La royauté du Christ sur le monde – Question de vie ou de mort, par l’abbé Axel Heuzé

DANS son ency­clique Quas pri­mas du 11 décembre 1925, le pape Pie XI rap­pe­lait que si le Divin Sauveur règne aux cieux, il doit aus­si régner sur la terre. Partout où est l’homme, le Christ doit régner par sa loi. Dans tous les domaines, qu’il s’agisse de reli­gion, de phi­lo­so­phie, de poli­tique, de jus­tice, d’éducation, d’art, de lit­té­ra­ture, de recherche scien­ti­fique, etc., le Divin Sauveur jouit de cette pré­ro­ga­tive qui lui appar­tient en propre en tant qu’homme-Dieu.

La Sainte Ecriture abonde en témoi­gnages sur cette royau­té du Christ dont notre monde moderne veut s’affranchir.

Qu’il s’agisse de l’Ancien Testament avec les psaumes ou les pro­phètes, qu’il s’agisse du Nouveau Testament avec les paroles de l’archange Gabriel à Marie ou les affir­ma­tions sans équi­voque du Christ à ses apôtres, on ne peut nier que la royau­té de Jésus-​Christ soit fer­me­ment éta­blie par le dépôt révé­lé, à moins de nier l’historicité et l’authenticité de la Sainte Ecriture.

La royau­té de Jésus Christ com­porte le triple pou­voir légis­la­tif, judi­ciaire et exé­cu­tif. C’est-à-dire qu’en ver­tu du sceptre divin qu’il détient, le Christ peut nous impo­ser sa loi, sa jus­tice et nous contraindre à lui obéir. Bien que Jésus-​Christ ait tout pou­voir, même dans le domaine civil, il laisse à César ce qui lui revient, ce qui veut dire qu’il aban­donne aux hommes ses pré­ro­ga­tives régales, se réser­vant de juger ceux qui auront tenu le sceptre à sa place.

Or depuis le Concordat de 1801, la consti­tu­tion fran­çaise s’accommode de toutes les reli­gions et leur donne une égale pro­tec­tion. C’est là une insulte publique à Celui qui est « la Voie, la Vérité et la Vie ».

Le car­di­nal Pie (1815–1880), évêque de Poitiers s’en était ouvert à Napoléon III lors de l’audience du 15 mars 1859. Voici un extrait de l’entretien :

« — Sire, ni la Restauration, ni vous n’avez fait pour Dieu ce qu’il fal­lait faire parce que, ni l’un ni l’autre, vous n’avez rele­vé son trône ; parce que, ni l’un ni l’autre, vous n’avez renié les prin­cipes de la Révolution dont vous com­bat­tez cepen­dant les consé­quences pra­tiques ; parce que l’évangile social dont s’inspire l’Etat est encore la décla­ra­tion des droits de l’homme, laquelle n’est rien d’autre chose, Sire, que la néga­tion for­melle des droits de Dieu. Or, c’est le droit de Dieu de com­man­der aux Etats comme aux indi­vi­dus. Ce n’est pas pour autre chose que Notre-​Seigneur est venu sur la terre. Il doit y régner en ins­pi­rant les lois, en sanc­ti­fiant les moeurs, en éclai­rant l’enseignement, en diri­geant les conseils, en réglant les actions des gou­ver­ne­ments comme des gou­ver­nés. Partout où Jésus-​Christ n’exerce pas ce règne, il y a désordre et déca­dence. Or, j’ai le droit de vous dire qu’il ne règne pas par­mi nous et que notre Constitution n’est pas, et loin de là, celle d’un Etat chré­tien et catho­lique. Notre droit public éta­blit bien que la reli­gion catho­lique est celle de la majo­ri­té des fran­çais ; mais il ajoute que les autres cultes ont droit à une égale pro­tec­tion. N’est-ce pas pro­cla­mer que la Constitution pro­tège pareille­ment l’erreur et la Vérité ? Eh bien, savez-​vous, Sire, ce que Jésus-​Christ répond aux gou­ver­ne­ments qui se rendent cou­pables d’une telle contra­dic­tion ? Jésus-​Christ, Roi du ciel et de la terre leur répond : « Et moi aus­si, gou­ver­ne­ments qui vous suc­cé­dez en vous ren­ver­sant les uns les autres, moi aus­si je vous accorde une égale pro­tec­tion. J’ai accor­dé cette pro­tec­tion à l’empereur, votre oncle ; j’ai accor­dé la même pro­tec­tion aux Bourbons, la même pro­tec­tion à Louis Philippe, la même pro­tec­tion à la République et à vous aus­si, la même pro­tec­tion vous sera accordée ». »

L’empereur Napoléon III arrê­ta l’évêque de Poitiers :

« Mais encore, croyez-​vous (…) que le moment soit venu d’établir ce règne exclu­si­ve­ment reli­gieux que vous me demandez ?

— Sire, quand de grands poli­tiques comme Votre Majesté m’objectent que le moment n’est pas venu, je n’ai qu’à m’incliner parce que je ne suis pas un grand poli­tique. Mais je suis évêque, et comme évêque, je leur réponds : le moment n’est pas venu pour Jésus-​Christ de régner ! Eh bien alors, le moment n’est pas venu pour les gou­ver­ne­ments de durer ! »

En ces temps d’effervescence poli­tique, il est bon de rap­pe­ler ce qui est tou­jours vrai, à savoir la Royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-​Christ.

Il faut donc accep­ter que le bon sens et le droit natu­rel soient appli­qués depuis la concep­tion jus­qu’à la mort. Aussi, il n’est pas pos­sible de par­ti­ci­per de façon directe ou indi­recte à toute action qui vise­rait le contraire, à tout sou­tien d’une quel­conque acti­vi­té humaine qui accepte que l’assassinat des inno­cents, dans le sein mater­nel, soit éta­blit comme une règle et un droit intan­gible ! C’est la mort d’une socié­té par sui­cide. Elle ne peut durer car elle a oublié Jésus-Christ !

Le grand car­di­nal fran­çais, suc­ces­seur des Apôtres et de St Hilaire sur la chaire de Poitiers, fut un homme d’une clair­voyance extra­or­di­naire et demeure tou­jours d’actualité parce que sa pré­di­ca­tion est tout sim­ple­ment celle de Notre Seigneur Jésus-​Christ, vrai Dieu et vrai homme, Créateur du ciel et de la terre, Roi des hommes et des nations.

Abbé Axel Heuzé+, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X

Sources : Le Petit Eudiste n° 201 de décembre 2016 /​La Porte Latine