marie qui vous les com­mu­nique, comme elle a com­mu­ni­qué le Saint-​Esprit aux apôtres le jour de la Pentecôte.

Demandez et deman­dons tous à notre bonne Mère du Ciel de faire de vous des ministres de l’autel dignes de la Sainte Victime que vous allez appro­cher tou­jours davantage.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.