L’été d’hier

Ce poème est le cri du coeur d’un prêtre catho­lique en pleine crise de l’Eglise.

Et le merle chan­tait près de la ber­ge­rie
Joie au soleil d’un jour, d’un jour sans len­de­main
Exaltant son bon­heur, loin de l’homme inhu­main…
Et chaque fleur s’ou­vrait, belle, et sans crânerie… 

Vallon du sou­ve­nir… émou­vante caresse
Silence lumi­neux… que l’an­goisse étrei­gnait,
Où l’on a vu som­brer l’astre qui s’é­tei­gnait,
Sentant mon­ter en soi l’im­pla­cable détresse…

Sans pou­voir arrê­ter cette marche acca­blante,
Cette course du mal, régnant sur l’u­ni­vers,
Ne lais­sant nul répit au seuil de nos hivers,
Je dési­rais le Ciel, ô terre délirante…

Dès l’é­veil du prin­temps se déro­bait l’au­rore
Près des bour­geons hâtifs s’é­ri­geait un lin­ceul
L’oiseau n’a plus chan­té : neige et nature en deuil,
La gelée a rom­pu des fleurs prêtes d’éclore…

Présage d’a­ve­nir, cher moi­neau qui trem­blote !
Ayant froid, ayant faim… ton nid reste un tom­beau !
Nous cher­chons, comme toi, l’é­té d’hier trop beau !
Mais l’ange noir per­siste… et mon âme sanglote !

YAWHE, rendez-​nous la vibrante allé­gresse !
Donnez à vos enfants cette foi de jadis
Procurant un reflet d’é­ter­nel para­dis,
L’Eglise veut revivre… et ban­nir la tristesse.

Abbé Louis Coache

Flavigny, Maison Lacordaire, 19 mars 1975.

Source : La Blanche Hermine n°123

L’abbé Louis Coache (1920–1994) est une figure du com­bat de la Tradition en France. Il fut curé de Montjavoult (Oise) mais, étant ardem­ment oppo­sé aux réformes moder­nistes liées au concile Vatican II, son évêque le des­ti­tua en 1969. Il fonde alors la revue Le Combat de la foi, se rap­proche de Mgr Lefebvre et par­ti­cipe à la prise de l’é­glise Saint-​Nicolas-​du-​Chardonnet en 1977. Initiateur de nom­breux pèle­ri­nages, il est éga­le­ment fon­da­teur d’un couvent des Petites Sœurs de saint François d’Assise, dont sa propre sœur, Mère Thérèse-​Marie Coache, devint la supé­rieure. C’est lui qui légua à la Fraternité Saint-​Pie X la mai­son du Moulin du Pin et la Maison Lacordaire à Flavigny (aujourd’­hui deve­nue un séminaire).