Chemin de croix du Vendredi Saint

« A sa nais­sance, le Christ s’est don­né comme com­pa­gnon, au repas comme ali­ment, par sa mort comme rançon, 
en régnant, il se donne en récom­pense. » (Saint Thomas d’Aquin, Hymne des Laudes de la fête du Très Saint Sacrement).

Introduction

Dans le plan divin de la réa­li­sa­tion de notre salut, les évé­ne­ments de la nuit du Jeudi-​Saint sont insé­pa­rables des grands moments du che­min de croix historique.

Au terme de ce drame, tri­bu­taire, dans son cours, du caprice de la liber­té de ses agents humains et sata­niques, mais néces­sai­re­ment domi­né et réglé par la volon­té divine, il y a une mise à mort autant subie que maî­tri­sée : subie parce qu’agissent des bour­reaux arbi­traires ou en fonc­tion, maî­tri­sée parce que le mou­rant est une per­sonne divine. Une telle mort, atroce et sublime à la fois, appose un sceau volon­taire à la vie qu’elle arrête.

Aussi, tout du côté du Sauveur, durant ces heures mémo­rables de l’institution de l’eucharistie et du sacer­doce, de l’agonie à Gethsémani, des tri­bu­naux noc­turnes ou en plein jour, des sévices phy­siques, des vexa­tions, du che­min de la croix pro­pre­ment dit et de la cru­ci­fixion, tout chez le Sauveur, ses gestes, ses paroles, ses regards, ses silences, a valeur testamentaire.

De sta­tion com­mé­mo­ra­tive en sta­tion com­mé­mo­ra­tive, pro­gres­sant men­ta­le­ment, spi­ri­tuel­le­ment, dans la Voie dou­lou­reuse, recueillons ce legs salu­taire avec pié­té, contri­tion et reconnaissance.

Première station : Jésus est condamné mort.

Nous assis­tons sous le ciel aux plus grandes assises de toute l’histoire, pas­sée, pré­sente et à venir, de l’humanité. Le Dieu fait homme, le Messie, Jésus (nom dont la signi­fi­ca­tion hébraïque est sau­veur), l’homme sans péché, l’innocent abso­lu, le reli­gieux par excel­lence, le prêtre par­fait, le légis­la­teur suprême, le juge impar­tial et misé­ri­cor­dieux, la source de toute auto­ri­té, est jugé par un tri­bu­nal reli­gieux et par un tri­bu­nal civil.

Nous admi­rons la maî­trise du divin accu­sé, sa condes­cen­dance, sa patience, sa bon­té, sa dou­ceur. Il ne cesse d’enseigner serei­ne­ment, de cher­cher à ouvrir les cœurs, en veillant par ses silences à ne pas alour­dir les consciences dévoyées et coupables.

Nous ne sommes pas éton­nés de ce que de graves ques­tions aient étés abor­dées là : celle de la reli­gion et celle de la poli­tique qui ne peuvent se résoudre sans l’amour et la recherche de la véri­té ; celle de la super­sti­tion qui conduit à un effroi imbé­cile ; celle de l’autorité sur autrui qui ne peut venir que d’en-haut ; celle de la ver­tu de jus­tice qui requiert d’assumer ses responsabilités.

Dieu le Père n’a pas envoyé douze légions d’anges. Ponce Pilate ne tint pas compte de la prière de sa femme. Alors, au terme des débats, des confron­ta­tions, des ater­moie­ments, des men­songes et des agi­ta­tions de foules, les vain­queurs appa­rents sont, du côté des chefs reli­gieux, le refus obs­ti­né de croire, l’hypocrisie, la jalou­sie et la cruau­té ; du côté du gou­ver­neur romain, l’indifférence à la véri­té, le mépris des per­sonnes, la crainte pour sa place et la veu­le­rie. Dans une cer­taine mesure, d’une cer­taine manière, nous sommes soli­daires de ce monde misérable.

Jésus, dont la digni­té plane au-​dessus des ces eaux fan­geuses, est condam­né à mort et va être exé­cu­té, exé­cu­té… pour que nous soyons libé­rés du péché et de la mort. Quel mys­té­rieux paradoxe.

Pardon, Seigneur, pour nos entê­te­ments, nos égoïsmes et nos lâche­tés. Seigneur, faites que nous tirions pro­fit, en vous, des injus­tices que nous avons à subir.

Deuxième station : Jésus est chargé de sa croix.

Epuisé de fatigue phy­sique, de vexa­tions morales, de tour­ments d’esprit et de cœur, Jésus est char­gé de la croix de son exé­cu­tion. A lui de la por­ter jusqu’au Calvaire, aux yeux de tous, en signe de sa répro­ba­tion reli­gieuse et civile, à tra­vers l’encombrement des rues et l’empressement des curieux de plus en plus nom­breux. Elle est le lourd ins­tru­ment de son igno­mi­nieux et atroce supplice.

Mais, ne l’oublions pas, c’est une per­sonne divine qui la porte en accom­plis­se­ment d’un décret éter­nel. « Béni est le bois qui sert à la jus­tice », pouvait-​on lire depuis plus cent cin­quante ans dans le livre de la Sagesse (Sag 14, 7). Le voi­là ce bois du salut, pro­phé­ti­sé, mys­té­rieux aux âmes pieuses et atten­du par elles, l’arbre odieux et sanc­ti­fié sur lequel va s’opérer toute la jus­tice de l’humanité à l’égard de Dieu. Le début du che­min de la croix est au début tem­po­rel de la nou­velle his­toire de l’humanité, de l’histoire de cette huma­ni­té renou­ve­lée qui est l’Eglise catho­lique. Dans l’histoire humaine, c’est au moyen de l’arbre de la connais­sance du bien et du mal que fut com­mise la pre­mière injus­tice — la plus grande de toutes les injus­tices avec celle de la mort du Sauveur —, condam­nant les autres hommes, la Vierge Marie exemp­tée, à la loi du péché ori­gi­nel. Voilà cet arbre rem­pla­cé par l’arbre de la croix, au moyen duquel la rédemp­tion de l’humanité va s’accomplir.

Selon l’enseignement de l’Apôtre saint Paul (Col 1, 24), il nous faut com­plé­ter, dans notre chair et dans notre âme, ce qui manque aux souf­frances du divin Crucifié pour l’Eglise. Cessons de nous plaindre de nos épreuves. Que tout nous serve à l’application de la rédemp­tion en nous et dans le prochain.

Troisième station : Jésus tombe sous le poids de sa croix.

Jésus fait par­tie d’un cor­tège de trois condam­nés. Deux mal­fai­teurs che­minent avec lui, char­gés comme lui, oscil­lant sous le bois comme lui. Leur condam­na­tion de droit com­mun se mélange, pour la dépré­cier, à celle du Christ qui est d’ordre reli­gieux et poli­tique. Décidément, aucune humi­lia­tion n’est épar­gnée à notre Seigneur.

A bout de force, parce qu’il a une véri­table nature humaine et pour la mani­fes­ter, Jésus s’effondre sur la pente pous­sié­reuse et rocailleuse qui conduit au Golgotha. Surtout, il se relève cou­ra­geu­se­ment et, déter­mi­né, reprend sa rude ascension.

« L’homme sort pour son ouvrage et pour son tra­vail jus­qu’au soir », la tâche accom­plie, dit le psal­miste (Ps 103, 23). Le Christ s’est levé dans la nuit de Noël. Voilà qu’approche l’heure de son retour en Dieu qui son­ne­ra le plein accom­plis­se­ment du devoir, celle qu’il pro­cla­ma, devant sa mère aux noces de Cana, comme étant son heure. Pour hono­rer l’institution de l’Eucharistie au cours de la nuit du Jeudi-​Saint his­to­rique, saint Thomas d’Aquin a écrit « Le Verbe, venant du ciel, sans quit­ter la droite de son Père, se ren­dant à son tra­vail, arrive au soir de sa vie » (Hymne des Laudes de la fête du Très Saint Sacrement). Au début de l’après-midi du Vendredi-​Saint, dans l’obscurité sur­ve­nue en plein jour, il sera le défunt en toute per­fec­tion, celui qui, selon le sens même du mot latin defunc­tus, a obser­vé plei­ne­ment sa fonc­tion, celui qui s’est acquit­té par­fai­te­ment de sa mis­sion. Aussi, avant de rendre l’esprit à son Père, dira-​t-​il : « Consummatum est ».

Notre vie est un pèle­ri­nage vers le sanc­tuaire éter­nel des élus. Elle a par­fois la forme d’un che­min de croix. C’est alors qu’il faut sur­na­tu­rel­le­ment l’unir et l’ajuster à la voie dou­lou­reuse et sacrée du divin Supplicié. Alors cou­rage. Debout, allons. Accomplissons jusqu’à la fin les pro­messes de notre bap­tême, de notre confir­ma­tion, de notre pro­fes­sion de foi, de notre pro­messe scoute, que sais-​je… , et celles de nos autres enga­ge­ments solen­nels d’adultes : ceux du mariage ou de la pro­fes­sion reli­gieuse ou du sacer­doce. En somme et pour tous, sem­per et ubique, tou­jours et par­tout, accom­plis­sons nos pro­messes de bons chrétiens.

Quatrième station : Jésus rencontre sa très sainte mère.

« Il est bon que l’homme ne soit pas seul », décla­rait Dieu devant Adam qu’il venait de créer (Gn 2, 18). C’est un ordre de choses : celui du couple humain et de la famille à éma­ner de lui. La bon­té ori­gi­nelle requer­rait Eve, l’universelle mère des vivants. Il est bon pour l’homme de n’être pas seul et il est bon pour celle par qui l’homme ne sera pas seul d’être avec lui : Eve devait être une par­faite bon­té pour Adam et Adam devait être une pleine bon­té pour Eve.

Cette règle est sus­cep­tible d’être inter­pré­tée par rap­port à Jésus et à sa mère. Il était bon pour Jésus qu’il eût sa mère. Il fut et il est éter­nel­le­ment bon à Marie d’avoir Jésus pour fils unique et d’être auprès de lui. Voulue divi­ne­ment comme mère à l’entrée du Verbe dans ce monde, Marie a vou­lu accom­pa­gner son fils jusqu’à sa sor­tie de ce monde. Elle est là sur le che­min dou­lou­reux. Elle connaît les déchi­re­ments indi­cibles de celle qui voit le plus ché­ris­sable des fils atro­ce­ment mal­trai­té. En même temps, à un autre niveau, et sans que sa peine humaine en soit dimi­nuée, elle connaît les hau­teurs sublimes et conso­lantes de l’oblation volon­taire. Eminemment rem­plie de l’esprit sacer­do­tal, la Vierge offre son fils en sacri­fice, avec plein acquies­ce­ment de la volon­té divine, donc de celle de son fils.

Mais enfin elle est mère et elle souffre. Son fils souffre de ce qu’elle souffre, d’autant qu’elle souffre en rai­son de ce qu’il veut souf­frir pour la gloire de son Père et pour nous. Et elle le console, car son accep­ta­tion sacrée du che­min de croix apporte à son fils, en quelque sorte, un récon­fort : celui de la com­mu­nion d’âme, ain­si que celui de la pré­sence affec­tive et de corps dans le sacrifice.

Vaillante accom­pa­gna­trice du Sauveur, mère d’infinie dou­leur, qui nous avez par­don­né d’avoir été cause de tant de peines, par votre « manu­duc­tion » spi­ri­tuelle, conduisez-​nous au royaume de ceux qui jouissent éter­nel­le­ment du par­don de Dieu.

Cinquième station : Simon le Cyrénéen aide Jésus à porter sa croix.

Cyrène est une ville de la Lybie sur la côte afri­caine. Juif de la Dispersion, Simon avait un bien immeuble en Terre sainte, sans doute des champs dans la ban­lieue de Jérusalem. En tout cas, il est simple pay­san. Après sa jour­née de tra­vail — ce jour-​là on pou­vait tra­vailler jusqu’à midi —, igno­rant des évé­ne­ments de la mati­née, il se pré­sente à l’entrée de Jérusalem, au moment où y arrive Jésus qui, à bout de force, est inca­pable d’aller plus avant sous la charge de sa croix. Alors, il est réqui­si­tion­né par les sol­dats romains qui encadrent les condam­nés, pour por­ter cette croix der­rière le Sauveur.

Porter le far­deau du salut a été la grande grâce inat­ten­due de la vie de ce Cyrénéen. En rai­son de cela et de sa fidé­li­té, il fut un père de famille béni dans ses fils Alexandre et Rufus, car tous les deux devinrent des dis­ciples connus de l’évangéliste saint Marc et de quelques-​unes des églises aux­quelles saint Marc adres­sa son évangile.

Une grande leçon nous est don­née par cette sta­tion. Nous avons à por­ter chré­tien­ne­ment une croix per­son­nelle et lui obte­nir une valeur sur­na­tu­relle en l’unissant à celle du Sauveur. Nous avons aus­si à por­ter la croix les uns des autres dans l’exercice de la cha­ri­té fra­ter­nelle et à expier pour autrui par les effets de la mys­té­rieuse com­mu­ni­ca­tion des mérites.

La croix sym­bo­lise aus­si les péchés des hommes, les défauts du pro­chain et ses fai­blesses morales. Il faut por­ter, les uns pour les autres, ces far­deaux et accom­plir ain­si la loi de cha­ri­té du Christ. Tel est l’enseignement de saint Paul aux Galates : « Alter alte­rius one­ra por­tate et sic adim­ple­bi­tis legem Christi » (Ga 6, 2).

Sixième station : Une femme pieuse essuie la face de Jésus.

Il y avait beau­coup de monde à faire escorte aux condam­nés et tout le monde ne leur était pas hos­tile. Beaucoup de femmes les assis­taient, s’apitoyant sur leur sort et pleu­rant leur mort pro­chaine. Elles leur appor­taient au moral l’adoucissement de la com­pas­sion. Elles pou­vaient même les sou­la­ger en leur offrant des liqueurs anesthésiantes.

Il s’en est trou­vé une par­mi elles, et ce ne n’est pas la Vierge Marie ni Marie-​Madeleine, toutes deux réser­vées à des secours d’un autre ordre au som­met du Calvaire, dont la pitié est par­ti­cu­liè­re­ment tou­chante et le cou­rage extra­or­di­nai­re­ment édi­fiant. Sans res­pect humain, sur­mon­tant toute crainte, elle tra­ver­sa le cor­don des sol­dats, s’approcha du Christ pour lui don­ner un peu de confort : elle essuya déli­ca­te­ment la sainte face souillée et dégou­li­nante de sang, fai­sant en réap­pa­raître la noblesse des traits. Elle a été nom­mée Véronique, ce qui signi­fie véri­table icône, car la sainte face s’est impri­mée sur son linge.

L’innocent de pen­sées et de cœur, celui qui n’est pas esclave des biens ter­restres, celui qui est véri­dique envers son pro­chain, « rece­vra, dit le psal­miste David, la béné­dic­tion du Seigneur et la misé­ri­corde de Dieu, son sau­veur ». « Telle est la race de ceux qui le cherchent, de ceux qui cherchent la face du Dieu de Jacob » (Ps 23, 4–6).

Les inten­tions de Dieu sont « la face de Dieu ». Cherchons « à avoir en nous le même sen­ti­ment dont était ani­mé le Christ ». C’est la grande exhor­ta­tion de saint Paul aux Philippiens (Ph 2, 5), enten­due à la lec­ture de l’épitre de dimanche der­nier, dimanche des Rameaux.

Septième station : Jésus tombe pour la seconde fois.

Le Christ est Dieu. Il peut s’empêcher de tom­ber, comme il empê­cha naguère des Pharisiens furieux de le sai­sir pour le pré­ci­pi­ter en bas d’une col­line. Le Christ est homme, il peut tom­ber d’épuisement. Voilà qu’il chute à nou­veau. Commentons cette chute humi­liante et pénible, car il en sort plus bles­sé, sous l’angle du péché de scandale.

Pour qu’il y ait péché, il faut une matière à pécher, la connais­sance de cette matière comme telle et la volon­té d’agir mal­gré tout. La gra­vi­té du péché se mesure à ces trois règles. Cette gra­vi­té tient compte aus­si de la place reli­gieuse ou sociale de l’agent, de sa fonc­tion ou de l’importance de son devoir. Alors, dans un même ordre de chose, le péché d’un chef et plus grave que celui d’un subor­don­né. C’est ain­si que le péché d’Adam est plus grave que celui d’Eve : en tant qu’il est celui d’Adam, donc du chef de l’humanité à des­cendre de lui, il est le péché ori­gi­nel, péché per­son­nel pour lui, péché de nature (c’est-à-dire trans­mis par voie de géné­ra­tion natu­relle) pour nous, la Vierge en ayant été exemptée.

D’après son éty­mo­lo­gie grecque, le scan­dale est un obs­tacle, une pierre d’achoppement. Scandaliser, au sens moral, c’est être occa­sion de chute morale, être fac­teur de péché ou de cor­rup­tion chez autrui. Le scan­dale est d’autant plus pec­ca­mi­neux que son influence est plus forte et que la chute induite est plus grave.

Le Nouveau Testament est très sévère au sujet du scan­dale, sur­tout auprès des plus faibles : « Si quelqu’un scan­da­lise un des petits qui croient en moi, il vau­drait mieux pour lui qu’on sus­pen­dît à son cou une de ces meules qu’un âne tourne, et qu’on le plon­geât au fond de la mer… Malheur à l’homme par qui le scan­dale arrive » (Mat 18, 6–7). Si la condam­na­tion paraît exor­bi­tante, c’est que l’on juge mal des choses de la morale. Non, scan­da­li­ser un enfant est une affaire extrê­me­ment grave. On peut le dévoyer à vie, hypo­thé­quer son bon­heur ou même son salut. Ayons un soin jaloux des enfants, un grand res­pect à leur égard.

Huitième station : Jésus console les filles de Jérusalem qui le suivent.

Déchargé de son encom­brante croix, le Sauveur peut se tour­ner aisé­ment vers ceux qui l’escortent, s’intéresser visi­ble­ment à eux et par­ler à qui l’approche. Il est épui­sé mais pré­sent à tout, tota­le­ment maître de lui, recon­nais­sant pour le bien qu’on veut lui faire tout en étant oublieux de lui-​même. Il s’est adres­sé en par­ti­cu­lier à un groupe de femmes encore en âge d’être mères. Elles sont si affec­tées de voir le plus beau des fils des hommes (cf. Ps 44, 3) réduit à une telle extré­mi­té et que vrai­sem­bla­ble­ment elles véné­raient comme un juste, sinon comme Messie. Il leur pro­phé­ti­sa la ruine de Jérusalem sous les coups de l’armée romaine en l’an 70, qui devaient sur­prendre cer­tains de leurs enfants. Prenant en consi­dé­ra­tion leurs larmes, il les exhor­ta avec bon­té : plu­tôt que pleu­rer sur lui, il leur fal­lait se pré­oc­cu­per de leur pro­gé­ni­ture pour la rai­son que nous venons d’énoncer (cf. Lc 23, 28–29). Ce qu’il ajou­ta au sujet de la gros­sesse et le soin d’un nour­ris­son valait rela­ti­ve­ment à cette cir­cons­tance tra­gique. Cela ne contre­di­sait pas ses louanges anté­rieures à l’adresse de la jeune par­tu­riente heu­reuse et fière d’avoir mis un homme au monde (cf. Jn 16, 21).

Chers fidèles, ayez un grand sou­ci de vos enfants. Compte tenu de la des­truc­tion pro­gram­mée de la chré­tien­té et de la confu­sion reli­gieuse ambiante, vous pou­vez être inquiets pour leur ave­nir. Mais rappelez-​vous que rien n’échappe au gou­ver­ne­ment divin, qui fait « tout coopé­rer au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8, 28). Prenez soin de l’intelligence de vos enfants, soin de leur âme. Vous aurez à en rendre compte au Créateur. Pour cela, veillez à leur don­ner une édu­ca­tion sco­laire vrai­ment catholique.

Neuvième station : Jésus tombe pour la troisième fois.

Depuis le péché d’orgueil et de déso­béis­sance d’Adam et avec la rédemp­tion opé­rée par le nou­vel Adam, le Christ, notre vie tourne autour de deux orbites, celle du péché et celle de la sanc­ti­fi­ca­tion. L’attraction de la pre­mière est une force qui nous lie au vieil homme dont parle l’Apôtre saint Paul (Rm 6, 6). L’attraction de la seconde, qui est celle de la cha­ri­té, est une force qui nous retire de la mau­vaise part de nous-​mêmes et nous attire à Dieu pour nous relier défi­ni­ti­ve­ment à lui.

Jésus, sans péché, est tom­bé une troi­sième fois. Les hommes tombent si sou­vent dans le péché : dans le péché d’orgueil et celui d’égoïsme qui sont des sortes de folle divi­ni­sa­tion de soi-​même ; dans le péché de jalou­sie ou d’envie qui sont des ingra­ti­tudes devant les dons impar­tis à cha­cun pour son bien propre, sa sain­te­té, le ser­vice de l’Eglise et du pro­chain ; dans le péché de la chair qui est une ido­lâ­trie et un manque de res­pect pour son corps et celui du com­plice, selon saint Paul (Ep 5, 5 ; 1 The 4, 3–6) ; dans le péché d’acquisition immo­dé­rée des biens tem­po­rels au détri­ment de la recherche des biens de l’esprit ; etc.

Jésus est tom­bé. Quelqu’un l’a‑t-il aidé à se rele­ver ? Je ne sais. J’espère que oui. Pour nous rele­ver, nous avons la main que Dieu nous tend par le sacre­ment de la misé­ri­corde divine, le sacre­ment de péni­tence. Chers fidèles, vous savez que l’Eglise nous fait le com­man­de­ment de la com­mu­nion pas­cale et de la confes­sion annuelle des péchés graves, dits mor­tels car ils tuent la vie de la grâce en l’âme. Que per­sonne ne se dérobe à ces obli­ga­tions. Elles sont vitales.

Dixième station : Jésus est dépouillé de ses vêtements.

Après la fla­gel­la­tion injus­te­ment ordon­née par Pilate, le mépri­sant et cruel cou­ron­ne­ment d’épines inven­té par les sol­dats et leurs autres bru­ta­li­tés, Jésus fut pré­sen­té aux chefs des prêtres, à leurs ser­vi­teurs et à la foule mani­pu­lée par eux. C’est la scène émou­vante de l’Ecce homo. Jésus por­tait le man­teau de pourpre dont les sol­dats l’avaient moqueu­se­ment revêtu.

Maintenant le Christ va être qua­si­ment dévê­tu. On ne lui laisse qu’un linge autour de la taille selon l’exigence du sen­ti­ment de pudeur chez les Juifs. Ce dépouille­ment est conforme à la manière de cru­ci­fier sur la terre de Palestine. N’a‑t-elle pas une autre raison ?

Oui, cer­tai­ne­ment la sui­vante. Permettant que Jésus, avec ses plaies béantes et sai­gnantes, soit ain­si expo­sé à la vue de tous, la Providence nous montre qu’il est bien « l’homme de dou­leurs » annon­cé par Isaïe quelque sept cents ans avant l’Incarnation. La fin du cha­pitre 52 et le cha­pitre 53 du livre de ce pro­phète en sont les plus belles lignes et sont même consi­dé­rées comme les plus belle pages de l’Ancien Testament tout entier, car nous trou­vons en elles l’annonce de la pas­sion et de la résur­rec­tion du Messie. Selon la des­crip­tion anti­ci­pée et ins­pi­rée d’Isaïe, c’est bien lui « qui n’a plus ni beau­té, ni éclat, qui est mépri­sé, le der­nier des hommes, un homme de dou­leurs, dont la face (défi­gu­rée) fait peur à voir ; lui qui a été bles­sé pour nos ini­qui­tés, qui a été bri­sé pour nos for­faits » (Is 53, 3–5).

Pour jus­ti­fier cette dixième sta­tion, il nous faut ajou­ter des ver­sets pro­phé­tiques de la même veine du psaume 21, écrits quelque mille ans avant la nais­sance du Christ par le roi David. Le psal­miste fait par­ler le divin Crucifié brû­lant de soif en ces termes : « Ma force s’est des­sé­chée comme un tes­son et ma langue s’est atta­chée à mon palais… Ils ont per­cé mes mains et mes pieds » (Ps 21, 16–17).

Dans la séquence du Dies iræ lue à la messe de Requiem, son auteur, le fran­cis­cain Thomas de Celano, nous donne à lire : « Ô bon Jésus, à me cher­cher vous vous êtes fati­gué. Vous m’avez rache­té en souf­frant la croix. Que tant d’efforts ne soient pas vains, tan­tus labor non sit cas­sus ». Retenons bien cette exhortation.

Onzième station : Jésus est cloué à la croix.

Jésus avait été déchar­gé de sa croix par Simon de Cyrène. Maintenant qu’il est par­ve­nu au som­met du Calvaire, les sol­dats peuvent le fixer à celle-​ci. Observons ses poi­gnets et ses pieds tra­ver­sés par les clous. Voyons com­ment sa croix a été sou­le­vée, puis plan­tée dans la roche. Regardons le Christ sus­pen­du à sa croix…

Maintenant reve­nons au para­dis ter­restre. Parmi tous les arbres pro­duits par Dieu, le plus noble était l’arbre de la vie, dont il fal­lait man­ger du fruit pour vivre éter­nel­le­ment phy­si­que­ment et spi­ri­tuel­le­ment (Gn 2, 9 ; 3, 22). Il y avait un second arbre d’importance capi­tale, celui de la connais­sance du bien et du mal (Gn 2, 9). Le fait seul de voir cet arbre devait main­te­nir en éveil la conscience du bien et donc de ce qui en est l’absence fau­tive, le mal ; devait rap­pe­ler ce qui est licite et donc ce qui ne l’est pas. Mais voir n’était pas man­ger. En effet, Dieu avait inter­dit à Adam et à Eve de consom­mer du fruit de cet arbre, les aver­tis­sant du mal­heur qu’ils encour­raient s’ils enfrei­gnaient son inter­dic­tion (Gn 2, 17). Nous savons com­ment Eve, ten­tée par le diable, prit un fruit défen­du et en man­gea, et com­ment Adam ten­té par Eve en man­gea lui aussi.

Ces deux arbres ont été rem­pla­cés par l’arbre de la croix, selon l’enseignement de la pré­face litur­gique de la Sainte Croix : « Dieu a pla­cé le salut du monde dans l’arbre de la croix, pour faire jaillir la vie là même où la mort avait pris nais­sance, et pour vaincre par le bois celui qui jadis triom­pha par le bois… »

Pendu à son gibet, le Christ est le nou­veau fruit de vie, le nou­veau fruit de la connais­sance et de la pra­tique du bien. Regarder le Christ, c’est le connaître et le contem­pler. Le man­ger, c’est rece­voir sa révé­la­tion et y adhé­rer par la foi théo­lo­gale ; c’est aus­si se nour­rir de lui par la com­mu­nion eucha­ris­tique : « Celui qui mange sa chair et boit son sang a la vie éter­nelle et sera res­sus­ci­té dans la gloire au der­nier jour » (cf. Jn 6, 55). Le sacri­fice sacra­men­tel eucha­ris­tique a été ins­ti­tué dans la nuit qui a pré­cé­dé la cru­ci­fixion. Il a été célé­bré par le Sauveur en per­sonne, qui l’a péren­ni­sé quand, la même nuit, il ins­ti­tua le sacer­doce sacra­men­tel. Le sacri­fice du Jeudi-​Saint his­to­rique fai­sait un unique sacri­fice avec le sacri­fice san­glant du len­de­main. Les messes que les prêtres catho­liques célèbrent depuis l’Ascension, elles aus­si, sont ce même sacri­fice. « Ite ad Jesum. Allez à Jésus », nous dit la Vierge sur le Calvaire. Allons à l’eucharistie, sacri­fice pro­pi­tia­toire et sacre­ment de vie éternelle.

Douzième station : Jésus meurt sur la croix.

Etre pré­sent à la mort de quelqu’un laisse un sou­ve­nir inou­bliable. On tient à assis­ter aux der­niers moments d’un être cher ; si on ne l’a pas pu, on écoute avec émo­tion et pié­té le récit fait par des témoins ocu­laires. Aussi sommes-​nous recon­nais­sants au ciel et aux évan­gé­listes de nous avoir rap­por­té avec objec­ti­vi­té et séré­ni­té les heures ultimes du Sauveur.

En géné­ral, la mort res­semble à la vie à laquelle elle donne son coup d’arrêt. Evidemment les actes et les paroles du Christ qui ont pré­cé­dé sa mort, sont dignes de lui, aus­si sa mort, dont il est le déci­deur en rai­son de sa divinité.

Tandis que les sol­dats le clouaient, que les chefs reli­gieux, qui le haïs­saient sans rai­son, l’insultaient, ain­si que des pas­sants, Jésus deman­dait à son Père leur par­don, car les uns et les autres ne savaient pas ce qu’ils fai­saient. Il n’en vou­lait à per­sonne. Aux sévices et aux calom­nies, il ne répon­dait que par la prière et la bénédiction.

L’élévation de terre que par­tage le bon lar­ron avec Jésus est comme la toile de fond d’une rela­tion fra­ter­nelle, trans­cen­dante, pour ne pas dire irréelle, entre eux deux. Ce lar­ron inter­pelle l’autre bri­gand en lui repro­chant ses blas­phèmes. Converti, mais encore confus sur la per­sonne de Jésus et le monde de l’au-delà, il s’adresse à Jésus pour au moins res­ter dans son sou­ve­nir et être accueilli, grâce à lui, dans un monde meilleur. Et il reçoit la pro­messe d’être le soir même près de lui dans ce lieu du para­dis spi­ri­tuel, les enfers des saints Patriarches, car le Christ allait y séjour­ner entre l’instant de sa mort et celui de sa résurrection.

Arrêtons-​nous main­te­nant sur les paroles de Jésus à sa mère et au dis­ciple qu’il aimait. Elles sont deux pré­cieux legs à por­tée intem­po­relle. Par le « Femme, voi­là votre fils » et le « Voilà votre mère », se réa­lise ou se confirme un véri­table trans­fert mys­tique de mater­ni­té et de filia­tion, tout au pro­fit de saint Jean et donc de l’Eglise qu’il repré­sente. Admis dans l’intimité spi­ri­tuelle de la Vierge, l’Apôtre aimé entre­ra plus avant dans la pro­fon­deur du mys­tère du Maître ado­ré, car il y a dans la per­sonne de Marie tant de res­sem­blance avec son fils et dans son intel­li­gence tant de connais­sances divines à transmettre.

Demandons au Seigneur mort et res­sus­ci­té que le « Voici votre fils » et le « Voilà votre mère » soient nôtres.

Avant la dépo­si­tion de la croix, une der­nière bles­sure fut infli­gée au corps du Christ : d’un coup de lance, un des sol­dats de garde le trans­per­ça jus­qu’à ouvrir le cœur. Ce fut le terme du tra­vail de l’horrible herse aux mains des impies… Mais ce fut aus­si et sur­tout le signe de la fin des jours de ténèbres. Ce fut, en quelque sorte, le signe de l’arrivée du temps des semailles divines. « Dans le champ labou­ré du corps du très bon Jésus, nous dit saint Bonaventure, nous trou­vons le riche tré­sor, la pré­cieuse perle de son Cœur,… pour que nous puis­sions y habi­ter, à l’abri des troubles du dehors… Prions afin que ce Cœur daigne enchaî­ner du lien de son amour notre cœur » (Homélie De la vigne mys­tique, Chap. 3 ; Leçon 8 du bré­viaire pour la fête du Sacré-​Cœur de Jésus).

Treizième station : Jésus est descendu de la croix et remis à sa mère.

Il y a des situa­tions à ce point dou­lou­reuses et où l’on se sent tel­le­ment hon­teux que l’on pré­fé­re­rait se taire. Le silence nous tien­drait signe de regret, mani­fes­ta­tion de contri­tion. Car nous sommes cou­pables, nous sommes res­pon­sables de ce che­min de croix que la Vierge gra­vit en union de sen­ti­ment avec son fils.

Oserons-​nous voir une mère rece­vant le corps exsangue de son fils dans l’état où a été mis celui de Jésus ? Oserions-​nous lais­ser voir à une mère le corps mas­sa­cré d’un de ses fils comme le fut celui de Jésus ?

Il fal­lait être la Vierge du Stabat Mater pour sup­por­ter de rece­voir le corps du Sauveur des­cen­du de la croix par les pieuses mains de l’Apôtre

Jean, des cou­ra­geux notables Joseph d’Arimathie et Nicodème. La lumière de la foi en la rédemp­tion réa­li­sée, dont elle avait déjà reçu par anti­ci­pa­tion de mer­veilleux effets, guide sa volon­té. Son cœur de mère ne l’induit pas à défaillir, car sa ver­tu de force est rehaus­sée par la grâce des mar­tyrs. On peut même affir­mer qu’une subli­ma­tion sur­na­tu­relle et une joie céleste conco­mi­tante coïn­cident, en elle, avec la pen­sée conso­lante qui l’habite des rache­tés pré­sents et futurs.

Mais n’oublions pas qu’elle fut, à cause de nous, la mère infi­ni­ment dou­lou­reuse, jus­te­ment nom­mée Notre-​Dame de Compassion ; n’oublions pas qu’elle nous enfan­ta à la vie de la grâce par le sacri­fice. Notre gra­ti­tude et notre dévo­tion filiales mariales lui diront notre reconnaissance.

Le sacri­fice est essen­tiel­le­ment un acte sacré, un acte pour hono­rer Dieu, un acte de la ver­tu de reli­gion. Il est d’autant plus méri­toire que l’offrant y met plus de cha­ri­té, à plus forte rai­son si, en plus, il y engage plus inten­sé­ment sa souf­france. Au soir du Vendredi-​Saint, la divine Victime, qui a tout accom­pli, est paci­fi­que­ment, reli­gieu­se­ment, recueillie par la Prédestinée qui l’avait mise au monde en vue de l’oblation totale du Calvaire. A l’instar de Jésus, tout fut acte de reli­gion chez Marie.

Oui, la bonne hau­teur de nos exis­tences est bien mesu­rée par l’Apôtre saint Paul (cf. 1 Co 10, 31) : quoique que nous fas­sions, quoique nous aimions, quoique que nous souf­frions, agis­sons tou­jours pour la glo­ri­fi­ca­tion de Dieu.

Quatorzième station : Le corps de Jésus est déposé dans le sépulcre.

Pour que le Christ res­sus­cite il lui fal­lait pas­ser par la mort. Pour qu’aux yeux des Juifs à conver­tir il n’y ait aucun doute sur la résur­rec­tion du Christ, il fal­lait qu’il n’y en ait aucun sur sa mort. Voilà pour­quoi il était impor­tant que le corps du Christ res­tât deux nuits et plus d’un jour dans un sépulcre fer­mé et scellé.

Qu’en est-​il du sym­bo­lisme ? Laissons saint Thomas d’Aquin l’exposer : « Par la mort du Christ nous sommes libé­rés d’une double mort : la mort de l’âme et la mort du corps ; ces deux morts sont sym­bo­li­sées par les deux nuits que le Christ a pas­sées dans le tom­beau. Quant à sa mort, elle ne venait pas du péché, mais elle a été accep­tée par amour ; elle res­sem­blait au jour et non à la nuit ; aus­si est-​elle sym­bo­li­sée par le jour com­plet que le Christ a pas­sé dans le sépulcre » (III, q. 51, a. 4).

Après sa mort, le Christ est des­cen­du aux enfers, ce que nous confes­sons dans le Credo. Qu’est-il allé faire ? Illuminer de la lumière de sa gloire ses amis qui étaient rete­nus en ces lieux et leur annon­cer leur libé­ra­tion pro­chaine par l’accès, main­te­nant deve­nu pos­sible, au monde des bien­heu­reux. Ses amis, avons-​nous dit, c’est-dire ceux qui étaient morts avec la foi en lui et avec la charité.

De ces véri­tés, saint Thomas d’Aquin a tiré quatre leçons morales, une d’espérance en Dieu, une pour évi­ter la pré­somp­tion du salut, une pour craindre l’enfer des dam­nés et une pour avoir sou­ci des âmes du Purgatoire. Citons la leçon d’espérance en l’aide de Dieu dans toutes nos épreuves : « Quelque soit le degré d’affliction où l’homme se trouve, il doit tou­jours espé­rer dans le secours divin et avoir confiance en lui… Si le Christ a déli­vré ceux qui étaient dans les enfers, cha­cun doit avoir d’autant plus de confiance, s’il est l’ami de Dieu, qu’il le déli­vre­ra de n’importe quelle dif­fi­cul­té » (Commentaire du sixième article du Symbole).

Historiquement et pour tou­jours, le Christ est res­sus­ci­té, dans la nuit de Pâques. Avec l’Apôtre saint Paul (cf.1 Co 15, 12–22), nous nous savons être les plus heu­reux des hommes, puisque nous croyons de foi théo­lo­gale en cette résur­rec­tion, qui est gage et cause de la nôtre à venir.

Amen.

Abbé Jean-​Paul ANDRE, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X

Source : La Porte Latine de juin 2016