Credo n° 190 – Décembre 2008-​janvier 2009

Chers amis,

« Bienheureux Pie XII, priez pour nous ! »: Pourrons-​nous bien­tôt faire cette invo­ca­tion ? Benoit XVI, bien que favo­rable à la béa­ti­fi­ca­tion du « Pasteur Angélique », l’a encore retar­dée pour ne pas déplaire à « nos grands frères dans la foi ». 
Dans le pré­cé­dent CREDO, vous avez lu un ser­mon fon­da­men­tal de Mgr Fellay, ain­si que l’ac­tion d’un pape, St Pie V, pour arrê­ter l’in­va­sion Ottomane. Dans ce numéro-​ci, nous vous pro­po­sons le ser­mon qu’un autre évêque, le Bx Von Galen, pro­non­ça le 3 août 1941 à Münster, ville au cœur le l’Allemagne Nationale-socialiste.
Mais d’a­bord décou­vrons ensemble notre « Pasteur Angélique », tel que nous le montre dans son livre Pie XII, mon pri­vi­lège fut de le ser­vir, sœur Pascalina Lehnart (édtions Tequi). Cette reli­gieuse fut appe­lée à la non­cia­ture de Munich en 1918 pour être gou­ver­nante et secré­taire du Nonce, Eugénio Pacelli. Elle res­te­ra à ce poste jus­qu’à la mort de celui qui devien­dra Pie XII.
Le Nonce se repo­sait sou­vent à Roschach, ville proche de Menzingen. Losrqu’il venait dans cette der­nière ville il y célé­brait la messe pon­ti­fi­cale dans l’é­glise parois­siale. La Maison-​Mère de la FSSPX est dans cette ville et bien qu’elle ne soit pas dans les même bâti­ments que ceux de sœur Paulina, il ne fait aucun doute que l’i­mage, le sou­ve­nir du célèbre Nonce doivent être pré­sents aujourd’­hui encore dans cette bour­gade deve­nue historique.
Feuilletons main­te­nant ce livre passionnant :

L’Allemagne d’Hitler :

Page 51 : « Une chose pré­oc­cu­pait beau­coup le Nonce lors­qu’il quit­ta l’Allemagne : la mon­tée du national-​socialisme ; Comme il avait bien, à l’é­poque déjà, per­cé le per­son­nage d’Hitler, ne ces­sant de mettre l’o­pi­nion en garde contre le dan­ger qui mena­çait le peuple alle­mand. On ne vou­lait pas le croire, et des per­son­na­li­tés de toutes pro­fes­sions et de toutes classes sociales dirent au Nonce, lors de son départ, ce qu’elles atten­daient d’Hitler : le redres­se­ment et la gran­deur du peuple alle­mand. Elles ne vou­laient pas com­prendre que le Nonce ne fût pas d’ac­cord avec elles sur ce point. Un jour, je deman­dai au Nonce si cet homme ne pour­rait tout de même pas avoir quelque chose de bon et sor­tir l’Allemagne de l’or­nière… Mais son excel­lence hocha la tête, en disant : « Ou bien je me trompe vrai­ment beau­coup, ou bien tout cela ne se ter­mi­ne­ra pas bien. Cet être-​là est entiè­re­ment pos­sé­dé de lui-​même : tout ce qui ne lui est d’au­cun ser­vice, il le rejette ; tout ce qu’il dit et écrit porte l’empreinte de son égoïsme ; c’est un homme à enjam­ber des cadavres et à fou­ler aux pieds ce qui est en tra­vers de son che­min – je n’ar­rive pas à com­prendre que tant de gens en Allemagne, même par­mi les meilleurs, ne voient pas cela, ou du moins ne tirent aucune leçon de ce qu’il écrit et dit. ‑Qui, par­mi tous ces gens, a seule­ment lu ce livre à faire dres­ser les che­veux sur la tête qu’est Mein Kampf?… » Plus tard, lorsque l’un de ces hit­lé­riens de l’é­poque vint à Rome, il me décla­ra : « Quelle ter­rible misère, quelle humi­lia­tion, quel opprobre ne nous auraient-​ils pas épar­gnés, si en son temps nous avions écou­té le Nonce Pacelli ! »

Page 66 : « La situa­tion en Allemagne, en par­ti­cu­lier dans le domaine reli­gieux, devint tou­jours plus insou­te­nable, et Pie XI se déci­da à publier une ency­clique. Il savait très exac­te­ment que per­sonne ne connais­sait la situa­tion mieux que son secré­taire d’Etat, et il lui confia ce tra­vail. Comme dans tout ce que fai­sait le car­di­nal Pacelli, on com­men­ça d’a­bord par prendre les ren­sei­gne­ments les plus pré­cis. Il ne fal­lait rien négli­ger, rien omettre. Comme tout fut pesé, étu­dié ! Comme le car­di­nal Faulhaber se trou­vait jus­te­ment, lui aus­si à Rome, le secré­taire d” Etat le fit venir, et je me rap­pelle bien que les deux hommes revirent encore une fois tout le tra­vail dans l’ap­par­te­ment pri­vé du Cardinal, avant que le pro­jet du secré­taire d’Etat fût sou­mis au Saint-​Père. C’est que l’é­vo­lu­tion funeste de l’Allemagne avait fait déjà souf­frir le car­di­nal Pacelli durant toutes ces années où il lui avait fal­lu voir ce qu’Hitler essayait de faire d’un peuple que lui-​même, pen­dant une si longue période, avait appris à connaître, à esti­mer et à aimer.

« En mars 1937, l’en­cy­clique Mit bren­nen­der Sorge écla­ta comme un coup de ton­nerre, non seule­ment en Allemagne, mais dans le monde entier, et révé­la la ter­rible situa­tion. La rage sans bornes avec laquelle ce docu­ment capi­tal pour l’his­toire du monde fut accueilli et avec laquelle on y répon­dit, démontre bien à quel point Hitler et sa suite se sen­tirent tou­chés. Dieu mer­ci, le chef suprême de l’Eglise avait à ses côtés un homme duquel Hitler ne pou­vait pas affir­mer qu’il ne connût pas l’Allemagne et les Allemands.

Page 172 : « un jour que les car­di­naux nou­vel­le­ment créés se trou­vaient à Rome, je ren­con­trai tout à fait par hasard le car­di­nal Von Galen : « Venez avec moi, me dit-​il avec son affa­bi­li­té habi­tuelle, il faut que je vous raconte une belle chose ». Lorsque nous nous fûmes assis, il me racon­ta com­ment Pie XII lui avait répé­té de mémoire divers pas­sages des ser­mons faits par lui du temps de Hitler, comme si le Pape les avait appris par cœur ; le Saint-​Père n’a­vait pas ces­sé de le remer­cier pour tout ce qu’il avait fait, souf­fert et endu­ré, et avait mon­tré com­bien il s’é­tait asso­cié aux évé­ne­ments et aux épreuves de tous. Il m’a rap­pe­lé beau­coup de choses que j’a­vais moi-​même oubliées depuis long­temps. – « Oui, Saint-​Père, lui dis-​je, mais com­bien de mes meilleurs prêtres n’ai-​je pas envoyés en camp de concen­tra­tion, et même à la mort, pour avoir répan­du mes ser­mons ! » Pie XII dit que c’é­tait jus­te­ment la ter­rible cer­ti­tude de savoir que des repré­sailles seraient exer­cées sur des mil­liers de gens qui l’a­vait, lui aus­si, si sou­vent contraint de se taire. … Ce fut une ren­contre si cor­diale, si ami­cale que je n’a­vais pas remar­qué qu’il s’é­tait écou­lé plus de deux heures ». Les yeux humides le car­di­nal conclut en ces termes : « Pour rien au monde, je ne vou­drais avoir man­qué ces deux heures ! Même pas pour la pourpre ! »

La Sainte Messe du Nonce :

Page 14 : « Ce fut une expé­rience mer­veilleuse, qui ne ces­sa de se renou­ve­ler pen­dant qua­rante ans. A elle seule, son appa­ri­tion, dans cette cha­pelle par­ti­cu­lière toute simple, don­nait à l’en­semble une note solen­nelle. Il y avait sa génu­flexion – magni­fique témoi­gnage de sa foi ; son signe de croix – sou­ve­rain, et cepen­dant plein de modes­tie ; sa façon de se pré­pa­rer, de revê­tir les habits litur­giques -, et puis… la sainte messe ! C’était une véri­table redé­cou­verte – si bou­le­ver­sante, si convain­cante qu’elle vous com­blait de ravis­se­ment et vous don­nait la cer­ti­tude qu’il ne pou­vait y avoir nulle part d’autre Vérité que celle-​là – même si l’on ne pen­sait pas cela exac­te­ment en ces termes, mais plu­tôt que l’on sen­tit seule­ment que tout, ici, était abso­lu­ment authen­tique. Après cette pre­mière célé­bra­tion en com­mun, je ne man­quai plus une occa­sion, durant toutes ces qua­rante années et plus d’as­sis­ter à sa messe.

« Mais je n’é­tais pas la seule à en gar­der pareille impres­sion. Lors du Katholikentag de Munich, le 27 août 1922, au cours duquel l’ar­che­vêque de l’é­poque, Mgr Michael von Faulhaber, pro­non­ça un dis­cours, ce fut le nonce qui célé­bra la grand-​messe pon­ti­fi­cale. Après la céré­mo­nie, l’ar­che­vêque vint aus­si­tôt me trou­ver à la non­cia­ture et me dit : « J’ai assis­té à la messe la plus bou­le­ver­sante de ma vie. Il n’y a qu’un saint pour la célé­brer ain­si ! » Sur quoi, je répon­dis : « C’est chaque jour le même évé­ne­ment, Excellence ! »

Page 23 : « Lorsque son Excellence se trou­vait dans la mai­son et y célé­brait la messe conven­tuelle, aucun des enfants ne man­quait à la cha­pelle, même le jour de la semaine où ils avaient le droit de faire la grasse mati­née. Et l’on n’in­ven­tait plus de pré­texte, non plus, pour man­quer le cha­pe­let chaque soir. Comme il était édi­fiant pour les enfants de voir le pro­fond recueille­ment avec lequel le Nonce offi­ciait ou réci­tait le cha­pe­let ! Et si, d’abord,ils n’y allèrent que parce qu”« Il » était là, par la suite, ils disaient eux-​mêmes qu’ils avaient appris à aimer la prière devant l’exemple convain­cant qu’il leur don­nait. Bien des années plus tard, une ancienne élève de Stella Maris m’é­cri­vait encore : « … Si je n’ai jamais connu l’é­chec dans ma foi ; si j’ai tou­jours, au milieu d’un entou­rage sans reli­gion, pu main­te­nir bien haut mon idéal ; si je le main­tien aujourd’­hui dans ma famille et le trans­mets à mes enfants – je le dois au magni­fique exemple que le Nonce Pacelli nous a don­né à Stella Maris, lorsque j’é­tais enfant. »

Page 28 : « A la non­cia­ture de Munich, Frère Andréas ser­vait très bien la messe, avec beau­coup de digni­té, et comme je lui en fai­sais un jour la remarque, il eut cette réflexion : « Regardez Son Excellence, il dit la messe comme un saint, alors on n’a plus qu’à s’appliquer. »

Page 56 : « Quels beaux moments offrait le début de mati­née avec la messe… Pour elle, le car­di­nal a tou­jours assez de temps. Rien ne peut venir lui rac­cour­cir cette heure, même si le tra­vail presse. Et sa « jour­née » se ter­mine à 2 heures du matin !

Jean BOJO

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« CREDO, revue bimes­trielle, com­po­sée par des laïcs, n’est pas une revue d’ac­tua­li­té mais veut être, tant dans le domaine spi­ri­tuel que tem­po­rel, un sti­mu­lant pour les fidèles, un ciment pour sou­te­nir la foi catho­lique, main­te­nir la Messe de tou­jours et trans­mettre toute la Révélation et la Tradition de l’Eglise Catholique, dans le sillage de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie‑X. »

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