Les limbes des petits enfants

Quelle est la des­ti­née des enfants morts sans avoir été bap­ti­sés ? Le rap­pel de la doc­trine catho­lique concer­nant les limbes est bien néces­saire aujourd’hui où cette véri­té a dis­pa­ru de l’enseignement, alors qu’elle est si importante.

La nécessité du baptême

Du fait de la faute ori­gi­nelle, dont nous sommes tous atteints, nous nais­sons pri­vés de la grâce sanc­ti­fiante, qui est néces­saire pour aller au ciel. Le seul remède en est le bap­tême, qui nous applique la Rédemption de Notre-​Seigneur Jésus-​Christ et nous rend sa grâce : nul ne peut être sau­vé en dehors de là, selon cette parole de Jésus lui-​même : « En véri­té, en véri­té, à moins de renaître de l’eau et de l’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu » [1]. C’est pour­quoi la foi catho­lique nous enseigne que le bap­tême est abso­lu­ment néces­saire (de néces­si­té de moyen, disent les théo­lo­giens) à tous pour le salut.

L’Eglise nous pré­cise que « le défaut du sacre­ment de bap­tême peut être sup­pléé par le mar­tyre qu’on appelle « bap­tême de sang », ou par un acte de par­fait amour de Dieu ou de contri­tion, joint au désir au moins impli­cite du bap­tême, et ceci s’appelle « bap­tême de désir » » [2]. Puisque le désir du bap­tême pro­vient de la foi et de la contri­tion, les petits enfants qui n’ont pas l’usage de la rai­son en sont inca­pables, si bien qu’ils n’ont d’autre voie pour se sau­ver que le bap­tême d’eau ou d’être tués pour le Christ [3]. C’est ce qu’a réaf­fir­mé Pie XII dans son célèbre dis­cours aux sages-​femmes : « Dans l’ordre pré­sent, il n’y a pas d’autre moyen de com­mu­ni­quer cette vie (sur­na­tu­relle) à l’enfant qui n’a pas encore l’usage de la rai­son. Et cepen­dant, l’état de grâce, au moment de la mort, est abso­lu­ment néces­saire au salut. Sans cela, il n’est pas pos­sible d’arriver à la féli­ci­té éter­nelle, à la vision béa­ti­fique de Dieu. Un acte d’amour peut suf­fire à l’adulte pour acqué­rir la grâce sanc­ti­fiante et sup­pléer au manque du bap­tême. Pour celui qui n’est pas né, ou pour le nouveau-​né, cette voie n’est pas encore ouverte » [4].

Normalement, ordi­nai­re­ment, les enfants morts sans bap­tême ne peuvent aller au ciel : voi­là ce que nous connais­sons par la Révélation. A cette loi géné­rale, Dieu peut faire des excep­tions : il est certes libre de don­ner sa grâce à qui il veut, comme il veut ; il peut s’il le veut don­ner la grâce sanc­ti­fiante à des âmes en dehors du bap­tême. Mais nous n’en savons rien. Et ces excep­tions res­te­raient des excep­tions, car Dieu ne se contre­dit pas.

Dans ce domaine de la pré­des­ti­na­tion, qui est le secret de Dieu, ce que nous savons, c’est ce que Dieu lui-​même nous en a révé­lé, et rien d’autre. Le reste n’est que sup­po­si­tion. Et ce qu’il nous a révélé :

  • c’est la néces­si­té du bap­tême d’eau (Jean 3, 5) ;
  • c’est le com­man­de­ment d’aller ensei­gner tous les hommes et de les bap­ti­ser pour leur ouvrir le ciel : « Celui qui croi­ra et sera bap­ti­sé sera sau­vé » (Marc 16, 16).

C’est pour­quoi l’Eglise déclare vaines et sans fon­de­ment toutes les opi­nions par les­quelles on essaie d’établir pour les enfants un autre moyen de salut que le bap­tême réel­le­ment reçu [5].

La doctrine catholique au sujet de ces enfants

Quel est donc le sort des enfants qui, morts sans bap­tême, n’ont pas com­mis de péchés per­son­nels et meurent avec le seul péché ori­gi­nel ? [6] Puisque ces âmes n’ont pu faire aucun acte volon­taire, libre, en bien ou en mal, elles n’ont pu méri­ter ni le ciel ni l’enfer. Elles vont dans un autre lieu, qu’on appelle les limbes des petits enfants. Le mot a été uti­li­sé à par­tir du XIIIe siècle, mais la doc­trine se trouve dès le Ve siècle chez les Pères de l’Eglise.Notons qu’il ne faut pas confondre ces limbes des petits enfants avec ce lieu que le Credo appelle « enfers », où se trou­vaient avant Jésus-​Christ tous les justes de l’Ancien Testament, en atten­dant que le Ciel leur soit ouvert.

Les limbes sont un lieu où les petits enfants morts sans le bap­tême, ou bien les per­sonnes qui n’ont jamais eu l’usage de la rai­son et n’ont pas été bap­ti­sées, demeurent à jamais. Ils sont un état éter­nel, comme le ciel et l’enfer (tan­dis que le pur­ga­toire ces­se­ra à la fin du monde).

Ces âmes qui se trouvent dans les limbes ne pos­sèdent pas la vue de Dieu « face à face », qu’on appelle la vision béa­ti­fique. En effet, pour voir Dieu, il faut de toute néces­si­té que notre nature soit éle­vée à la vie sur­na­tu­relle. Or, à cause du péché ori­gi­nel, ces âmes ont per­du l’état sur­na­tu­rel dans lequel Dieu avait créé l’homme. C’est pour­quoi l’Eglise aver­tit avec gra­vi­té : « Puisqu’il n’y a pas d’autre moyen de pro­cu­rer le salut aux petits enfants que le Baptême, il est facile de juger com­bien est grande la faute de ceux qui les laissent pri­vés de la grâce de ce Sacrement plus long­temps que la néces­si­té ne le demande, sur­tout qu’en rai­son de la fai­blesse de leur âge leur vie est expo­sée à tant de périls » [7].

Et le caté­chisme de saint Pie X enseigne :

« Quand doit-​on por­ter les enfants à l’église pour les faire baptiser ?

On doit por­ter les enfants à l’église pour les faire bap­ti­ser le plus tôt possible.

Pourquoi doit-​on mettre tant d’empressement à faire rece­voir le bap­tême aux enfants ?

Parce que, à cause de la fra­gi­li­té de leur âge, ils sont expo­sés à bien des dan­gers de mou­rir et qu’ils ne peuvent se sau­ver sans le bap­tême. Les pères et mères qui, par leur négli­gence, laissent mou­rir leurs enfants sans bap­tême pèchent gra­ve­ment, parce qu’ils privent leurs enfants de la vie éter­nelle ; ils pèchent même gra­ve­ment en dif­fé­rant long­temps le bap­tême, parce qu’ils les exposent au dan­ger de mou­rir sans l’avoir reçu. »

L’existence des limbes n’est pas un dogme, mais elle est proche de la foi [8] ; c’est ce qu’on appelle une conclu­sion théo­lo­gique, déduite par la théo­lo­gie de véri­tés révé­lées, ou une véri­té révé­lée vir­tuel­le­ment. Celui qui la nie­rait ne serait pas héré­tique mais témé­raire. Le pape Pie VI a décla­ré : « La doc­trine qui rejette ce lieu des enfers (que les fidèles appellent com­mu­né­ment les limbes des enfants) dans lequel les âmes de ceux qui sont morts avec la seule faute ori­gi­nelle sont punies de la peine du dam, sans la peine du feu, est fausse, témé­raire, inju­rieuse pour les écoles [9] catho­liques » [10].

Un bonheur naturel

Par le tra­vail de réflexion de ses Pères et de ses théo­lo­giens, l’Eglise a de mieux en mieux pré­ci­sé au cours des siècles la condi­tion des enfants morts sans baptême.

Les âmes qui meurent avec le seul péché ori­gi­nel sont exclues de la gloire du ciel [11], mais elles ne subissent pas d’autre peine. Elles ne souffrent aucune peine des sens (qui est la puni­tion des péchés per­son­nels), et ne res­sentent pas de tris­tesse de ne pas jouir de Dieu par la vision béatifique.

Saint Thomas explique que « du fait que quelqu’un est pri­vé de ce qui excède sa nature, il n’en res­sent pas d’affliction. Ainsi aucun homme de bon sens n’est affli­gé de ne pou­voir voler comme un oiseau, ou de ne pas être roi ou empe­reur, car cela ne lui est pas dû. (…) La vie éter­nelle dépasse toute facul­té de la nature. Et donc les petits enfants ne souf­fri­ront en aucune manière de la pri­va­tion de la vision divine ; bien plus ils se réjoui­ront de par­ti­ci­per lar­ge­ment à la bon­té divine et aux per­fec­tions natu­relles » [12].

Saint Thomas pré­cise encore : « Bien que les enfants non bap­ti­sés soient sépa­rés de Dieu pour ce qui est de l’union qui se réa­lise par la gloire, cepen­dant ils n’en sont pas entiè­re­ment sépa­rés ; bien plus ils lui sont unis par la par­ti­ci­pa­tion aux biens natu­rels. Et ain­si ils pour­ront jouir de lui par la connais­sance et l’amour natu­rels » [13].

L’opinion de saint Thomas, si bien argu­men­tée, est deve­nue l’opinion com­mune des théo­lo­giens, et le Magistère de l’Eglise lui a de plus en plus mani­fes­té sa pré­fé­rence. C’est-à-dire que la pri­va­tion de la vision de Dieu reste une peine, et objec­ti­ve­ment la plus lourde de toutes les peines. Mais cette pri­va­tion n’est pas res­sen­tie comme telle par ces âmes, si bien qu’elles n’en éprouvent aucun cha­grin. Elles savent que la par­ti­ci­pa­tion à la vie de Dieu par la vision béa­ti­fique est un bien hors de leur por­tée, qui dépasse toute capa­ci­té de la nature.

Les enfants morts sans bap­tême joui­ront éter­nel­le­ment, corps et âme, d’un bon­heur natu­rel plein et par­fait. Leur connais­sance de Dieu est une contem­pla­tion natu­relle, qui gran­di­ra sans fin. Tout le désir de connaître que pos­sède notre âme, et en par­ti­cu­lier le désir de connaître la pre­mière Cause de toutes choses, sera conten­té. Ils ont une connais­sance par­faite de ce qu’on peut connaître par la rai­son natu­relle, qui les rend capables d’aimer Dieu plus qu’eux-mêmes et plus que tout, d’un amour natu­rel par­fait dans son genre. Leur volon­té est par­fai­te­ment conforme à la volon­té divine, dont elles savent qu’elle est sage, juste et bonne. Ils se réjouissent d’être à l’abri de tout péché et de toute souf­france, et de pos­sé­der tous les biens natu­rels qu’ils tiennent de lui. Ils le louent et lui rendent grâces pour l’éternité des bien­faits reçus de lui. Cependant leur amour et leurs aspi­ra­tions vers Dieu res­tent sur un plan pure­ment natu­rel. On peut donc dire que les limbes sont un « para­dis » naturel.

Les novateurs à l’œuvre

Cette doc­trine des limbes, qui est incon­tes­table, est trou­blée depuis quelques dizaines d’années par une nou­velle théo­lo­gie, qui vou­drait faire croire que les limbes n’existent pas.

Ainsi les limbes n’apparaissent plus dans le Catéchisme de l’Eglise catho­lique publié par Jean-​Paul II en 1992. Au contraire ce caté­chisme s’exprime ain­si : « La grande misé­ri­corde de Dieu qui veut que tous les hommes soient sau­vés, et la ten­dresse de Jésus envers les enfants, qui Lui a fait dire : « Laissez les enfants venir à moi, ne les empê­chez pas », nous per­mettent d’espérer qu’il y ait un che­min de salut pour les enfants morts sans Baptême » [14].

Le 20 avril 2007, la Commission théo­lo­gique inter­na­tio­nale (CTI), qui est un organe du Saint-​Siège et dépend de la Congrégation pour la doc­trine de la foi, a publié un docu­ment au sujet des limbes. Le texte, approu­vé par le pape Benoît XVI lui-​même, s’intitule Espérance du salut pour les enfants morts sans bap­tême. La thèse en est qu’il existe « des fon­de­ments théo­lo­giques sérieux » pour espé­rer que les enfants morts sans bap­tême sont des­ti­nés au para­dis et auront la vision béatifique.

La Commission théo­lo­gique recon­naît que « la théo­rie des limbes fut la doc­trine catho­lique com­mune jusque vers la moi­tié du XXe siècle » [15], mais cela ne la gêne pas de contre­dire une véri­té constam­ment ensei­gnée par l’Eglise.

Sans affir­mer avec cer­ti­tude ‒ selon la manière de faire des moder­nistes ‒ le salut des enfants morts sans bap­tême, la CTI rabaisse la doc­trine catho­lique sur les limbes au rang d’une opi­nion théo­lo­gique pos­sible, mais aujourd’hui « dépas­sée », qui est le reflet d’« une vision indû­ment res­tric­tive du salut » [16]. Le Magistère ordi­naire a‑t-​il encore une quel­conque valeur pour la CTI, puisqu’elle n’hésite pas à remettre en ques­tion et à écar­ter plus de quinze siècles de doc­trine com­mune de l’Eglise ?

Pour jus­ti­fier cette révo­lu­tion, il faut trou­ver un argu­ment. C’est l’infinie misé­ri­corde de Dieu qui sera invo­quée. On répète indé­fi­ni­ment ce ver­set de saint Paul : « Dieu veut que tous les hommes soient sau­vés » [17], sans citer la phrase tout aus­si impor­tante de Notre-​Seigneur : « En véri­té, en véri­té, à moins de renaître de l’eau et de l’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu ».

On invoque aus­si une rai­son litur­gique. La pra­tique de l’Eglise était de ne pas célé­brer les obsèques des enfants morts sans bap­tême et de ne pas prier pour eux. En effet que pourrait-​on deman­der ? Qu’ils soient heu­reux ? Ils le sont, autant qu’il leur est pos­sible. Qu’ils aient le bon­heur du Ciel ? Il ne leur est pas acces­sible. Pour contour­ner l’adage lex oran­di, lex cre­den­di, « la loi de la prière est la loi de la foi », les nova­teurs ont d’abord chan­gé la loi de la prière en inven­tant en 1970 dans la litur­gie post­con­ci­liaire un rituel de funé­railles pour ces enfants ; puis ils se servent de cette prière pour chan­ger la loi de la foi en indui­sant la nou­velle doc­trine correspondante.

A ces inno­va­tions s’applique par­fai­te­ment le juge­ment de saint Robert Bellarmin : « Ceux qui ima­ginent [pour les enfants non bap­ti­sés] un autre remède que le bap­tême sont ouver­te­ment en contra­dic­tion avec l’Evangile, les Conciles, les Pères et l’accord de l’Eglise uni­ver­selle » [18].

Cet exemple des limbes montre com­ment depuis cin­quante ans ont été trans­for­mées et réin­ter­pré­tées les véri­tés de foi les plus belles : la misé­ri­corde de Dieu envers les hommes dans l’œuvre de la Rédemption, notre union avec le Christ, l’Eglise unique arche de salut, la gra­tui­té de la grâce…

Une nouvelle théologie qui conduit à l’hérésie

Prétendre que les limbes ne sont qu’une hypo­thèse théo­lo­gique, est un gros men­songe. La doc­trine sur les limbes n’est pas de foi, c’est vrai ; mais les limbes sont une conclu­sion théo­lo­gique déduite immé­dia­te­ment de véri­tés révé­lées. On peut dire que cette doc­trine est ‒ au mini­mum ‒ une cer­ti­tude théo­lo­gique.

La véri­té est que l’existence des limbes gêne ter­ri­ble­ment tous ceux dont la foi n’est pas droite, comme les néo-​modernistes qui ne peuvent les sup­por­ter et vou­draient les jeter dans l’oubli. Ce qui se trouve en fait der­rière ce rejet, ce sont les erreurs du naturalisme :

• la néga­tion de fait du péché ori­gi­nel et de sa consé­quence : la néces­si­té du bap­tême pour les petits enfants. Ceux qui veulent nier la néces­si­té du bap­tême annulent ou mini­misent la gra­vi­té du péché originel ;

• la confu­sion de la nature et de la grâce. Pie XII, en 1950 [19], avait condam­né la « nou­velle théo­lo­gie » selon laquelle l’état sur­na­tu­rel est dû à la nature humaine. Et il y a bien chez ceux qui nient ou mettent en doute la doc­trine des limbes la pré­ten­tion que la grâce est comme due à l’homme.

Faire dis­pa­raître les limbes, c’est rui­ner la réa­li­té du péché ori­gi­nel, et la gra­tui­té abso­lue de l’ordre sur­na­tu­rel. Plusieurs véri­tés de la foi catho­lique sont donc en cause dans cette ques­tion, c’est pour­quoi elle est très importante.

En géné­ral, seuls les théo­lo­giens sont en mesure de sai­sir les erreurs plus sub­tiles ; alors qu’il est évident qu’avec les limbes, a été atteinte pour tous (et pas seule­ment pour les savants) la pos­ses­sion tran­quille d’une doc­trine cer­taine. Et en plus de la dis­pa­ri­tion des limbes dans l’enseignement, il y a la pra­tique. Les céré­mo­nies de funé­railles à l’église d’enfants non bap­ti­sés font croire qu’ils vont eux aus­si au para­dis : c’est ain­si que les fidèles les inter­prètent. L’effet d’une telle pra­tique est qu’ils sont induits à dou­ter de véri­tés de foi. On attaque la foi, et on la fait perdre aux fidèles, par le biais de la pratique.

L’importance de la doctrine des limbes

Ces idées ont tou­ché tous les milieux catho­liques, même « conser­va­teurs », comme le père abbé de Fontgombault, dom Jean Pateau, qui a publié l’an der­nier un livre sur ce sujet [20]. Dom Pateau pense qu’« il doit y avoir une sup­pléance » au bap­tême pour les enfants qui ne l’ont pas reçu. Car une fin pure­ment natu­relle pour l’homme n’est pas pos­sible, « tous sont appe­lés par Dieu à un bon­heur sur­na­tu­rel dans la com­mu­nion tri­ni­taire » [21].

On rai­sonne comme si la grâce n’était plus un don, comme si Dieu la devait aux hommes. Il faut donc réaf­fir­mer avec force l’élévation pro­di­gieuse et entiè­re­ment gra­tuite que Dieu nous donne par la grâce, qui est une par­ti­ci­pa­tion à sa propre vie. Il la donne à qui il veut : rien ne nous est dû, tout est don. La vision de l’essence divine est un don abso­lu­ment gra­tuit, qui n’est dû en aucune manière à la nature humaine, parce qu’elle sur­passe infi­ni­ment ses exi­gences et ses aspirations.

La doc­trine des limbes doit nous pous­ser à ado­rer la sainte volon­té de Dieu, et à lui rendre grâces pour ce qu’il nous a don­né gra­tui­te­ment. Il nous faut deman­der de com­prendre de mieux en mieux la gran­deur de ce qu’il nous a don­né, sans que nous l’ayons méri­té : Si tu savais le don de Dieu…

Les limbes rap­pel­le­ront tou­jours la sublime trans­cen­dance et gra­tui­té de la vie sur­na­tu­relle et de sa récom­pense divine. Comme l’enfer ren­dra gloire à Dieu en mani­fes­tant éter­nel­le­ment la jus­tice divine et la lai­deur du péché, les limbes lui ren­dront gloire en mani­fes­tant dans l’éternité la bon­té de Dieu qui a éle­vé l’homme à un état et à une fin incom­men­su­ra­ble­ment supé­rieurs à son état et à sa fin naturelle.

Cette doc­trine nous rap­pelle aus­si la néces­si­té de bap­ti­ser les enfants le plus tôt pos­sible, comme l’Eglise le demande. Cependant les parents qui n’ont pu faire bap­ti­ser leur enfant peuvent être conso­lés, car ils ont don­né la vie à un être qui vit pour l’éternité dans un bon­heur natu­rel, où il chante la gloire de Dieu.

Abbé Hervé Gresland, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X

Sources : Le Rocher n° 116 de décembre 2018 /​La Porte Latine du 20 décembre 2018

Notes de bas de page

  1. Jean 3, 5.[]
  2. Catéchisme de saint Pie X, 4e par­tie, ch. 2.[]
  3. Il semble que la mort infli­gée en haine du Christ ou de la reli­gion chré­tienne est un bap­tême de sang, même pour les petits enfants. Ainsi pense saint Thomas.[]
  4. Discours du 29 octobre 1951.[]
  5. Le car­di­nal Charles Journet écrit qu’à la ques­tion de savoir si « les nouveau-​nés morts sans bap­tême, avant l’usage de la rai­son, ont quelque autre moyen de salut, toutes les indi­ca­tions du Magistère répondent de façon conver­gente. Elles répondent : non » (La volon­té divine sal­vi­fique sur les petits enfants, Desclée, 1958, p. 160).[]
  6. Tout ce que l’on dit ici vaut aus­si pour les adultes han­di­ca­pés qui n’ont jamais eu l’usage de la rai­son. []
  7. Catéchisme du Concile de Trente, ch. 16, § 1.[]
  8. Le théo­lo­gien Albert Michel écrit que les Limbes sont une « sen­tence proche de la foi et sus­cep­tible de défi­ni­tion dog­ma­tique » (Enfants morts sans bap­tême, Paris, Téqui, 1954, p. 17).[]
  9. Il s’agit des divers écoles ou cou­rants théo­lo­giques.[]
  10. Constitution Auctorem fidei du 28 août 1794.[]
  11. C’est une véri­té de foi que « la peine du péché ori­gi­nel est la pri­va­tion de la vision de Dieu » (Innocent III, en 1201 ; DzS 780).[]
  12. In II Sent., livre II, dist. 33, q. 2, a. 2. Dans les édi­tions de la Somme théo­lo­gique, cette ques­tion se trouve dans le Supplément.[]
  13. Idem, ad 5.[]
  14. N° 1261.[]
  15. N° 26. []
  16. N° 2. []
  17. I Tim 2, 4.[]
  18. De Baptismo I, chap. I.[]
  19. Encyclique Humani gene­ris. []
  20. Le salut des enfants morts sans bap­tême (Artège, 2017).[]
  21. Entretien du 20 jan­vier 2018 avec le site lerougeetlenoir.org[]