Thérèse Hargot, une émule de Jean-​Paul II ?

Depuis cinq ans, Thérèse Hargot s’est impo­sée dans le champ média­tique, elle est deve­nue célèbre à l’occasion de la publi­ca­tion de son livre « Une jeu­nesse sexuel­le­ment libé­rée (ou presque). » Le suc­cès de ce livre se fait sen­tir chez les catho­liques conser­va­teurs, et jusque dans le milieu de la Tradition. Que pen­ser de cette « sexo­logue », décrite comme à contre-​courant de la vision du corps soixante-​huitarde et du média­ti­que­ment correct ?

1. Un nouveau phénomène

Depuis quelques cinq ans, Thérèse Hargot s’est impo­sée dans le champ média­tique : elle pos­sède son site (theresehargot.com), avec son blog. On trouve sa fiche sur Wikipédia. La presse en parle. La grande presse en géné­ral : Le Temps du 5 avril 2016 [1] ; Le Figaro des 22 mai 2015 [2] et 5 février 2016 [3]; Le Point du 20 février 2016 [4] . La presse catho­lique en par­ti­cu­lier : La Croix du 9 mars 2015 [5] ; Famille chré­tienne du 6 mai 2015 [6] ; La Vie du 5 février 2016 [7] ; Le Pèlerin du 4 février 2016 [8] ; Aleteia du 11 février 2016 [9]. Et même une cer­taine frange de la presse hos­tile à des posi­tions jugées « puri­taines », comme par exemple sur Inrockuptibles du 2 mars 2016 [10]. Du côté de la mou­vance dite « tra­di­tio­na­liste » (au sens très élar­gi du terme), la revue La Nef (n° 280 d’avril 2016) est qua­si­ment la seule à avoir jusqu’ici relayé le phé­no­mène, en essayant d’en don­ner une rapide appré­cia­tion cri­tique [11], réper­cu­tée le 1er avril 2016 par le blog Le Salon beige [12].

2. De fait, Thérèse Hargot, déjà connue dans un cercle plu­tôt res­treint, est deve­nue brus­que­ment célèbre à l’occasion de la publi­ca­tion de son livre Une Jeunesse sexuel­le­ment libé­rée (ou presque) paru en février 2016, aux édi­tions Albin Michel. Ce livre a défrayé la chro­nique : tous les titres accro­cheurs qui émaillent les quelques articles de presse que nous avons indi­qués le montrent suf­fi­sam­ment. A pre­mière vue, il sem­ble­rait que ce livre bou­le­verse les pré­ju­gés issus de la révo­lu­tion de Mai 68, remette en cause tous les acquis de la pré­ten­due « libé­ra­tion sexuelle », qui ne serait en défi­ni­tive qu’un escla­vage, ou tout au moins un confor­misme de plus : la por­no­gra­phie impose ses codes ; la « libé­ra­tion sexuelle » a accom­pli un asser­vis­se­ment, la contra­cep­tion est un scan­dale, la jouis­sance est une norme et un devoir, l’éducation sexuelle a man­qué son but, la libé­ra­tion sexuelle est un mensonge. 

3. De fait encore, le suc­cès de ce livre se fait sen­tir jusque dans le milieu de la Tradition. Les quelques échos qui nous par­viennent sus­citent un cer­tain inté­rêt mêlé d’une part de bien­veillance, car il est quand même heu­reux d’entendre dire « des choses fortes »[13], fortes parce qu’elles dérangent les bien-​pensants de la révo­lu­tion. Mais les choses fortes ne sont pas for­cé­ment tou­jours des choses vraies, et c’est pour­quoi le suc­cès du livre est aus­si accom­pa­gné chez nous d’une cer­taine part d’interrogation. Et la grande ques­tion qui brûle bien sûr toutes les lèvres est fina­le­ment de savoir « ce qu’il faut en pen­ser ». Certains auront un peu honte de la poser, et le condi­tion­ne­ment média­tique (sur­tout quand il est issu du milieu dit « catho ») pour­ra même conduire à n’y voir que du scru­pule, ou un reste d’obscurantisme, héri­té de la men­ta­li­té du « il faut ». Mais il n’y a en réa­li­té dans cette ques­tion qu’un très bon réflexe : réflexe catho­lique qui se sait fon­ciè­re­ment aller­gique au libre exa­men, car dépen­dant de Dieu et de son Église. L’examen du livre de Thérèse Hargot ne sera donc pas pour nous un « libre exa­men », mais bien plu­tôt un exa­men libre, c’est à dire un exa­men qui va nous rendre libres de pen­ser cor­rec­te­ment, en nous arra­chant aux entraves des influences média­tiques. Et la liber­té de cet exa­men va nous venir de la véri­té, c’est à dire de la lumière et des conseils que nous donne l’enseignement de l’Église – et donc de la théo­lo­gie – pour tâcher d’y voir clair.

4. Nous com­men­ce­rons par don­ner un bref aper­çu de l’auteur et de son livre. Nous déga­ge­rons ensuite l’idée maî­tresse de l’auteur et du livre. Moyennant quoi, nous serons en mesure d’évaluer le phé­no­mène, et cette éva­lua­tion sera double : pre­miè­re­ment, nous dirons ce qu’il faut pen­ser de l’idée maî­tresse et de la démarche qu’elle ins­pire ; deuxiè­me­ment, nous dirons aus­si ce qu’il vaut mieux faire et ne pas faire, en pra­tique, à l’égard de Thérèse Hargot. 

2. Qui est Thérèse Hargot ?

5. Pour com­men­cer, elle ne s’appelle pas Thérèse Hargot ! Thérèse Hargot est en réa­li­té Madame Jacob, née Hargot. Comme c’est sou­vent le cas, le nom de jeune fille a ser­vi de nom de plume. Pour faire bref, nous l’appellerons quant à nous TH. 

6. TH voit le jour en 1984 dans une famille belge très croyante. Elle est la qua­trième de huit enfants. Ses parents sont tous deux assis­tants sociaux et sont ins­tal­lés dans un quar­tier défa­vo­ri­sé de Bruxelles. À l’âge de 15 ans, la jeune fille, bien que récep­tive à l’éducation chré­tienne, perd la foi. Malgré tout, elle décide de vivre « joyeu­se­ment » selon les pro­po­si­tions de l’Église. « La vir­gi­ni­té, le mariage ont pour moi un sens, basé sur la réflexion humaine », résume-​t-​elle. A 19 ans, elle épouse un fran­çais, ce Monsieur Jacob, auquel elle don­ne­ra trois enfants. 

7. Au début des années 2000, elle com­mence une for­ma­tion en phi­lo­so­phie à Paris, qu’elle suit jusqu’au mas­ter ; en paral­lèle, elle pré­pare un autre mas­ter, en Belgique, en sciences de la famille et de la sexua­li­té. À la fin de ses études, elle exerce à New York. À par­tir de 2013, elle inter­vient comme sexo­logue au col­lège catho­lique Stanislas, dans le 6e arron­dis­se­ment de Paris, aus­si bien pour des inter­ven­tions en groupes, à des­ti­na­tion des col­lé­giens, lycéens et étu­diants de classes pré­pa­ra­toires, qu’en per­ma­nence indi­vi­duelle. De plus, elle jouit de la faveur de plu­sieurs mou­ve­ments catho­liques qui, en l’invitant à s’exprimer sur dif­fé­rents sujets, sou­haitent appro­fon­dir la sagesse humaine de l’Église, sans tom­ber dans un dis­cours mora­li­sa­teur. C’est ain­si qu’elle fut ame­née à inter­ve­nir au Vatican, lors du Colloque inter­na­tio­nal et inter­re­li­gieux qui se tint du 17 au 19 novembre 2014 [14].

8. Enfin, depuis la publi­ca­tion de son livre, TH fait le tour des dio­cèses de France, où elle est offi­ciel­le­ment invi­tée par les repré­sen­tants de la hié­rar­chie catho­lique à prendre la parole devant le grand public des fidèles, par exemple le 31 mars 2016 à Angers [15] ou le 7 juin à Metz [16]. Tout se passe donc comme si son livre avait confé­ré à TH sinon le sta­tut cano­nique du moins les lettres de noblesse d’une dia­co­nesse au sein de l’Église, la fonc­tion prin­ci­pale du dia­co­nat étant jus­te­ment celle de la prédication. 

9. Mais TH nous-​prêche-​t-​elle l’Évangile ? C’est la ques­tion qu’il faut à pré­sent nous poser.

3. Que dit son livre ?

10. A la pre­mière lec­ture, on pour­rait res­sen­tir l’impression déce­vante d’un dis­cours très décou­su, où dix cha­pitres cor­res­pondent cha­cun à une pro­blé­ma­tique dif­fé­rente. Cependant, nous tenons une clef de lec­ture grâce à la réponse que TH donne à Aude de Beaux-​Songes, dans un entre­tien paru sur le site de Aleteia. La jour­na­liste lui demande : « Vous dénon­cez et posez des ques­tions. Mais pour­quoi ne pas pro­po­ser de solu­tions ? ». TH répond : « Ce livre n’est pas un guide pra­tique, il n’est pas à ran­ger dans le rayon Psychologie-​développement per­son­nel, mais dans le rayon Essai de socié­té. Je par­tage et dénonce une situa­tion que j’estime alar­mante. J’essaie d’aborder le débat sous un autre angle et je lance des défis. L’objet de ce livre n’est pas d’expliquer ce qu’il faut dire aux jeunes ou à ses enfants ». La jour­na­liste réplique : « Les conseils concrets seront donc pour votre pro­chain livre ? ». Réponse : « Je ne suis pas cer­taine d’aborder ce point sous la forme d’un livre grand public, mais plu­tôt dans mes inter­ven­tions futures et j’ai même déjà com­men­cé à for­mer des édu­ca­teurs. Mon rôle se rap­proche de celui du phi­lo­sophe : un rôle de réflexion sur notre socié­té » [17]. C’est d’ailleurs ce que TH déclare dès l’Introduction de son livre : « Par cet essai, je veux sim­ple­ment vous entraî­ner à regar­der notre socié­té au tra­vers de mes trois postes d’observation. […] Par le biais de témoi­gnages et d’histoires toutes véri­diques, je vou­drais vous faire voir ce que j’ai vu, vous faire entendre ce que j’entends, vous faire par­ta­ger ce que j’ai vécu, pour vous per­mettre, au moins le temps de la lec­ture, de sor­tir du moule dans lequel nous avons gran­di pour l’observer dif­fé­rem­ment » (p. 17). 

11. TH aurait donc ten­té une socio­lo­gie du sexe, la socio­lo­gie étant la science, ou plu­tôt le pro­cé­dé, qui se contente de décrire les faits, pour dire tout au plus ce qu’ils repré­sentent d’avantageux ou de nui­sible pour la socié­té, mais sans pro­po­ser de juge­ment de valeur pour les appré­cier ni de solu­tions pour les modi­fier. L’explication est ten­tante, mais elle est trop simple. Car, comme c’est très sou­vent le cas, der­rière la socio­lo­gie, der­rière un constat qui se vou­drait seule­ment fac­tuel, il y a déjà une phi­lo­so­phie, il y a une expli­ca­tion. Et d’ailleurs, TH se pré­sente bien comme une phi­lo­sophe. Sa socio­lo­gie est donc pure­ment tac­tique. Le tout est de décou­vrir quelle est sa philosophie. 

12. Nous allons le faire en don­nant tout d’abord un résu­mé syn­thé­tique de sa réflexion, en trois points. Ce qui nous condui­ra logi­que­ment à notre troi­sième par­tie où il s’agira de mettre en évi­dence ce qui pour­rait bien être l’idée maîtresse.

Résumé systématique de la réflexion : dans la forêt des problématiques

13. Les pro­blé­ma­tiques sou­le­vées par TH sont don­nées (appa­rem­ment) en vrac. Si on y réflé­chit un peu, elles peuvent se rame­ner à trois têtes de cha­pitre : a) le sexe pour le sexe (cha­pitres I, III et V [18]) ; b) le sexe et la san­té ou l’hygiène (cha­pitres IV, VI, VII [19]) ; c) le sexe dans la rela­tion homme-​femme (cha­pitres II, VIII, IX, X [20]). Dans le livre, la réflexion de fond est diluée au fil des témoi­gnages et n’est pas tou­jours facile à mettre en évi­dence. En revanche, ce qui est très inté­res­sant et éclaire bien la lec­ture du livre, ce sont les dif­fé­rentes décla­ra­tions de presse où TH condense toutes les idées maî­tresses de son livre. La fiche de Wikipédia a su les exploi­ter avec intel­li­gence. A par­tir de ces trois sources d’information, il est assez facile de res­ti­tuer les grands axes de la réflexion.

a) Le sexe pour le sexe

14. A tra­vers l’accès libre à la por­no­gra­phie (cha­pitre I) et la liber­té des expé­riences (cha­pitre V), la jouis­sance recher­chée comme un idéal abso­lu a fini par faire l’objet d’un devoir et par deve­nir une tyran­nie [21]. A tel point que la per­sonne finit par se réduire à la sexua­li­té, comme le montre bien le fait que l’hétérosexualité ou l’homosexualité soient deve­nues des iden­ti­fi­ca­tions sociales (cha­pitre III) [22]. Pour contre­car­rer cette tyran­nie, TH répond que la per­sonne humaine ne se réduit pas à la sexua­li­té [23] : « La sexua­li­té n’est pas une iden­ti­té »[24]. […] « La sexua­li­té est une des facettes de la per­son­na­li­té, elle ne la résume pas »[25]. C’est donc la per­sonne qui prime sur le sexe.

b) Le sexe et la santé ou l’hygiène

15. TH se livre à une condam­na­tion sans appel de la pilule, c’est à dire de la contra­cep­tion chi­mique et hor­mo­nale (cha­pitre VI)[26] . La même condam­na­tion frappe aus­si le recours à la pro­tec­tion mas­cu­line (cha­pitre IV) [27]. Cette condam­na­tion repose sur deux motifs. Le pre­mier motif est d’ordre sani­taire : la pilule est nui­sible à la san­té et dimi­nue chez les femmes l’instinct sexuel, au point de les rendre fri­gides[28]. Sans comp­ter l’asservissement de la per­sonne au contrôle phar­ma­ceu­tique [29]. Le second motif est d’ordre socio­lo­gique ou phi­lo­so­phique et entend dénon­cer un pseudo-​féminisme, qui empê­che­rait le vrai : la pilule n’est que l’un des aspects de l’asservissement sexuel de la femme à l’égard de l’homme[30]. Elle entre­tient aus­si la peur de l’enfant, consi­dé­ré comme une menace pour l’épanouissement per­son­nel [31] . Quant au recours aux pro­tec­tions mas­cu­lines, TH y voit un manque de confiance et d’amour, car il faut aimer pour faire confiance [32] . Tout cela déshu­ma­nise la sexua­li­té. C’est pour ce même motif que l’avortement est lui aus­si objet de contes­ta­tion (cha­pitre VII) [33].

c) Le sexe dans la relation homme-femme

16. La rela­tion de couple (cha­pitre II) est aujourd’hui faus­sée car on y voit une rela­tion d’ordre seule­ment sexuel ou émo­tion­nel [34]. Le fémi­nisme éga­li­ta­riste (cha­pitre VIII) est un échec, car on n’échappe aux vraies dif­fé­ren­cia­tions que pour tom­ber dans des faux sté­réo­types[35]. La libé­ra­tion sexuelle dans le couple empêche le vrai dia­logue construc­tif entre les parents et les enfants (cha­pitre IX) [36] . La libé­ra­tion de la femme (cha­pitre X) débouche sur l’impasse d’une déshu­ma­ni­sa­tion[37]. La réponse à toutes ces pro­blé­ma­tiques est la même : c’est de retrou­ver le sens de l’identité et le res­pect de la digni­té qu’elle entraîne. L’identité n’est pas celle d’un être sexuel, mais c’est celle d’une per­sonne. Cette indi­vi­dua­li­té de la per­sonne appelle le respect.

4. Quelle idée maîtresse se dégage du livre ?

17. La fiche de Wikipédia, qui ne fait que reprendre les pro­pos rap­por­tés par Le Temps, résume bien les choses : « La prin­ci­pale thèse de Thérèse Hargot est que la pen­sée actuelle de la sexua­li­té est une pen­sée hygié­niste et uti­li­ta­riste : se pro­té­ger et jouir. Elle pro­pose de rem­pla­cer ce for­ma­tage par un ques­tion­ne­ment phi­lo­so­phique qui remette la per­sonne au centre ».

18. En d’autres termes, le trait com­mun qui se dégage aux trois types de pro­blé­ma­tiques mis en évi­dence dans notre deuxième par­tie, c’est la solu­tion pro­po­sée pour sor­tir du pro­blème posé. Et la solu­tion reste la même dans les trois cas, car le pro­blème est tou­jours le même. C’est le pro­blème d’une alié­na­tion, qui se pré­sente sous trois variantes : d’une manière ou d’une autre, le sexe sert de pré­texte pour réduire la per­sonne à l’état de consom­ma­teur ou de consom­mé, dans une logique de jouis­sance. Dans les trois cas, il s’agit d’une alié­na­tion de la per­sonne, qui entraîne une perte de sa digni­té. La solu­tion consis­te­rait à ne pas réduire l’être à la sexua­li­té, et de retrou­ver le vrai sens de la digni­té, qui est le sens de la personne. 

19. Ce constat, ce n’est pas nous qui l’inventons. Car TH le fait elle-​même, lors-qu’elle résume sa pen­sée en ces termes : « Je tra­vaille sur­tout à enfin réa­li­ser le plan ini­tial de la révo­lu­tion sexuelle : vivre libre­ment sa vie d’homme et de femme ! Je sou­haite que chaque per­sonne connaisse sa valeur et soit consciente de son impor­tance au-​delà de ses per­for­mances sexuelles. Ainsi, le sexe ne sera plus anxio­gène, il (re) devien­dra joyeux, car le bien-​être humain ne dépen­dra pas uni­que­ment de lui » [38] . Nous avons là une affir­ma­tion très impor­tante, car cette affir­ma­tion est pré­ci­sé­ment une réponse. Et la ques­tion posée était la sui­vante : « Vous tra­vaillez donc à une refon­da­tion morale de la socié­té ? ». Hé bien non, pas du tout ! TH ne s’oppose pas à la révo­lu­tion sexuelle. Au contraire, elle veut la faire vrai­ment abou­tir. Et pour cela, elle veut nous la faire vrai­ment com­prendre. Parce qu’on ne l’a pas encore com­prise. On ne l’a pas com­prise d’abord parce qu’on l’a refu­sée au nom d’un dis­cours mora­li­sa­teur et ensuite parce qu’on l’a détour­née de son but au nom d’un dis­cours hygié­niste : « Dans les qua­rante der­nières années, le dis­cours mora­li­sa­teur auquel a suc­cé­dé un dis­cours hygié­niste est pas­sé à côté de l’essentiel » [39]. Autant de fausses normes qui ont para­ly­sé le plan ini­tial. « Autrefois, la norme était don­née par une ins­ti­tu­tion, prin­ci­pa­le­ment reli­gieuse, aujourd’­hui, elle est don­née par l’in­dus­trie por­no­gra­phique » [40].

20. Finalement, que veut nous dire TH ? Qu’il faut sor­tir de la pro­blé­ma­tique du devoir pour entrer dans celle de la liber­té. Nous n’y sommes pas encore par­ve­nus car « nous sommes sim­ple­ment pas­sés du devoir de pro­créer à celui de jouir » [41]. Au delà du devoir, au delà de la pro­créa­tion et de la jouis­sance, il y a l’appel à « vivre libre­ment sa vie d’homme et de femme », qui va de pair avec un appel à ce que chaque per­sonne « connaisse sa valeur et soit consciente de son impor­tance ». Pour sor­tir de la fausse pro­blé­ma­tique et entrer dans la bonne, il faut donc mettre la per­sonne au centre. C’est bien cela. 

21. Nous tenons la réponse à notre ques­tion (posée au n° 10). TH ne nous prêche pas l’Évangile. Elle nous prêche le per­son­na­lisme. Essayons à pré­sent de voir lequel. 

5. Qu’en penser ?

22. Pour être juste, essayons d’évaluer sépa­ré­ment les points posi­tifs et les points néga­tifs, avant de don­ner une appré­cia­tion globale. 

Les points positifs

23. Les points posi­tifs se retrouvent pra­ti­que­ment tous au niveau des conclu­sions pra­tiques. TH n’a pas froid aux yeux et elle constate avec une cer­taine part de luci­di­té les effets dévas­ta­teurs de l’après Mai 68. Elle veut nous obli­ger à sor­tir du moule, pour nous ouvrir les yeux. Elle veut nous arra­cher à l’emprise socio-​médiatique, qui nous empêche de réagir. Sa réac­tion, ce sont tous ces cris d’alarmes qu’elle pousse devant nous, face au triomphe de la por­no­gra­phie, de la pilule et aus­si face au mal être des couples en géné­ral et des femmes en par­ti­cu­lier. A tel point que, remarque la jour­na­liste du Temps : « face à ces asser­tions mus­clées, on pense avoir affaire à une conser­va­trice for­ce­née, ten­dance illu­mi­née » [42] . Une autre jour­na­liste va même lui repro­cher « son puri­ta­nisme savam­ment dis­si­mu­lé sous un pré­ten­du néo-​féminisme » [43]. Pour résu­mer les choses, disons que nous avons affaire, du moins appa­rem­ment, à un dis­cours non-​conformiste, qui sem­ble­rait bri­ser une cer­taine conspi­ra­tion du silence. Ce qu’un lec­teur du Figaro a pu résu­mer ain­si : « Enfin une bouf­fée d’oxy­gène dans la pes­ti­len­tielle atmo­sphère ambiante ». Mais la bouf­fée d’air que TH veut nous faire res­pi­rer est-​elle aus­si saine qu’il y paraît ?

Les points négatifs

24. TH nous dit « des choses fortes » [44], fortes parce qu’elles dérangent les bien-​pensants de la révo­lu­tion Est-​ce tout ? Malheureusement, oui. Ne soyons pas dupes, à force d’être trop enthou­siastes. La jour­na­liste du Temps l’a d’ailleurs par­fai­te­ment com­pris et, si elle nous le dit, c’est parce que TH elle-​même le lui a dit en répon­dant à sa ques­tion : « Thérèse Hargot, 31 ans, trois enfants et une blon­deur de prin­temps, n’aspire pas à une refon­da­tion morale de la socié­té » [45]. C’est déjà un pre­mier point néga­tif : les cris d’alarmes de TH res­te­ront insuf­fi­sants, et même impuis­sants, du fait même qu’ils excluent le recours à une morale. C’est d’ailleurs ce qui fausse sur qua­si­ment tous les points la cri­tique ico­no­claste. Pour faire bref, nous allons nous en tenir à deux exemples. Mais n’oublions pas qu’on pour­rait les mul­ti­plier en reve­nant de manière exhaus­tive sur tout le livre. 

25. Premier exemple, pour TH, le scan­dale de la pilule, c’est qu’elle rend les femmes malades … et non pas qu’elle soit contra­cep­tive. Elle le dit d’ailleurs très clai­re­ment : « C’est le moyen qui est remis en ques­tion, pas la fin » (p. 124). La fin qu’elle ne remet pas en ques­tion, c’est le fait même de la contra­cep­tion, le fait même d’empêcher inten­tion­nel­le­ment la pro­créa­tion, indé­pen­dam­ment de toute réfé­rence à une morale. Le fait que cet empê­che­ment puisse (dans son esprit) être seule­ment tem­po­raire n’y change rien. Car le seul cri­tère invo­qué en guise de norme, c’est de « pré­ser­ver la san­té des femmes ». Ne soyons pas dupes : lorsque TH prône le recours aux méthodes natu­relles, ce qu’elle prône en réa­li­té n’a rien à voir avec la tra­di­tion­nelle régu­la­tion des nais­sances, ensei­gnée par l’Église catho­lique. Ce qu’elle désigne du même nom est autre chose. La grande dif­fé­rence entre la contra­cep­tion (qu’elle soit per­ma­nente ou tem­po­raire) et la régu­la­tion des nais­sances réside en ce que la pre­mière est l’œuvre exclu­sive de la liber­té de l’homme, affran­chie de la volon­té divine, tan­dis que la seconde est l’œuvre de sa pru­dence, dans la dépen­dance de la volon­té divine. TH nous pro­pose seule­ment une contra­cep­tion bio, « plus natu­relle et moins tech­ni­cienne » (p. 134–135), afin d’éviter les incon­vé­nients signa­lés qui sont : les effets secon­daires nui­sibles à la san­té, la chute de la libi­do, l’asservissement au contrôle phar­ma­ceu­tique. Mais nulle part TH ne dénonce l’usage de la pilule comme étant contraire à la fin pre­mière du mariage. Dans son esprit, si la pilule est contraire à quelque chose, c’est à la liberté.

26. Autre exemple de cri­tique déca­lée : l’homosexualité. C’est le pro­blème d’une angoisse (un « champ anxio­gène », p. 74), angoisse de savoir si on est homo­sexuel ou si on ne l’est pas, qui cor­res­pond fina­le­ment à l’angoisse du déter­mi­nisme sexuel. C’est aus­si le pro­blème d’une honte ou d’un déni social. C’est sur­tout le pro­blème d’une iden­ti­fi­ca­tion sexuelle. Ce que TH conteste, c’est que la pres­sion sociale conduise les gens à croire qu’ils « sont » homo­sexuels. Alors qu’en réa­li­té, cha­cun devrait plu­tôt « vivre libre­ment sa vie d’homme et de femme ». On n’est pas sexuel­le­ment pré­dé­ter­mi­né, on vit libre­ment sa sexua­li­té. L’essentiel est que « chaque per­sonne connaisse sa valeur et soit consciente de son impor­tance au-​delà de ses per­for­mances sexuelles ». Nulle part TH ne dénonce l’homosexualité comme quelque chose de contraire à la loi natu­relle. Elle se pro­pose seule­ment de remettre la sexua­li­té à sa juste place dans la vie humaine : « Ainsi, le sexe ne sera plus anxio­gène, car le bien-​être humain ne dépen­dra pas uni­que­ment de lui ». La pro­blé­ma­tique de l’homosexualité n’est donc qu’un aspect rela­tif d’une pro­blé­ma­tique plus vaste, qui est celle de la digni­té humaine. Ce qui importe est de ne pas réduire l’être à la sexua­li­té, et de res­ter libre au-​delà de ses expé­riences sexuelles, toutes libres. « Je ne vous ai pas par­lé d’homosexualité. Je m’alarme seule-​ment que la quête exis­ten­tielle repose sur les expé­riences sexuelles. Je m’alarme que les dési­rs et les com­por­te­ments sexuels s’expriment avec le verbe être et s’affichent comme une iden­ti­té. Je m’alarme que notre socié­té ne soit pas capable d’avoir un vrai débat sur les dif­fé­rentes pra­tiques sexuelles, coin­cée dans son inca­pa­ci­té phi­lo­so­phique à dis­tin­guer la per­sonne de ses actes » (p. 77).

27. Nous tenons là quelque chose de très impor­tant. Cette cita­tion de TH exprime toute l’essence de son per­son­na­lisme. Philosophiquement par­lant, on dis­tingue en effet entre l’être et l’agir et donc entre la per­sonne et ses actes. Et on dis­tingue donc aus­si entre deux sortes de digni­té pour l’homme : il y a pre­miè­re­ment la digni­té qui lui vient du fait qu’il est ce qu’il est, c’est à dire une per­sonne humaine, c’est à dire encore un être qui a la capa­ci­té de réflé­chir et de se déci­der libre­ment ; il y a deuxiè­me­ment la digni­té qui lui vient du fait qu’il se décide libre­ment, confor­mé­ment à ce qu’exige la droite rai­son, c’est à dire d’une manière qui est mora­le­ment bonne. La pre­mière digni­té est la digni­té onto­lo­gique (ou qui se tire de l’être pur : c’est le sens du mot grec « ontos »). La deuxième est la digni­té morale (ou qui se tire des actes : c’est le sens du mot latin « mores »). Le per­son­na­lisme est une erreur phi­lo­so­phique qui réduit l’homme à son être, indé­pen­dam­ment de son agir, et qui donc réduit la digni­té de l’homme à la seule digni­té onto­lo­gique. Lorsque TH reproche à la socié­té « son inca­pa­ci­té phi­lo­so­phique à dis­tin­guer la per­sonne de ses actes », elle veut dire très pré­ci­sé­ment que la valeur suprême, dont la socié­té devrait tenir compte, c’est la per­sonne et non ses actes. Elle reproche à la socié­té de défi­nir la per­sonne en fonc­tion de ses actes, au lieu de la défi­nir en fonc­tion de son être, qui est celui d’une liber­té. C’est bien là l’essence même du per­son­na­lisme : une phi­lo­so­phie qui refuse de prendre en compte la valeur des actes pour s’en tenir uni­que­ment à la valeur de l’être. Ce qui compte est ce que nous sommes (nous sommes des êtres libres), non pas ce que nous agis­sons (nous agis­sons selon tel ou tel type de sexua­li­té). Si l’on prend en compte la valeur des actes, on abou­tit à une morale. Et c’est jus­te­ment ce que TH veut évi­ter : elle ne veut pas d’une « une refon­da­tion morale de la socié­té ». Pour une appré­cia­tion glo­bale : deux concep­tions inconciliables.

28. Nous sommes dans une logique tota­le­ment dif­fé­rente du catho­li­cisme et de l’Église, tota­le­ment dif­fé­rente aus­si de la simple loi natu­relle. Et nous disons bien : une logique, c’est à dire un ensemble cohé­rent, où tout se tient de A jusqu’à Z, parce que cha­cune des rouages de l’ensemble fonc­tionne de pair avec tous les autres. Il est bien pos­sible que, sur tel ou tel point iso­lé, cer­taines prises de posi­tion, cer­taines conclu­sions pra­tiques, cer­tains diag­nos­tics de TH coïn­cident maté­riel­le­ment ou selon la lettre avec ce que nous affir­mons nous aus­si. Mais la res­sem­blance, toute exté­rieure, s’arrête là. Nous ne contes­tons pas la por­no­gra­phie, la pilule, l’homosexualité et toutes les déviances actuelles pour les mêmes rai­sons pro­fondes. Et nous ne prô­nons pas non plus le recours aux méthodes natu­relles ou la pro­tec­tion de l’enfance face à la géné­ra­tion inter­net pour les mêmes motifs. Et donc, même si elle pénètre chez nous, TH n’est pas des nôtres. En un mot, nous n’avons pas la même concep­tion de ce que TH appelle la « sexua­li­té » et que la théo­lo­gie morale tra­di­tion­nelle désigne en d’autres termes.

a) L’usage du mariage, selon la doctrine catholique

29. Ce que TH désigne comme la « sexua­li­té » cor­res­pond, d’un point de vue très maté­riel, à l’usage, chez l’homme, des organes géni­taux. Et sur ce point, l’enseignement de l’Église tient en deux prin­cipes abso­lu­ment capitaux.

30. Premier point. L’usage de ces organes est celui que réclame la nature, confor­mé­ment au plan du Créateur. Ce plan s’exprime dans une loi, la loi divine natu­relle. Notre rai­son humaine peut et doit la connaître pour s’y confor­mer. La morale n’est pas autre chose : elle se défi­nit comme l’accomplissement des actes humains (dont font par­tie les actes par les­quels l’homme use de ses organes géni­taux) confor­mé­ment à ce que la rai­son peut connaître de la loi, en vue du but que Dieu leur assigne et que la nature réclame. Par défi­ni­tion, les actes humains s’inscrivent dans une morale, et cela veut dire qu’ils sont bons ou mau­vais, selon qu’ils res­pectent la loi de Dieu, pour pou­voir atteindre le but de la nature, fixé par Dieu. L’usage des organes géni­taux n’échappe donc pas à la morale. Et son but est double. Le but prin­ci­pal est la trans­mis­sion de la vie et le but second est l’affection mutuelle des époux. Ces deux buts ne peuvent être atteints que dans le lien indis­so­luble du mariage. Et ils sont hié­rar­chi­sés entre eux, puisque l’affection mutuelle découle de la trans­mis­sion de la vie. Et d’autre part, dans les deux cas, l’obtention du plai­sir n’est jamais vou­lue pour elle-​même : elle est seule­ment là pour faci­li­ter les deux fins du mariage, qui sont la pro­créa­tion et l’affection. Ajoutons que la fin pre­mière du mariage, qui est la pro­créa­tion, est le bien de l’espèce humaine, le bien de la nature. Il y donc, ins­crite, au cœur même de l’usage des organes géni­taux, une prio­ri­té de la nature sur la per­sonne, une prio­ri­té de l’espèce sur l’individu. L’usage des organes géni­taux fait par­tie d’un bien com­mun et c’est pour­quoi la liber­té de l’homme n’en a pas la maî­trise absolue.

31. Deuxième point. L’usage de ces organes est pro­fon­dé­ment vicié à cause du péché ori­gi­nel. Il y a à ce niveau le désordre de la concu­pis­cence. Ce désordre est mys­té­rieux, car il est la consé­quence d’une réa­li­té que seule la révé­la­tion nous fait connaître. Il consiste en ce que l’homme subit une incli­na­tion déré­glée, qui le pousse à user de ses organes géni­taux dans la recherche dérai­son­nable du plai­sir qui lui est atta­ché. Cette incli­na­tion déré­glée est la véri­table cause, la rai­son pro­fonde, mais cachée et mys­té­rieuse, de toute « libé­ra­tion sexuelle ». Il y a aus­si d’autres fac­teurs qui peuvent inter­ve­nir, comme par exemple le libre accès géné­ra­li­sé à la por­no­gra­phie sur inter­net, mais ce ne sont plus des causes ; ce sont des occa­sions. Si on sup­prime l’occasion, on ne sup­prime pas la cause et celle-​ci peut tou­jours trou­ver le moyen de pro­duire ses mau­vais effets : la por­no­gra­phie a tou­jours exis­té, même avant l’internet. Tandis que si on maî­trise la cause, on maî­trise les effets. C’est jus­te­ment l’Église, et elle seule, qui nous donne le moyen de trai­ter le mal au niveau le plus pro­fond qui est celui de la cause : avec la grâce don­née dans les sacre­ments, la prière et la péni­tence, la pru­dence et le com­bat spi­ri­tuel. La fuite des occa­sions est néces­saire mais ne suf­fit pas. Ce qui sera tou­jours suf­fi­sant, c’est la ver­tu et il s’agit ici de la ver­tu de tem­pé­rance. Celle-​ci se défi­nit comme la maî­trise de l’inclination sexuelle, dans ce qu’elle a de déré­glé. Et sans la grâce, il est impos­sible de l’acquérir.

b) La sexualité selon TH et son personnalisme

32. Elle tient elle aus­si en deux points, qui sont la cor­res­pon­dante néga­tive des deux points aux­quels se résume la doc­trine catho­lique. Et nous en ajou­te­rons un troisième.

33. Premier point : ce que TH appelle la « sexua­li­té » est l’usage d’une liber­té. Et la liber­té, c’est la digni­té de l’homme. La sexua­li­té fait abs­trac­tion de la morale. Tout au plus, TH parle-​t-​elle juste à une seule reprise dans tout son livre (p. 208) de « la dif­fé­rence des sexes » en disant qu’elle est « cette capa­ci­té à engen­drer la vie » et qu’elle « impose des limites ». Mais pour autant, n’allons pas trop vite en conclure à une volon­té impli­cite de réin­tro­duire la morale. La capa­ci­té à engen­drer la vie n’impose ses limites que si elle cor­res­pond à une sexua­li­té libre­ment vécue. En ce sens, le pas­sage du livre évoque les limites impo­sées par la liber­té des femmes à la socié­té patriar­cale, celles du fémi­nisme et non celle d’une quel­conque morale.

34. Deuxième point : TH ignore tota­le­ment la réa­li­té de la concu­pis­cence héri­tée du péché ori­gi­nel. Les solu­tions qu’elle pro­pose de réduisent à prendre conscience du dan­ger, à limi­ter l’usage de l’internet, au niveau poli­tique. « Idéalement, les États devraient inter­ve­nir pour limi­ter cet accès. Mais, vu la dif­fi­cul­té de cette option, je pré­co­nise le dia­logue dans les classes dès la pri­maire, de sorte à ce que les élèves aient au moins des outils pour déco­der ces images et les remettre à leur juste place » . Mais si le péché ori­gi­nel n’existe pas, autant croire au Père Noël. Prisonnière de sa fausse phi­lo­so­phie, TH ne peut qu’ignorer les véri­tables causes du pro­blème. A cet égard, son plus grand han­di­cap ne serait-​il pas d’avoir per­du la foi à l’âge de 15 ans ? Il en résulte que pour elle le mariage a un sens « basé sur la réflexion humaine ». Mais nul­le­ment sur la foi, qui seule peut nous indi­quer toute l’ampleur du phé­no­mène sexuel.

35. Troisième point : il y a chez TH confu­sion entre devoir et devoir. Elle englobe en effet dans la même répro­ba­tion le devoir de pro­créer et le devoir de jouir [46], par oppo­si­tion à la liber­té de vivre sa sexua­li­té. Pour éclai­rer la ques­tion – et démon­ter le sophisme – il vau­drait mieux par­ler de « néces­si­té ». On peut ensuite dis­tin­guer entre la néces­si­té natu­relle, qui est l’épanouissement nor­mal des êtres libres et la néces­si­té vio­lente, qui va à l’encontre de la liber­té. Le « devoir de pro­créer » est une néces­si­té natu­relle, et elle incombe à l’espèce humaine, pour que celle-​ci se main­tienne dans son exis­tence : elle se situe au fon­de­ment de la liber­té, car elle l’oriente vers son vrai but. En revanche, le « devoir de jouir » (du moins tel qu’on l’entend aujourd’hui) est une néces­si­té vio­lente ou une mani­pu­la­tion, et donc une alié­na­tion, qui est la consé­quence du péché : elle se situe au fon­de­ment du vice, qui est la néga­tion même de la liber­té. TH pense que « autre­fois, la norme était don­née par une ins­ti­tu­tion, prin­ci­pa­le­ment reli­gieuse, aujourd’­hui, elle est don­née par l’in­dus­trie por­no­gra­phique »[47]. Peut-​être. Mais il ne s’agit pas du tout de la même « norme ». La pre­mière est l’expression de la loi de Dieu, et elle est la sau­ve­garde de la liber­té, tan­dis que la seconde n’est que la loi de l’esclavage du péché. Englober les deux dans la même répro­ba­tion, c’est mécon­naître la vraie nature de la liberté. 

6. Comment réagir ?

36. Il est tou­jours très dif­fi­cile de juger les inten­tions, car nous les connais­sons mal. Il est donc vain de se deman­der si le per­son­na­lisme de TH relève d’une convic­tion per­son­nelle et d’une vraie réflexion, ou seule­ment d’une stra­té­gie. S’agit-il d’une phi­lo­so­phie ou d’une simple offen­sive ? Bien fin qui pour­ra le devi­ner. Quant à la démarche, elle est sur­tout d’une très grande naï­ve­té. Nous n’avons pas affaire, c’est bien évident, à quelqu’un de per­vers, mais à quelqu’un qui essaye de conser­ver un mini­mum de san­té au milieu de l’épidémie qui nous gan­grène de par­tout. Il y a donc chez TH, au moins quelque part, un bon réflexe de sur­vie et une saine colère. Saine, mais mal­heu­reu­se­ment point sainte. Car les lacunes sont bien réelles et impor­tantes. Même si elles peuvent avoir l’excuse de l’ignorance (ce que nous pou­vons pré­su­mer, à défaut de pou­voir le véri­fier), elles res­tent ce qu’elles sont et elles nous obligent à dire que la réflexion de TH est insuf­fi­sante. Et même plus encore : qu’elle n’est pas exempte d’un cer­tain danger.

37. Nous retrou­vons ici le même genre de démarche que dans la théo­lo­gie du corps, à ceci près que le per­son­na­lisme qui sert de base à toute la réflexion n’a plus rien de chré­tien. Chez Yves Semen et ses émules, la carence phi­lo­so­phique reste quand même en par­tie neu­tra­li­sée dans ses effets immé­diats par la réfé­rence à une autre morale, morale per­son­na­liste, certes, morale faus­sée dans ses fon­de­ments moder­nistes, mais morale tout de même, dont les effets se font sen­tir sur le plan pra­tique. La théo­lo­gie du corps véhi­cule encore la réfé­rence aux com­man­de­ments de Dieu, aux lois de l’Église, avec l’idée d’un devoir auquel nous sommes tenus en conscience, avec une cer­taine idée du péché et de la grâce. Jean-​Paul II insis­tait sur l’urgence d’une « pater­ni­té res­pon­sable ». Tout cela est faus­sé, comme nous l’avons mon­tré, car tout part de la per­sonne, au lieu de par­tir de la nature. Mais fina­le­ment, tout abou­tit encore à un cer­tain ordre moral, et tout abou­tit aus­si encore à une cer­taine idée de Dieu. Ce qui explique que la théo­lo­gie du corps demeure à mi-​pente sur le che­min de la décadence.

38. Chez TH, il ne reste plus grand chose de tout cela. L’idée même de morale a dis­pa­ru, et avec elle l’idée de loi, l’idée de devoir. Tout est cen­tré sur la liber­té et sur la per­sonne, c’est à dire que tout part de la per­sonne et tout y revient, par la média­tion de la liber­té. Il n’y a plus aucun ordre moral. N’oublions pas quelle est l’idée maî­tresse de TH : « Je tra­vaille sur­tout à enfin réa­li­ser le plan ini­tial de la révo­lu­tion sexuelle : vivre libre­ment sa vie d’homme et de femme ». Alors ? …

39. L’aspect posi­tif du livre de Thérèse Hargot (s’il fal­lait lui en trou­ver un) est qu’elle « décons­truit les décons­truc­teurs »[48]. Elle dénonce les contra­dic­tions internes au sys­tème, pour en ébran­ler la cré­di­bi­li­té. Elle sus­cite des ques­tions per­ti­nentes, qui n’ont rien de média­ti­que­ment cor­rect. De ce point de vue, et de ce point de vue seule­ment, le livre com­porte un aspect cer­tai­ne­ment bien­fai­sant. Oui, sans doute : il est décapant.

40. Mais pre­nons garde, car le livre pré­sente un dan­ger tout aus­si cer­tain. Et il est tout un, dans la lec­ture que nous en fai­sons. C’est pour­quoi, nous n’irons pas jusqu’à nous réjouir, comme le fait La Nef de ce que Thérèse Hargot « ouvri­ra des hori­zons à contre-​courant de la culture média­tique ». Les hori­zons qu’elle nous ouvre sont mal­heu­reu­se­ment ceux d’une sinistre impasse, l’impasse d’un per­son­na­lisme qui ne compte plus grand chose de moral et où les réfé­rences vrai­ment chré­tiennes et catho­liques sont tota­le­ment absentes. La « sexo­lo­gie » de Madame Jacob ne s’intéresse qu’au bien-​être et à l’épanouissement humain des per­sonnes, à tra­vers leur sexua­li­té. C’est peut-​être de l’art pour l’art, mais ce n’est plus de la morale. Personnalisme amo­ral, donc qui n’évite pas le risque d’en rede­ve­nir immo­ral, par un autre biais. Sur Radio Notre-​Dame, Thérèse Hargot a avoué qu’elle n’était pas à l’aise avec le « dis­cours mora­li­sa­teur de l’Église ». Selon elle, ce dis­cours pro­vo­que­rait des ten­sions, qui elles-​mêmes crée­raient des névroses et donc des pas­sages à l’acte encore plus fré­quents, en matière de por­no­gra­phie par exemple. Même si elle peut paraître cho­quante, la réac­tion de dame Hargot n’a ici rien de bien éton­nant. Quelqu’un qui n’a pas la foi ne peut pas com­prendre com­ment il est pos­sible de tenir devant les exi­gences mises si haut par la morale catho­lique, qui est la morale de l’Évangile et donc celle de la cha­ri­té. En effet, il est pos­sible de répondre aux exi­gences de cette morale, mais cette pos­si­bi­li­té découle d’un moyen, et ce moyen c’est la grâce, c’est le secours tout-​puissant que le Fils de Dieu nous a méri­té. Faute de croire à l’existence de ce secours, on ne peut qu’être mal à l’aise, en effet. Mais c’est le malaise de Félix et Drusille devant saint Paul (Actes, XXIV, 25). 

41. Même s’il est déca­pant, ce livre est donc insuf­fi­sant et même, il faut bien le dire, dan­ge­reux. Et il est dan­ge­reux, parce qu’il est insuf­fi­sant. Vouloir se cou­per de l’éclairage que nous donne l’Église, vou­loir échap­per à sa direc­tion mater­nelle, c’est se pri­ver des vraies solu­tions et de la vraie intel­li­gence du pro­blème. La sexo­lo­gie ne peut pas exis­ter en tant que phi­lo­so­phie. Ce qui existe, c’est la méde­cine, qui est l’art de pré­ser­ver la san­té des organes. Et ce qui existe aus­si, c’est la théo­lo­gie morale, qui est la science à laquelle il revient de déci­der quel est le bon usage de ces organes. La sexua­li­té est l’usage du mariage et le mariage est une ins­ti­tu­tion divine. C’est pour­quoi, il appar­tient à l’Église de défi­nir les prin­cipes d’après les­quels doit se régler une authen­tique « sexua­li­té ». Ces prin­cipes sont ceux de la morale sur­na­tu­relle, ceux que le Christ nous a révé­lés. C’est pour avoir déli­bé­ré­ment vou­lu les igno­rer que Thérèse Hargot s’est pri­vée – et prive ses lec­teurs – des vraies réponses. 

42. Que son livre cir­cule et puisse ébran­ler chez quelques-​uns les cer­ti­tudes trop tran­quilles de l’après Mai 68 est une chose. Mais qu’il soit le nou­veau bré­viaire de ceux qui veulent « choi­sir la vie » en est une autre. Cette lec­ture, pas si spi­ri­tuelle que cela, n’est donc pas for­cé­ment à mettre entre toutes les mains. Et on lui pré­fè­re­ra tou­jours l’irremplaçable Catéchèse catho­lique du mariage du Père Barbara.

Abbé Jean-​Michel Gleize, pro­fes­seur de théo­lo­gie au sémi­naire d’Ecône

Source : Courrier de Rome n°633

Notes de bas de page

  1. « L’illusoire liber­té sexuelle des ado­les­cents » par Marie-​Pierre Genecand.[]
  2. « Thérèse Jacob-​Hargot : La por­no­gra­phie impose ses codes aux ado­les­cents », entre­tien avec Stéphane Kovacs.[]
  3. « Thérèse Hargot : La libé­ra­tion sexuelle a asser­vi les femmes » par Eugénie Bastié.[]
  4. « Thérèse Hargot : Quel fémi­nisme transmettons-​nous à nos filles ? » par Hélène Bonhomme.[]
  5. Rubrique Portrait : « Thérèse Hargot. Au coeur de l’intime », par France Lebreton.[]
  6. « La contra­cep­tion, le plus grand scan­dale du siècle ! », entre­tien vidéo avec Alexandre Meyer.[]
  7. « Thérèse Hargot : Aujourd’hui, la norme, c’est le devoir de jouis­sance », pro­pos recueillis par Sixtine Fourneraut.[]
  8. « Thérèse Hargot : Education sexuelle : on est pas­sé à côté de l’essentiel », entre­tien avec Marie-​Christine Vidal.[]
  9. « Thérèse Hargot : Je veux réta­blir la véri­té face au men­songe de la libé­ra­tion sexuelle », pro­pos recueillis par Aude de Beaux-​Songes.[]
  10. « Elle est par­tout. Thérèse Hargot a sor­ti Une Jeunesse sexuel­le­ment libé­rée il y a quelques semaines, et depuis cette jeune sexo­logue écume pla­teaux et jour­naux pour affir­mer que la sexua­li­té des jeunes ne serait pas beau­coup plus libé­rée qu’avant mai 1968. Mais par­tout, on oublie de poin­ter son puri­ta­nisme savam­ment dis­si­mu­lé sous un pré­ten­du néo-​féminisme » (par Adélaïde Ténaglia).[]
  11. « Limites de la sexo­lo­gie » par l’abbé Laurent Spriet.[]
  12. « Quelques réserves sur l’ouvrage de Thérèse Hargot », par Michel Janva.[]
  13. Pour reprendre la remarque de M‑P Genecand, dans Le Temps : « Thérèse Hargot dit des choses fortes ».[]
  14. Organisé, à l’issue de la pre­mière par­tie du Synode sur la famille, par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, et les conseils pon­ti­fi­caux pour la Famille, pour le Dialogue inter­re­li­gieux et pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens, ce Colloque a regrou­pé des repré­sen­tants reli­gieux et des uni­ver­si­taires venus du monde entier. Le Pape François a lui-​même pro­non­cé le dis­cours d’ouverture après un mot d’accueil du pré­fet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le car­di­nal Müller. Parmi les inter­ve­nants venus du monde entier figu­raient l’ancien grand rab­bin du Royaume-​Uni, Lord Jonathan Sacks, le pri­mat de l’Église angli­cane du Nigéria Nicholas Okoh, l’universitaire chiite ira­nien Rasoul Rasoulipour, le juriste maro­cain Abdelouhab Maalmi, pro­fes­seur à l’université de Bordeaux, et bien sûr les res­pon­sables des dicas­tères concer­nés ain­si que l’archevêque de Philadelphie, Mgr Charles Chaput.[]
  15. Conférence orga­ni­sée par les AFC du dio­cèse (Associations fami­liales catho­liques) : « Thérèse Hargot, sexo­logue : Notre sexua­li­té est-​elle vrai­ment libé­rée ? ». Jeudi 31 mars, 20h30, Angers. Annonce parue sur le site du dio­cèse d’Angers.[]
  16. Conférence orga­ni­sée par le CCIF (Centre catho­lique de Consultation et d’Information Familiale) pour pré­sen­ter le livre Une jeu­nesse sexuel­le­ment libé­rée (ou presque), le mar­di 7 juin, à 20h15 au Grand Séminaire de Lorraine. Annonce parue sur le site du dio­cèse de Metz.[]
  17. « Thérèse Hargot : Je veux réta­blir la véri­té face au men­songe de la libé­ra­tion sexuelle », pro­pos recueillis par Aude de Beaux-​Songes.[]
  18. Respectivement inti­tu­lés : I : « La tyran­nie du por­no » ; III : « Être ou ne pas être homo­sexuel, telle est la ques­tion à ne pas se poser » ; V : « Mon corps m’appartient, à vous aus­si ».[]
  19. Respectivement inti­tu­lés : IV : « Sortez cou­verts ou l’éducation aux dan­gers » ; VI : « Contraception, je t’aime, moi non plus » ; VII : « Avortement : ser­vice après-​vente de la contra­cep­tion ».[]
  20. Respectivement inti­tu­lés : II : « Le couple : la nou­velle idole des jeunes » ; VIII : « Retour des sté­réo­types de genre au temps de l’égalité » ; IX : « Parent copain, parent absent » ; X : « Être une femme libé­rée, tu sais ».[]
  21. « Thérèse Hargot : La libé­ra­tion sexuelle a asser­vi les femmes » par Eugénie Bastié dans Le Figaro du 5 février 2016 : « Si la norme a chan­gé, notre rap­port à la norme lui est le même : nous res­tons dans un rap­port de devoir. Nous sommes sim­ple­ment pas­sés du devoir de pro­créer à celui de jouir. Du il ne faut pas avoir de rela­tions sexuelles avant le mariage à il faut avoir des rela­tions sexuelles le plus tôt pos­sible. Autrefois, la norme était don­née par une ins­ti­tu­tion, prin­ci­pa­le­ment reli­gieuse, aujourd’­hui, elle est don­née par l’in­dus­trie por­no­gra­phique »[]
  22. « Thérèse Hargot : La libé­ra­tion sexuelle a asser­vi les femmes » par Eugénie Bastié dans Le Figaro du 5 février 2016 : « L’affichage du coming out inter­roge beau­coup les ado­les­cents qui se demandent com­ment fait-​il pour savoir s’il est homo­sexuel, com­ment savoir si je le suis ? L’homosexualité fait peur, car les jeunes gens se disent si je le suis, je ne pour­rais jamais reve­nir en arrière. Définir les gens comme homo­sexuels, c’est créer de l’ho­mo­pho­bie »[]
  23. « Thérèse Hargot : La libé­ra­tion sexuelle a asser­vi les femmes » par Eugénie Bastié dans Le Figaro du 5 février 2016 : « Il ne faut pas apprendre aux ado­les­cents à s’é­pa­nouir sexuel­le­ment. Il faut apprendre aux jeunes à deve­nir des hommes et des femmes, les aider à épa­nouir leur per­son­na­li­té. La sexua­li­té est secon­daire par rap­port à la per­son­na­li­té. Il faut créer des hommes et des femmes qui puissent être capables d’être en rela­tion les uns avec les autres. Il ne faut pas des cours d’é­du­ca­tion sexuelle, mais des cours de phi­lo­so­phie ! »[]
  24. « Thérèse Hargot : La libé­ra­tion sexuelle a asser­vi les femmes » par Eugénie Bastié dans Le Figaro du 5 février 2016 : « La sexua­li­té n’est pas une iden­ti­té. Ma vie sexuelle ne déter­mine pas qui je suis »[]
  25. « L’illusoire liber­té sexuelle des ado­les­cents » par Marie-​Pierre Genecand dans Le Temps du 5 avril 2016 : « Je pense qu’il faut rem­pla­cer le verbe être par le verbe avoir pour ne pas figer l’individu et sur­tout l’ado dans une iden­ti­té défi­ni­tive. Pour moi, avoir une atti­rance homo­sexuelle ne fait pas d’un indi­vi­du un homo­sexuel. Encore une fois, la sexua­li­té est une des facettes de la per­son­na­li­té, elle ne la résume pas »[]
  26. « L’illusoire liber­té sexuelle des ado­les­cents » par Marie-​Pierre Genecand dans Le Temps du 5 avril 2016 : « Oui, pour moi, la pilule est une des grandes escro­que­ries de la révo­lu­tion sexuelle ! Je trouve scan­da­leux que des femmes en bonne san­té soient obli­gées de prendre un médi­ca­ment pour soi-​disant garan­tir leur liber­té ».[]
  27. « Thérèse Hargot : La libé­ra­tion sexuelle a asser­vi les femmes » par Eugénie Bastié dans Le Figaro du 5 février 2016 : « Le sida, les MST, les gros­sesses non dési­rées : nous avons gran­di, nous, petits enfants de la révo­lu­tion sexuelle, dans l’i­dée que la sexua­li­té était un dan­ger. A la fois on nous dit que nous sommes libres et en même temps que nous sommes en dan­ger. On parle de safe-​sex, de sexe propre, on a rem­pla­cé la morale par l’hy­giène. Culture du risque et illu­sion de liber­té, tel est le cock­tail libé­ral qui règne désor­mais, aus­si, dans la sexua­li­té. Ce dis­cours hygié­niste est très anxio­gène, et inef­fi­cace : de nom­breuses MST sont tou­jours trans­mises ».[]
  28. « L’illusoire liber­té sexuelle des ado­les­cents » par Marie-​Pierre Genecand dans Le Temps du 5 avril 2016 : « Les effets secon­daires sont d’une gra­vi­té qui peut aller jusqu’à la mort et, avant cette extré­mi­té, il est éta­bli que la pilule réduit la libi­do et la fer­ti­li­té ».[]
  29. « L’illusoire liber­té sexuelle des ado­les­cents » par Marie-​Pierre Genecand dans Le Temps du 5 avril 2016 : « Il existe des méthodes natu­relles basées sur la connais­sance du corps qui sont tout aus­si effi­caces et qui donnent les pleins pou­voirs aux femmes sans l’intervention du méde­cin pres­crip­teur et de l’industrie phar­ma­ceu­tique ».[]
  30. « Thérèse Hargot : La libé­ra­tion sexuelle a asser­vi les femmes » par Eugénie Bastié dans Le Figaro du 5 février 2016 : « Je cri­tique moins la pilule que le dis­cours fémi­niste et médi­cal qui entoure la contra­cep­tion. On en a fait un emblème du fémi­nisme, un emblème de la cause des femmes. Quand on voit les effets sur leur san­té, leur sexua­li­té, il y a de quoi dou­ter ! Ce sont elles qui vont modi­fier leurs corps, et jamais l’homme. C’est com­plè­te­ment inéga­li­taire. C’est dans cette pers­pec­tive que les méthodes natu­relles m’in­té­ressent, car elles sont les seules à impli­quer équi­ta­ble­ment l’homme et la femme. Elles sont basées sur la connais­sance qu’ont les femmes de leurs corps, sur la confiance que l’homme doit avoir dans la femme, sur res­pect du rythme et de la réa­li­té fémi­nines. Je trouve cela beau­coup plus fémi­niste en effet que de dis­tri­buer un médi­ca­ment à des femmes en par­faite san­té ! En fai­sant de la contra­cep­tion une seule affaire de femme, on a déres­pon­sa­bi­li­sé l’homme » ; « L’illusoire liber­té sexuelle des ado­les­cents » par Marie-​Pierre Genecand dans Le Temps du 5 avril 2016. Cf. p. 126–127 du livre. « Les femmes vantent les ver­tus d’une pilule dimi­nuant leur puis­sance sexuelle et elles pensent naï­ve­ment que ça leur donne un pou­voir sur les hommes. D’ailleurs, je n’ai jamais com­pris com­ment par­ler de liber­té dès lors que la pilule implique un lien de dépen­dance envers son pres­crip­teur, le méde­cin, et le pro­prié­taire, l’entreprise phar­ma­ceu­tique ».[]
  31. Cf. p. 130–132 du livre. « C’est le point cru­cial : la per­cep­tion de l’enfant comme une menace pou­vant dés­équi­li­brer le bien-​être d’une femme de par son extrême dépen­dance issue de son extrême fra­gi­li­té. C’est cela l’insupportable : être sou­mis à un autre. […] La peur de perdre son indé­pen­dance est plus forte que toutes les autres dans notre socié­té indi­vi­dua­liste où liber­té rime aus­si avec égoïsme, l’égoïsme étant la condi­tion de la pré­ser­va­tion de son bien-​être ».[]
  32. Cf. p. 91–92 du livre[]
  33. Cf. p. 159–160 du livre. « Sans le fémi­nisme combat-​tant pour le droit à l’avortement et à la contra­cep­tion, le rai­son­ne­ment idéo­lo­gique de la ges­ta­tion pour autrui n’aurait pas été pos­sible. Il a don­né ses armes et ses outils à une logique libé­rale incon­trô­lable. Pour en arri­ver là, il a fal­lu oppo­ser puis déta­cher le corps de l’esprit, déni­grer les expé­riences char­nelles au pro­fit de l’expression toute puis­sante de la volon­té. En rédui­sant la repro­duc­tion à son carac­tère ani­mal, niant l’expérience humaine et spi­ri­tuelle qu’elle porte en germe et peut deve­nir. Elle a per­du son carac­tère sacré. […] L’aboutissement de ce fémi­nisme qui est pas­sé à côté de l’essentiel se retourne aujourd’hui contre les femmes elles-​mêmes : la fas­ci­nante vic­toire de la volon­té laisse entre­voir un monde déshu­ma­ni­sé où la valeur d’une per­sonne ne dépend que de son uti­li­té ».[]
  34. Cf. p. 60–61 du livre. « Ce que j’observe en consul­ta­tion, c’est que les pro­blèmes de couple sont en fait pour la quasi-​totalité des pro­blèmes per­son­nels qui rejaillissent sur le couple. C’est un accom­pa­gne­ment indi­vi­duel dont l’un et l’autre ont besoin pour être capables d’aimer et de se lais­ser aimer. […] La véri­table ques­tion est celle de l’identité : Qui suis-​je ? Nous devons les aider à trou­ver une réponse à cette ques­tion, à déve­lop­per leur per­son­na­li­té, à déployer leur indi­vi­dua­li­té pour qu’ils soient capables, un jour, qui sait – parce que ce n’est pas une fin en soi – de vivre une rela­tion conju­gale durable. Celle-​ci requiert l’existence de trois enti­tés dis­tinctes : toi, moi et notre couple, pour être capable de vivre son désir de com­mu­nion et ne pas res­ter dans la fusion ».[]
  35. Cf. p. 178–179 du livre. « A force de belles idées sur l’égalité enter les hommes et les femmes, nous sommes tom­bés dans l’égalitarisme idéo­lo­gique. Ce sou­ci d’indifférencier le trai­te­ment fait aux gar­çons et aux filles en espé­rant que la culture et l’éducation puissent les libé­rer de ces modèles oppres­sants a tout faus­sé et est deve­nu lui-​même oppres­sant. Le contraire est arri­vé, on les a angois­sés ; ils n’ont jamais autant été alié­nés à leur cari­ca­ture ».[]
  36. Cf. p. 192–194 du livre. « L’enfant n’a pas besoin que ses parents lui parlent de l’amour. Il a besoin de se sen­tir aimé pour s’assurer qu’il a une rai­son d’exister, qu’il mérite d’être res­pec­té, qu’il a une digni­té ».[]
  37. Cf. p. 208 : « Nous héri­tons d’un fémi­nisme qui se retourne aujourd’hui contre les femmes elles-​mêmes parce qu’au lieu de modi­fier la socié­té patriar­cale, il s’y est tota­le­ment sou­mis en encou­ra­geant les femmes à modi­fier leur propre corps afin de s’y adap­ter. […] Ce sont aux femmes à s’adapter à un monde d’hommes, régi par des hommes, pen­sé pour des hommes. Pour y arri­ver, a‑t-​on d’autres solu­tions que de contour­ner tem­po­rai­re­ment la dif­fé­rence des sexes, c’est à dire cette capa­ci­té à engen­drer la vie, puisque c’est elle qui impose des limites ? » ; p. 209 : « Servir la cause des femmes ne devrait-​il pas aus­si consis­ter à valo­ri­ser ce qui n’est pas de l’ordre de l’efficacité, de la per­for­mance, de la pro­duc­ti­vi­té ; ce qui est de l’ordre de la rela­tion, de l’attention aux autres et des soins, brefs, de toutes ces choses néces­saires à l’humanité ».[]
  38. « L’illusoire liber­té sexuelle des ado­les­cents » par Marie-​Pierre Genecand dans Le Temps du 5 avril 2016.[]
  39. « Thérèse Hargot : Education sexuelle : on est pas­sé à côté de l’essentiel », entre­tien avec Marie-​Christine Vidal dans Le Pèlerin du 4 février 2016.[]
  40. « Thérèse Hargot : La libé­ra­tion sexuelle a asser­vi les femmes » par Eugénie Bastié dans Le Figaro du 5 février 2016[]
  41. « Thérèse Hargot : La libé­ra­tion sexuelle a asser­vi les femmes » par Eugénie Bastié dans Le Figaro du 5 février 2016[]
  42. « L’illusoire liber­té sexuelle des ado­les­cents » par Marie-​Pierre Genecand dans Le Temps du 5 avril 2016.[]
  43. Adélaïde Ténaglia dans Inrockuptibles du 2 mars 2016.[]
  44. Pour reprendre la remarque de M‑P Genecand, dans Le Temps : « Thérèse Hargot dit des choses fortes ».[]
  45. « L’illusoire liber­té sexuelle des ado­les­cents » par Marie-​Pierre Genecand dans Le Temps du 5 avril 2016.[]
  46. « Thérèse Hargot : La libé­ra­tion sexuelle a asser­vi les femmes » par Eugénie Bastié dans Le Figaro du 5 février 2016[]
  47. Ibidem.[]
  48. « Limites de la sexo­lo­gie » par l’abbé Laurent Spriet dans La Nef n° 280 d’avril 2016.[]

FSSPX

M. l’ab­bé Jean-​Michel Gleize est pro­fes­seur d’a­po­lo­gé­tique, d’ec­clé­sio­lo­gie et de dogme au Séminaire Saint-​Pie X d’Écône. Il est le prin­ci­pal contri­bu­teur du Courrier de Rome. Il a par­ti­ci­pé aux dis­cus­sions doc­tri­nales entre Rome et la FSSPX entre 2009 et 2011.