Légaliser le cannabis ?

Le 10 août der­nier, 31 séna­teurs, membres du groupe socia­liste, éco­lo­giste et répu­bli­cain ont signé une tri­bune dans Le Monde pour appe­ler à la léga­li­sa­tion du can­na­bis (France Inter, « Le débat de midi », pré­sen­ta­tion de l’é­mis­sion du 18 août 2022 sur le site Internet de Radio France).

Régulièrement, cer­tains médias cor­rom­pus remettent sur la table la ques­tion de la léga­li­sa­tion du can­na­bis. L’on vou­drait que sa vente soit libre, et l’on pré­tend que cette drogue dite « douce » ne serait pas si dangereuse…

L’usage du can­na­bis sous la forme soit d’un mé­lange de feuilles, tiges et fleurs, soit de résine – ou haschich – se répand de manière tou­jours alar­mante dans la popu­la­tion de notre pays, en particu­lier chez les jeunes. En France, le nombre des consom­mateurs quo­ti­diens de « joint » était en 2005 esti­mé à 555 000[1]. En 2014, tou­jours dans notre pays, près de 48 % des jeunes de moins de 17 ans décla­raient avoir es­sayé au moins une fois[2]. Forts de cette funeste populari­té, cer­tains médias ou poli­tiques sug­gèrent la dépénali­sation de cette drogue. Or trois tra­vaux éma­nant d’ins­tances offi­cielles, et qui ne sont pas si vieux, rap­pellent oppor­tu­né­ment les dan­gers de cette consommation.

Le cannabis est-​il une « drogue douce » ?

L’action du can­na­bis sur l’organisme s’explique par la pré­sence de plu­sieurs sub­stances « psy­cho­tropes » (agis­sant sur le cer­veau), la prin­ci­pale étant le tétra­hy­dro­can­na­bi­nol. Globalement elles agi­raient par l’inter­médiaire de récep­teurs sur le sys­tème lim­bique du cer­veau (siège des pro­ces­sus affec­tifs) en modi­fiant la pro­duction de neu­ro­mé­dia­teur (sub­stance per­met­tant les inter­ac­tions entre neu­rones, dans ce cas la dopa­mine et la séro­to­nine). La consom­ma­tion régu­lière de ce stupé­fiant entraîne des phé­no­mènes de dépendance.

  1. Tout d’abord une dépen­dance psy­chique : quand l’usage est régu­lier, le cer­veau, tel le chien de Pavlov, a enre­gis­tré tous les signes pré­cur­seurs et une sensa­tion de satis­fac­tion appa­raît, qui se trans­forme vite en sen­ti­ment de frus­tra­tion si la prise n’a pas lieu.
  2. Mais il faut aus­si affir­mer une dépen­dance phy­sique, se tra­dui­sant par un phé­nomène d’accoutumance (pour l’obten­tion d’un même effet des doses crois­santes sont néces­saires) et par la sur­ve­nue d’un syn­drome de sevrage géné­ra­le­ment dis­cret mais expé­ri­men­ta­le­ment prouvé.

Ce phé­no­mène de dépen­dance phy­sique rap­proche le can­na­bis des drogues dites dures, d’autant qu’il existe un lien entre les récep­teurs céré­braux aux can­na­bi­noïdes et aux opioïdes (héroïne), ce qui faci­li­te­rait le pas­sage de la consomma­tion du can­na­bis à celle de l’héroïne. Ainsi, comme le sou­ligne un récent rap­port de l’Office par­le­men­taire déva­lua­tion des choix scien­ti­fiques et tech­no­lo­giques, il faut rela­ti­vi­ser la dis­tinc­tion entre drogues dites « douces » et drogues dites « dures » et « il n’est pas pos­sible d’un point de vue médi­cal et scien­ti­fique de sou­te­nir que le can­na­bis n’est pas dan­ge­reux pour la san­té et en par­ti­cu­lier la san­té men­tale. Ce n’est pas un pro­duit ano­din, il est dan­ge­reux à hautes doses (…)[3] ».

Les effets du cannabis

Les effets du can­na­bis se font donc res­sentir essen­tiel­le­ment sur les fonc­tions cé­rébrales. Ils durent chez le fumeur de deux à dix heures, sui­vant la dose et la sen­si­bi­li­té indi­vi­duelle. Ils se carac­té­risent par ce que cer­tains spé­cia­listes nomment « l’ivresse can­na­bique » (som­no­lence, eupho­rie, sen­sation pas­sa­gère de bien-​être). Celle-​ci s’ac­compagne sys­té­ma­ti­que­ment, mais à des degrés divers, d’une dété­rio­ra­tion ponc­tuelle de la mémoire, de troubles de la vigi­lance, d’une impos­si­bi­li­té d’accomplir des tâches com­plexes, soit intel­lec­tuelles, soit motrices, d’un temps de réac­tion augmen­té, d’une humeur dépres­sive, d’attaques de panique, de troubles de la personnalité…

Une étude sué­doise pro­lon­gée pen­dant 15 ans a révé­lé que la consom­ma­tion de 50 « joints » mul­ti­plie par 6,7 le risque psy­chiatrique (schi­zo­phré­nie et autres psy­choses). De façon plus géné­rale, le nombre de psy­choses est aug­men­té d’environ 40 % chez les consom­ma­teurs de can­na­bis[4].

Les spé­cia­listes décrivent éga­le­ment « la psy­chose can­na­bique », se manifes­tant par une bouf­fée déli­rante aiguë, avec hal­lu­ci­na­tion visuelle, pou­vant se décla­rer jusqu’à un mois après l’intoxication.

Les effets ne se limitent cepen­dant pas au cer­veau : des ver­tiges, des chutes de ten­sion sont fré­quem­ment obser­vés ; une dimi­nu­tion de la fer­ti­li­té a été démon­trée chez le consom­ma­teur régu­lier et des can­cers bron­chiques et ORL ont été signa­lés chez des jeunes qui fumaient exclusi­vement du cannabis.

Les consé­quences de la consomma­tion de cette drogue sur la sécu­ri­té rou­tière ont été éga­le­ment explo­rées et cer­taines études fran­çaises sont élo­quentes : il appa­raît que chez les moins de 27 ans l’association alcool-​cannabis mul­ti­plie pra­ti­que­ment par cinq les risques d’acci­dent (par trois et quatre res­pec­ti­ve­ment pour le can­na­bis seul et l’alcool seul). Aux États-​Unis et en Allemagne les enquêtes montrent une mul­ti­pli­ca­tion par trois des risques d’accidents mor­tels chez les chauf­feurs rou­tiers consom­ma­teurs[5].

Ces consta­ta­tions ont ame­né l’Acadé­mie de méde­cine à recom­man­der au gou­vernement fran­çais d’étendre le dépis­tage sys­té­ma­tique des stu­pé­fiants à toute per­sonne auteur d’un acci­dent de la route[6].

Un usage thérapeutique ?

Certains, peut-​être afin de contour­ner les défenses de la socié­té contre la toxi­comanie, plaident pour un usage théra­peutique du can­na­bis. Dans un rap­port paru en 2008, l’Académie de méde­cine répond – étayant son avis sur plu­sieurs études – que pour chaque indi­ca­tion en­visagée (dou­leur, nau­sée, glau­come, rai­deur mus­cu­laire) il existe dans l’arsenal thé­ra­peu­tique des pro­duits à la fois plus effi­caces et moins toxiques.

Enfin, il est inté­res­sant de rap­pe­ler l’ex­périence de nos voi­sins d’Outre-Rhin et plus pré­ci­sé­ment de la Sarre, qui lors des huit pre­miers mois de l’année 2000 ont réduit de 68 % le nombre des décès par acci­dent de la route, sim­ple­ment en mul­tipliant les dépis­tages de drogue chez les moins de 25 ans. La peur du gen­darme reste, semble-​t-​il, une méthode encore ef­ficace contre ce fléau ! Cet exemple concret éclaire les conclu­sions conver­gentes de l’Académie de méde­cine et de l’Office par­le­men­taire d’évalua­tion des choix scien­ti­fiques, dénon­çant de manière vigou­reuse et argu­men­tée toute bana­li­sa­tion ou léga­li­sa­tion du cannabis.

Source : Fideliter 232 de juillet-​août 2016

Notes de bas de page

  1. www.planetoscope.com/drogues/1551 ‑consommation- mondiale-de-cannabis-haschisch-.html[]
  2. www.ofdt.fr/produits-et-addictions/de‑z/cannabis/#conso[]
  3. Professeur Christian Cabal, dépu­té de la Loire, « Impact du can­na­bis sur la san­té men­tale », rap­port de l’OPECST, 21 février 2002.[]
  4. « Cannabis : quels effets sur le com­por­te­ment et la san­té ? », INSERM, novembre 2001. Voir éga­le­ment Bernard Granger et Jean Naudin, La Schizophrénie, Le Cavalier Bleu, p. 81 et sante.lefigaro.fr/actualite/2010/ 04/​18/​10177-​cannabis-​lorigine-​schizophrenie[]
  5. www.stop-cannabis.ch/le-cannabis-en-question/conduire-et-fumer-pourquoi-est-ce-risque[]
  6. « Drogues illi­cites aujourd’hui et san­té », recomman­dations de l’Académie de méde­cine, 19 février 2002.[]