logos-lpl-separator-blc

Camps de cadres

Plus que jamais notre monde a besoin de chefs ani­més d’un idéal solide, béné­fi­ciant de savoir-​faire recon­nus et moti­vés pour s’in­ves­tir, mal­gré l’ad­ver­si­té, dans l’a­mé­lio­ra­tion de la cité. Des pans entiers de notre socié­té attendent une nou­velle géné­ra­tion capable d’œu­vrer à sa recons­truc­tion sur des bases plus saines. Rénovation de la poli­tique, conver­sion des païens, évan­gé­li­sa­tion des ban­lieues, res­tau­ra­tion de la morale, édu­ca­tion des lais­sés pour compte, assis­tance envers ceux qui souffrent, for­ma­tion d’une élite, sont autant de chan­tiers d’en­ver­gure pour les­quels la jeu­nesse catho­lique doit ser­vir de levain.

Or nos jeunes hésitent à s’en­ga­ger dans le monde d’au­jourd’­hui, ils ont sou­vent peur de la socié­té actuelle. Si leurs frayeurs peuvent, en pre­mière approche, paraître com­pré­hen­sibles, il s’a­git pour­tant d’une atti­tude « néga­tive », peu conforme à l’i­déal chré­tien. Cet état d’es­prit crain­tif jus­ti­fie trop sou­vent un repli sur soi égoïste, au sein d’un milieu pré­ser­vé, confor­table mais cou­pé des réa­li­tés et par­fai­te­ment sté­rile. Parfois, cette crainte d’af­fron­ter les réa­li­tés entraîne même cer­tains dans une fuite en avant à la recherche de la faci­li­té où la vie n’est appré­hen­dée que dans son immé­dia­te­té, comme un jeu.

Pourtant, nos jeunes ne sont pas moins bons que leurs aînés et ce n’est pro­ba­ble­ment pas la géné­ro­si­té qui manque à la nou­velle géné­ra­tion. Il faut donc se deman­der si ce peu d’at­trait pour l’ac­tion et le manque de constance dans l’en­ga­ge­ment ne seraient pas le résul­tat d’une crainte exces­sive du monde, d’un esprit prin­ci­pa­le­ment défen­sif qui a désar­mé nos jeunes en semant dans leur esprit les graines per­verses de l’inquiétude ?

Dès le plus jeune âge, notre mode de vie est impré­gné par la socié­té de consom­ma­tion et la recherche du confort ; les épreuves sont écar­tées ou occul­tées. Nos jeunes, vivant sou­vent en vase clos, sont peut-​être, mal­gré nous, encore plus sen­sibles à ce phé­no­mène que d’autres. Le ser­vice natio­nal, tant décrié, ne constituait- il pas l’oc­ca­sion d’être confron­té à une vie plus spar­tiate, une oppor­tu­ni­té de bras­sage social, une période d’ou­ver­ture for­cée à la réa­li­té qui faci­li­tait le pas­sage à l’âge adulte ?

Devant ce constat par­ta­gé par beau­coup, il sem­blait oppor­tun et néces­saire que la « Tradition » s’en­ga­geât pour mieux moti­ver les jeunes à l’en­trée du monde adulte. Au-​delà de l’in­tel­li­gence, il s’a­git de for­ger des hommes, aptes aux res­pon­sa­bi­li­tés, capables de prendre le risque de l’en­ga­ge­ment et suf­fi­sam­ment solides pour s’y tenir dans l’adversité.

Une école de dépassement de soi

Sous l’im­pul­sion de M. l’ab­bé Régis de Cacqueray et fort du sou­tien de Mgr Bernard Fellay, le dis­trict de France, avec l’aide d’un groupe de laïcs, a conçu un camp de cadres, com­plé­men­taire des écoles et des dif­fé­rents mou­ve­ments, dont les objec­tifs et les acti­vi­tés se dif­fé­ren­cient net­te­ment des camps déjà exis­tants. La for­ma­tion dis­pen­sée s’ar­ti­cule autour de quatre axes fondamentaux.

Sur le plan phy­sique, les acti­vi­tés les plus variées se suc­cèdent sur plu­sieurs semaines : ini­tia­tion au sport de contact pour apprendre la com­ba­ti­vi­té ; spé­léo­lo­gie, accro­branches et esca­lade pour la maî­trise de soi ; raids et bivouacs pour la rus­ti­ci­té ; marche et exer­cice de nuit pour vaincre la fatigue.

Si les acti­vi­tés sont à la por­tée de tous, le niveau est suf­fi­sam­ment éle­vé et le rythme intense pour que cha­cun ait l’oc­ca­sion de se dépas­ser. L’objectif n’est pas de déve­lop­per une apti­tude phy­sique ou spor­tive par­ti­cu­lière mais d’ap­prendre à repous­ser ses limites et à sup­por­ter les dif­fi­cul­tés. Au-​delà de l’ef­fort, l’ou­bli de soi est recher­ché. Il s’a­git d’en­dur­cir les corps et les volontés.

Amour des hommes en déshérence et soif d’action.

En pre­mier lieu, il importe d’ou­vrir les yeux sur les aspects déstruc­tu­rés de notre socié­té. La pré­sen­ta­tion des pro­blèmes sociaux per­met d’en décou­vrir la face cachée et de réflé­chir sur les remèdes.

Experts et témoins sen­si­bi­lisent nos jeunes à tra­vers des échanges appro­fon­dis sans aucun tabou. Ainsi sont abor­dés les sujets sen­sibles : ban­lieues, drogue, mœurs, bioé­thique, sata­nisme, isla­misme, racisme… À titre d’exemple, dif­fé­rents mou­ve­ments viennent témoi­gner de leur enga­ge­ment et pré­sentent leurs actions : Civitas jeunes, MJCF, Rosa Mystica, SOS Maman, Chevaliers de Notre Dame.

Les fon­de­ments de l’en­ga­ge­ment dans la cité sont aus­si abor­dés avec l’é­tude et la res­ti­tu­tion par les jeunes d’un ouvrage qui per­met non seule­ment de sus­ci­ter l’in­té­rêt pour la for­ma­tion doc­tri­nale mais aus­si de décou­vrir les clés de l’or­ga­ni­sa­tion d’un cercle d’étude.

Autorité et vie intérieure

Chaque jour, y com­pris sur le ter­rain, une facette de l’au­to­ri­té est pré­sen­tée. Tout au long du camp est déve­lop­pée la métho­do­lo­gie de l’ac­tion, depuis l’a­na­lyse de la pro­blé­ma­tique, à l’ex­pres­sion des consignes, en pas­sant par la concer­ta­tion et la prise de déci­sion. De même, une réflexion de fond est ini­tiée sur la nature et les formes d’au­to­ri­té, sur les limites et le bien fon­dé de l’es­prit de dis­ci­pline. Un module pra­tique de haut niveau per­met pen­dant deux jours, à tra­vers des exer­cices nom­breux et des mises en situa­tion variées, d’être confron­té aux dif­fé­rents aspects du com­man­de­ment et de l’or­ga­ni­sa­tion d’une action. Enfin, tout au long du camp, les jeunes se relaient pour tenir des postes de chef d’é­quipe, gui­dés mais aus­si appré­ciés et ins­truits, au fur et à mesure, par l’en­ca­dre­ment. En com­plé­ment, une for­ma­tion à la com­mu­ni­ca­tion les ouvre au monde des médias et les forme aux tech­niques d’ex­pres­sion orale.

« Âme de tout apos­to­lat », le domaine spi­ri­tuel est favo­ri­sé tout au long du camp. La pré­sence per­ma­nente des aumô­niers per­met une direc­tion per­son­na­li­sée. L’accent est mis sur la pra­tique des dif­fé­rentes formes d’o­rai­sons pos­sibles, au cœur d’une vie d’ac­tion sou­vent dense et fatigante.

L’endurcissement per­son­nel pour for­ti­fier la nature, la connais­sance de la socié­té avec ses aspects déstruc­tu­rés afin de faire gran­dir le désir d’en­ga­ge­ment, l’ap­pren­tis­sage de l’ac­tion pour déve­lop­per les apti­tudes au com­man­de­ment, le cou­ron­ne­ment de l’en­semble par une vie spi­ri­tuelle pro­fonde, consti­tuent les défis rele­vés par le camp de cadres.

Une pédagogie adaptée

Développer l’har­mo­nie entre le corps et l’âme, l’in­tel­li­gence et la volon­té, pour obte­nir une per­son­na­li­té équi­li­brée, néces­site une démarche péda­go­gique adap­tée. Cette approche spé­ci­fique, qui ne s’ap­pa­rente ni à l’é­cole clas­sique, ni aux stages de for­ma­tion habi­tuels, est vali­dée aujourd’­hui par les suc­cès obte­nus lors des deux pre­miers camps.

Il ne s’a­git pas d’un camp des­ti­né à apprendre ou convaincre, mais davan­tage d’un camp de réflexion où le jeune, acteur prin­ci­pal de sa for­ma­tion, s’in­ves­tit per­son­nel­le­ment pour appro­fon­dir ses propres convic­tions et, in fine, prendre des réso­lu­tions concrètes afin de construire sa vie d’homme.

Les séances d’ins­truc­tion aca­dé­mique sont évi­tées ou réduites au strict mini­mum pour lais­ser la place à un ensei­gne­ment moins for­mel, sur le ter­rain, à base de cas concrets, d’exer­cices pra­tiques et de conseils personnalisés.

Dans tous les domaines, mais en par­ti­cu­lier sur le plan phy­sique, la pro­gres­si­vi­té est la règle pour ame­ner la tota­li­té des jeunes le plus loin pos­sible. L’investissement per­ma­nent de l’en­ca­dre­ment per­met de gui­der et d’ac­com­pa­gner ceux qui en éprouvent le besoin sans bais­ser le niveau d’exigence.

Responsabilité et confiance en soi

Dans toutes les acti­vi­tés, la res­pon­sa­bi­li­sa­tion des jeunes est la norme. Ils sont dès que pos­sible mis en situa­tion de com­man­de­ment comme chef d’é­quipe, res­pon­sable d’ac­ti­vi­té. L’encadrement s’ef­face pro­gres­si­ve­ment pour lais­ser faire en gui­dant et contrôlant.

Quelle que soit la dif­fi­cul­té des exer­cices, la réus­site est recher­chée pour ter­mi­ner tou­jours sur du « posi­tif », si besoin en pre­nant du temps ou en rejouant les phases indis­pen­sables. La mise en confiance est au cœur du camp, sans que soit écar­tée d’ailleurs la cri­tique construc­tive. Ainsi, le jeune prend pro­gres­si­ve­ment conscience qu’il peut réus­sir, qu’il est capable d’a­gir, qu’il est apte à deve­nir un chef.

Au-​delà du savoir, il s’a­git de déve­lop­per le savoir-​faire et le savoir être, c’est-​à-​dire les convic­tions et les apti­tudes pro­fondes. Grâce à cette péda­go­gie ori­gi­nale, nos jeunes chefs apprennent avec bon­heur à se faire vio­lence pour entre­prendre, à souf­frir pour réus­sir, à sacri­fier le som­meil pour répondre pré­sent, à se dépas­ser même lors­qu’ils auraient des rai­sons d’abandonner.

Un bilan prometteur

En juillet 2010, cette école de dépas­se­ment de soi, s’a­dres­sant à des jeunes gens de 18 à 25 ans, a eu lieu dans la région de Montréal-​de-​l’Aude. Pour la 2ème édi­tion, elle a ren­con­tré, une nou­velle fois, un plein suc­cès, confir­mant la vali­di­té des axes péda­go­giques retenus.

À la fin du camp, après un raid dif­fi­cile qui les a menés sur le som­met des Pyrénées-​Orientales et avant l’en­voi en mis­sion pro­non­cé par le supé­rieur du dis­trict, chaque jeune a béné­fi­cié d’un double débrie­fing indi­vi­dua­li­sé. D’abord au « natu­rel », un entre­tien, conduit par la direc­tion du camp, a per­mis de faire le point de leurs atouts pour iden­ti­fier des réso­lu­tions concrètes d’en­ga­ge­ment. Puis, pour le « for interne », une direc­tion per­son­na­li­sée par l’un des aumô­niers est l’oc­ca­sion pour chaque jeune de construire sa vie spi­ri­tuelle en adulte.

Des jeunes enthousiastes

Venus d’ho­ri­zon divers, sans tou­jours être ini­tia­le­ment très moti­vés, les jeunes ayant sui­vi le camp 2010 sont repar­tis enthou­sias­més. Impressionnés par le niveau de la for­ma­tion et par la qua­li­té des inter­ve­nants, ils se consi­dèrent mieux armés pour s’en­ga­ger dans l’ac­tion. Ils ont sur­tout le désir d’ap­por­ter leur contri­bu­tion au ser­vice des autres.

La « Tradition » dis­pose main­te­nant d’une véri­table école de chefs qui pour­ra pro­fi­ter à tous les mou­ve­ments, mais aus­si à cha­cun des prieu­rés. Le camp de cadres consti­tue un creu­set en mesure de for­ger une géné­ra­tion de jeunes moti­vés, prêts mora­le­ment et pra­ti­que­ment à s’en­ga­ger dans la vie. Il importe que les parents, les édu­ca­teurs, les prêtres motivent les jeunes pour suivre cette for­ma­tion. Il ne s’a­git pas en effet d’un camp ludique et des hési­ta­tions devant l’exi­gence atten­due sont compréhensibles.

Une impulsion décisive

Le concept du camp de cadres paraî­tra cer­tai­ne­ment ambi­tieux, le bilan pour­rait même sem­bler pré­ten­tieux. De fait, on ne change pas une édu­ca­tion ou une per­son­na­li­té en quelques semaines. Mais dans la période char­nière entre le sys­tème sco­laire et la vie d’a­dulte, des orien­ta­tions prises peuvent condi­tion­ner toute l’exis­tence. À l’ins­tar d’une retraite, le camp donne à nos jeunes une impul­sion déci­sive pour orien­ter leur vie d’homme en adultes res­pon­sables, enga­gés dans la cité, au ser­vice des autres et de l’Église.

Si les résul­tats sont déjà pro­met­teurs, il fau­dra néan­moins pro­lon­ger l’ac­tion béné­fique du camp en aidant nos jeunes à uti­li­ser les com­pé­tences acquises, en encou­ra­geant les volon­tés, en confiant des res­pon­sa­bi­li­tés plus impor­tantes à la jeune génération…

Pour conclure, nous sommes tous des­ti­nés à tenir la place de chef, cha­cun à son niveau, ne serait-​ce que celle de chef de famille. Tous, nous avons comme devoir impé­rieux de nous inves­tir dans la ré-​évangélisation de notre socié­té, cha­cun dans son domaine.

« Pour venir à bout des choses, le pre­mier pas est de les croire pos­sibles » esti­mait Louis XIV, tel est l’es­prit du camp, avec pour pro­gramme l’a­dage « croire et vou­loir, c’est pouvoir ».

À l’ins­tar de sainte Jeanne d’Arc qui, lorsque tout sem­blait s’é­crou­ler autour d’elle et alors que rien ne la pré­des­ti­nait à rele­ver la socié­té, est deve­nue chef de guerre et âme de la res­tau­ra­tion du royaume, nous devons et nous pou­vons nous aus­si rele­ver le défi d’au­jourd’­hui et enga­ger notre jeu­nesse dans l’ac­tion de reconquête.

Par consé­quent, rendez-​vous est don­né au plus grand nombre pour le camp de cadres 2011 qui se dérou­le­ra l’é­té pro­chain, du 15 au 31 juillet dans la région de Carcassonne.

Christian d’Hauterives

Extrait de Fideliter n° 199 de janvier-​février 2011