Le Cordon de Saint François – Faveurs spirituelles attachées au Cordon Séraphique

Faveurs spirituelles attachées au Cordon Séraphique

Texte de Monseigneur Louis-​Gaston de Ségur paru en 1877

Le Cordon de Saint François

Le séra­phique saint François d’Assise, ayant embras­sé la pau­vre­té évan­gé­lique, ne vou­lut avoir pour vête­ment qu’une gros­sière tunique, et pour cein­ture qu’une pauvre corde : cette corde était un sym­bole de péni­tence, de pau­vre­té et de chas­te­té. Un jour, son ami saint Dominique lui deman­da en témoi­gnage de leur intime union, de lui don­ner sa corde ; et, jus­qu’à la fin de sa vie, le bien­heu­reux Dominique por­ta tou­jours, sous sa robe blanche de Frère Prêcheur, cette corde de saint François.

Il fut ain­si, en dehors de la famille fran­cis­caine, le pre­mier qui por­ta la corde de saint François d’Assise. Son exemple fut sui­vi d’une mul­ti­tude de pieux fidèles, dési­reux de por­ter ain­si une marque de leur amour envers saint François. Le Cordon de Saint-​François était, dès le qua­tor­zième siècle, quatre-​vingts ou cent ans à peine après la mort du patriarche d’Assise, une des dévo­tions popu­laires de la France.

Les princes et les rois s’ho­no­raient de le por­ter. Les ducs de Bretagne en cei­gnirent leurs armes. François 1er le sub­sti­tua au Cordon de Saint-​Michel ; et sa mère, la reine Louise de Savoie, l’in­tro­dui­sit dans le bla­son de sa mai­son. Par une bulle en date du 19 novembre 1585, le grand pape Sixte V, éri­gea ce pieux usage en une archi­con­fré­rie, qui prît le nom d’Archiconfrérie du Cordon de Saint-​François. Il l’en­ri­chit de nom­breuses indul­gences et lui accor­da en outre une pleine et entière par­ti­ci­pa­tion à toutes les faveurs spi­ri­tuelles dont jouis­saient les Frères Mineurs.

L’Archiconfrérie du Cordon est une affi­lia­tion à la famille reli­gieuse fon­dée par le patriarche séra­phique. Elle n’o­blige à rien sous peine de péché, et apporte à tous ses membres des grâces vrai­ment mer­veilleuses. Elle sub­siste encore aujourd’­hui, et tout le monde peut en faire par­tie, même les enfants, même les reli­gieux et reli­gieuses de n’im­porte quel ordre.

Saint Benoit-​Joseph Labre reçut le cor­don à Assise même, sur le tom­beau de saint François, le 20 novembre 1770.

Pour faire par­tie de l’Archiconfrérie, il suf­fit de rece­voir le cor­don de la main d’un supé­rieur fran­cis­cain ou d’un prêtre délé­gué à cet effet, et de por­ter ce cor­don jour et nuit. Il est d’u­sage, mais sim­ple­ment d’u­sage, de réci­ter chaque jour, en sou­ve­nir des cinq Plaies du Sauveur et de saint François, et aus­si aux inten­tions du Pape, pour les besoins de l’Eglise, six Pater, Ave et Gloria Patri. On peut por­ter le cor­don sur la che­mise. Il peut être de fil, de coton, de lin ou de chanvre, de cou­leur blanche on ne doit le quit­ter qu’en cas de néces­si­té, pour le reprendre dès que cela rede­vient possible.

Une petite ficelle ne suf­fi­rait pas, mais il n’est pas néces­saire que ce soit une grosse corde. On peut réci­ter les six Pater, Ave et Gloria à n’im­porte quel moment du jour, soit en mar­chant, soit à genoux, comme on le pré­fère. On n’y est pas obli­gé, c’est un simple conseil de pié­té. Si l’on ne por­tait par le cor­don, on ne gagne­rait pas les faveurs spi­ri­tuelles concé­dées par le Saint Siège. Pour les gagner, il faut non seule­ment por­ter le cor­don, et accom­plir ce qui est pres­crit par la conces­sion apos­to­lique, mais encore rem­plir les condi­tions ordi­nai­re­ment exi­gées pour les indul­gences plé­nières. Ces condi­tions sont, comme cha­cun sait, d’a­bord d’être en état de grâce, sin­cè­re­ment contrit de ses péchés, et fer­me­ment réso­lu à les évi­ter et à les expier ; puis, à moins que le contraire ne soit spé­ci­fié, de se confes­ser et de com­mu­nier, et de prier, dans un ora­toire public, pour le Pape et à ses inten­tion. Pour les per­sonnes pieuses qui ont l’ha­bi­tude d’ap­pro­cher sou­vent de la Sainte Table, la confes­sion de tous les huit jours, ou de tous les quinze jours dans cer­tains dio­cèses suffit.

Faveurs spirituelles attachées au Cordon Séraphique

Nous disions tout à l’heure qu’elles étaient mer­veilleuses. En effet, elles com­prennent le tré­sor incom­pa­rable des indul­gences et Absolutions géné­rales, qui font de la famille fran­cis­caine une mer­veille unique en son genre. Les confrères du Cordon séra­phique ont droit à toutes ces grâces. On peut en avoir le détail dans le cata­logue que nous joi­gnons à cette petite Notice et dans celle de l’Archiconfrérie du Cordon publiée, en 1871, par le R. P. Laurent, ancien Provincial des Capucins de France. En voi­ci trois qui brillent entre toutes les autres ; elles ont été confir­mées par N. T. ‑S. P. le pape Pie IX, par deux décrets en date du 12 mars 1855 et du 14 avril 1856.

Premièrement : Toutes les fois qu’on récite six Pater, Ave et Gloria, on gagne toutes les Indulgences, plé­nières et par­tielles, de la Terre Sainte ; toutes les indul­gences, plé­nières et par­tielles, de toutes les basi­liques et de tous les sanc­tuaires de Rome ; toutes les indul­gences plé­nières et par­tielles, des sanc­tuaires d’Assise, etc… c’est-​à-​dire des mil­liers d’in­dul­gences plé­nières et cer­tai­ne­ment plus de cent mille années d’in­dul­gences par­tielles. Il y a là un océan presque infi­ni de misé­ri­cordes ; il y a là de quoi déli­vrer chaque jour des mil­liers de pauvres âmes du pur­ga­toire. Et l’on peut gagner ces tré­sors autant de fois par jour que l’on veut : il n’est pas néces­saire d’a­voir com­mu­nié le matin, il suf­fit d’être en état de grâce, contrit de ses péchés, et déci­dé à demeu­rer très fidèle à Notre Seigneur.

Deuxièmement : Toutes les fois qu’on com­mu­nie, indul­gence plé­nière ; et, en outre, lors­qu’a­près la com­mu­nion on récite le psaume Exaudiat avec quelques courtes prières que l’on trou­ve­ra ci-​après, on gagne (grâce admi­rable !) toutes les indul­gences plé­nières et par­tielles de tous Les sanc­tuaires de la terre. Ceux qui ne savent ou ne peuvent pas lire, récitent à la place de ce psaume et de ces prières trois Pater et trois Ave, aux inten­tions du Pape.

Troisièmement : Mais ce qui est plus pré­cieux encore, les confrères du Cordon jouissent d’une faveur unique, accor­dée dans l’Eglise à l’humble famille de saint François, et qu’on appelle l’ab­so­lu­tion géné­rale. Cette grande abso­lu­tion fran­cis­caine consiste dans la res­ti­tu­tion de l’in­no­cence du Baptême. C’est là une grâce qui sur­passe toutes les autres. Dans cette grâce toute fran­cis­caine, il y a d’a­bord ce qu’on pour­rait appe­ler le côté géné­ral, c’est-​à-​dire l’exemple, le par­don des peines du pur­ga­toire, en d’autres termes l’in­dul­gence plé­nière ; puis, le côté spé­cial, qui consiste dans un renou­vel­le­ment misé­ri­cor­dieux de l’in­no­cence du bap­tême, pro­por­tion­né, aux dis­po­si­tions du fidèle qui reçoit la sus­dite abso­lu­tion. Ce n’est point la grâce sacra­men­telle du bap­tême, laquelle ne sau­rait être renou­ve­lée : c’est la même plé­ni­tude de par­don, que nous avons reçue au jour sacré de notre bap­tême, et l’en­tière res­ti­tu­tion de la sain­te­té et de l’in­no­cence bap­tis­males. La pre­mière par­tie de la grâce de l’ab­so­lu­tion géné­rale, l’in­dul­gence plé­nière est appli­cable, par mode de suf­frage, aux âmes du pur­ga­toire ; tan­dis que la seconde est toute per­son­nelle et par consé­quent incom­mu­ni­cable. Quel tré­sor que cette res­ti­tu­tion de l’in­no­cence de notre bap­tême ! Comme elle nous rend digne des regards du bon Dieu ! Comme elle attire en nous Jésus-​Christ, avec tous les tré­sors de Son Sacré-​Cœur ! Comme elle per­met à la Sainte Vierge Immaculée de nous contem­pler avec un mater­nel amour ! Comme elle nous pré­pare à rece­voir digne­ment la très pure Eucharistie ! Enfin, comme elle nous rend beaux aux yeux de l’Eglise du ciel et de l’Eglise de la terre ! Une âme ain­si puri­fiée, ain­si enri­chie, est un ciel vivant où règne et vit plei­ne­ment : Jésus-​Christ, avec son Père céleste et l’Esprit sanctificateur,

On peut rece­voir l’ab­so­lu­tion géné­rale trente-​six fois par an, par le minis­tère d’un Frère Mineur ou d’un direc­teur du Tiers Ordre ou d’un prêtre quel­conque, approu­vé pour les confes­sions. D’abord aux jours de fête qui suivent : le jour de l’Immaculée Conception, à Noël, à la Circoncision, à l’Epiphanie, à la Purification, à la Saint-​Joseph, à l’Annonciation, au dimanche des Rameaux, à cha­cun des jours de la Semaine Sainte, au Dimanche de Pâques, à l’Ascension, à la Pentecôte, à la Trinité, à la Fête-​Dieu, à la fête du Sacré-​Cœur, le 21 juin, (en mémoire de l’an­ni­ver­saire de l’en­trée du Pape Pie IX dans le Tiers Ordre), à la Saint-​Pierre, à la Visitation, à la fête de Sainte-​Claire (le 12 août), à l’Assomption, à la Saint-​Louis, à la Nativité, à la Saint-​François (le 4 octobre), à la Toussaint, à la fête de Sainte Elizabeth de Hongrie (le 19 novembre), à la Présentation, et enfin, le 25 novembre, à la fête de Sainte Catherine, vierge et mar­tyre. En outre, on peut rece­voir l’Absolution géné­rale quatre fois encore par an, n’im­porte quel jour, et ces quatre jour là on reçoit de plus la béné­dic­tion Papale, comme au 21 juin : en tout trente-​six fois par an.

Je le répète : la res­ti­tu­tion de l’in­no­cence du Baptême, quelle grâce inef­fable ! Quel gage de salut ! Quel moyen de sanc­ti­fi­ca­tion ! Ne l’ou­blions pas, chaque confrère du Cordon peut la rece­voir de tout prêtre régu­liè­re­ment auto­ri­sé à confes­ser. En effet, tout confes­seur, quel qu’il soit, est inves­ti de ce pou­voir par un Indult géné­ral du supé­rieur de l’Ordre de Saint-​François, par cela seul qu’un enfant de Saint François se pré­sente à son tri­bu­nal. Quoiqu’on trouve dans les manuels fran­cis­cains de très belles et très pré­cieuses for­mules pour cette grande abso­lu­tion géné­rale, il est bon de savoir que ces for­mules ne sont pas indis­pen­sables, et que l’in­ten­tion du confes­seur suf­fit, du moment qu’elle est expri­mée par une for­mule quel­conque. Pour don­ner l’ab­so­lu­tion géné­rale à un confrère du Cordon, il n’est pas du tout néces­saire que le confes­seur soit affi­lié à la famille fran­cis­caine. Aux jours de fêtes indi­quées ci-​dessus, on peut rece­voir l’ab­so­lu­tion géné­rale, à par­tir de la veille à midi, et le jour de la fête jus­qu’à minuit. Par une conces­sion récente, les prêtres que les devoirs du saint minis­tère empê­che­raient de rece­voir l’ab­so­lu­tion géné­rale au jour indi­qué, ont, pour aller la deman­der, une lati­tude de huit jours avant la fête. Enfin, à l’ar­ticle de la mort, les confrères du Cordon séra­phique reçoivent cette même grâce de la Bénédiction papale, de l’Indulgence plé­nière et de la res­ti­tu­tion de l’in­no­cence de leur bap­tême, de la main du prêtre qui les assiste. Ces trois admi­rables faveurs spi­ri­tuelles ne doivent-​elles pas rendre bien chère à notre foi l’Archiconfrérie du Cordon de Saint-​François, ain­si que l’Œuvre de Saint-​François de Sales, qui nous les apportent ? Tous les vrais chré­tiens devraient en faire par­tie, tant pour eux-​mêmes que pour le sou­la­ge­ment des âmes du Purgatoire. La corde du patriarche séra­phique leur rap­pel­le­rait sans cesse les ver­tus de Saint-​François, la pro­tec­tion dont il les entoure et l’es­prit de péni­tence, de pau­vre­té, de chas­te­té et de cha­ri­té qui doit embau­mer leur vie.

Les trois nœuds du Cordon Séraphique

Il est d’u­sage de faire trois nœuds au Cordon Séraphique en signe d’u­nion spi­ri­tuelle avec les trois Ordres que saint François d’Assise a eu le bon­heur d’ins­ti­tuer dans l’Eglise pour l’a­mour de Jésus-​Christ et la sanc­ti­fi­ca­tion des âmes. Ces trois Ordres sont si pré­cieux aux yeux du Sauvent, ils sont si chers à son Sacré-​Cœur, qu’il a for­mel­le­ment pro­mis à son grand ser­vi­teur François, sur le Mont Alverne, qu’ils sub­sis­te­raient tous trois jus­qu’à la fin du monde.

Le pre­mier de ces Ordres est celui des Frères Mineurs com­mu­né­ment appe­lés Franciscains, ou Capucins, ou Cordeliers, ou Récollets, sui­vant les dif­fé­rentes branches de la grande famille de Saint-​François. Au fond, c’est un seul et même Ordre : le grand arbre séra­phique n’a qu’un tronc ; mais il y a des nuances dans l’in­ter­pré­ta­tion et l’ap­pli­ca­tion de la règle du patriarche d’Assise ; et ces nuances ou, comme on dit, ces réformes ont don­né nais­sances à plu­sieurs branches, dis­tinctes entre elles quoi­qu’u­nies par le tronc et la racine. Les Frères Mineurs sont avant tout les reli­gieux de la pau­vre­té évan­gé­lique. Dans leur Règle, dans la forme de leur sain­te­té, tout converge vers la pre­mière béa­ti­tude :  » Bienheureux ceux qui ont l’es­prit de pau­vre­té, car le royaume des cieux est pour eux ! » C’est dans la pau­vre­té de Jésus-​Christ qu’ils trouvent l’hu­mi­li­té et la dou­ceur, la patience et la mor­ti­fi­ca­tion, la paix, la joie, la cha­ri­té, l’es­prit de sacri­fice, en un mot la sain­te­té par­faite. Ils vont nu-​pieds comme des pauvres ; ils ont une robe gros­sière, trop chaude en été, trop froide en hiver ; ils jeûnent tous les ven­dre­dis de l’an­née, et presque sans inter­rup­tion, depuis la Toussaint jus­qu’à Pâques. Ils ne pos­sèdent rien ici-​bas, abso­lu­ment rien ; ils ne vivent que de cha­ri­té ; ce que vous leur don­nez conti­nue à vous appar­te­nir aus­si long­temps que cela sub­siste, aus­si long­temps que cela n’est point consom­mé. Quant à leurs pauvres cou­vents et aux mor­ceaux de terre qui en dépendent, ils appar­tiennent au Pape. Les Frères Mineurs n’ont rien, rien que Jésus-​Christ, qui est tout. L’hiver comme l’é­té, ils se lèvent à minuit pour psal­mo­dier l’Office divin ; et après l’Office, ils font une heure d’o­rai­son. Après quoi, ils regagnent leurs pauvres cel­lules, et se ren­dorment, comme ils peuvent, sur leurs cou­chettes de planches, gar­nies d’une méchante paillasse qui n’est guère moins dure que le bois. Ils prêchent Jésus cru­ci­fié et son amour ; ils prient, ils font péni­tence, une péni­tence rude, mais joyeuse. Tel est le pre­mier Ordre de Saint-​François, le saint Ordre des Frères Mineurs, aux mérites, aux péni­tences et aux prières des­quels nous avons le bon­heur de par­ti­ci­per, grâce à la conces­sion récente de notre bien aimé Pape Pie IX.

Le second Ordre de la famille séra­phique repré­sen­té par le second nœud du Cordon, est celui des Dames de la pau­vre­té ou Pauvres Dames, comme on les appe­lait jadis. Aujourd’hui on ne les connaît guère que sous le nom de Clarisses, qui leur vient de Sainte-​Claire d’Assise, la pre­mière fille spi­ri­tuelle de Saint-​François, et la fon­da­trice du pre­mier couvent des Pauvres Dames. Les Clarisses sont cloî­trées ; leur pau­vre­té est extrême, abso­lue, comme celle des Frères Mineurs. Elles vont pied nus, vivent exclu­si­ve­ment des aumônes qu’on veut bien leur appor­ter ; car elles ne peuvent aller men­dier, comme les Frères Mineurs. Leur vie tout entière est un holo­causte d’a­mour, de péni­tence, d’im­mo­la­tion per­pé­tuelle. Comme les Frères Mineurs, elles ont une dévo­tion toute par­ti­cu­lière au mys­tère de la crèche et de la croix, au Sacré-​Cœur et au Saint Sacrement, à l’Immaculée Conception de la sainte Vierge, aux saints Anges, à saint Joseph et à l’au­to­ri­té de la Chaire Apostolique.

Le troi­sième nœud de notre cher cor­don nous rap­pelle le troi­sième Ordre, ou Tiers Ordre ins­ti­tué par saint François lui-​même pour faire jouir des bien­faits de la vie reli­gieuse, tous les chré­tiens, ecclé­sias­tique ou laïques, qui vivent dans le monde. Le Tiers Ordre de la péni­tence, comme on rap­pelle encore, est un véri­table Ordre, et non pas seule­ment une confré­rie. C’est un Ordre qui a une règle approu­vée par le Saint-​Siège ; qui a un habit reli­gieux, de forme et de cou­leur déter­mi­nées ; qui est astreint à cer­taines pra­tiques de pié­té, à cer­taines prières, à cer­taines péni­tences. Il y a le Tiers Ordre régu­lier, com­po­sé de ter­tiaires qui vivent en com­mu­nau­té, comme de vrais reli­gieux et qui ont un supé­rieur General rési­dant à Rome ; et le Tiers Ordre sécu­lier, dont les membres, ecclé­sias­tiques ou laïques, céli­ba­taires ou mariés, conti­nuent à vivre dans le monde, cha­cun sui­vant sa voca­tion. Il serait trop long de détailler ici les diverses obli­ga­tions des ter­tiaires ; qu’il suf­fise de dire que le Tiers Ordre est une source immense de grâces et de sanc­ti­fi­ca­tion ; que, dans la pen­sée de saint François et du Saint-​Siège, il est fait pour tout le monde, acces­sible à toutes les condi­tions, à toutes les san­tés, à, tous les tem­pé­ra­ments, aus­si bien fait pour les princes et les prin­cesses que pour les pauvres, que pour les ser­vantes, pour les prêtres que pour les gens mariés, pour les jeunes gens et les jeunes filles aus­si bien que pour les vieillards. La règle elle-​même com­mande de dis­pen­ser de toutes les aus­té­ri­tés qu’elle pres­crit, lorsque, pour des rai­sons légi­times, on ne peut les embras­ser. Du reste, la règle du Tiers Ordre n’o­blige pas sous peine de péché, même de péché véniel. C’est une pure source de grâces et de mérites, sans aucun incon­vé­nient, sans aucun danger.

Le Cordon de Saint François nous apporte, si nous le vou­lons, toutes les immenses indul­gences, les abso­lu­tions géné­rales et les autres faveurs spi­ri­tuelles octroyées par le Siège Apostolique à la famille fran­cis­caine. Mais pre­nons garde et ne nous ima­gi­nons pas que pour cela nous sommes sur le même pied que les Frères Mineurs et les Clarisses, et même que les simples Tertiaires. Si les faveurs sont les mêmes, les mérites ne sont pas les mêmes : loin de là. Or ce sont les mérites qui consti­tuent la sain­te­té et qui comptent pour la vie éter­nelle. Nous autres, avec les magni­fiques faveurs de notre cor­don, récol­tées à si peu de frais, nous man­geons les confi­tures de saint François, mais nous n’a­vons pas le pain, le pain qui nour­rit ; les ter­tiaires ont, avec les confi­tures, la mie du pain, ce que l’on donne aux enfants ; les aus­tères Frères Mineurs et les géné­reuses péni­tentes de Sainte-​Claire reçoivent le pain tout entier, avec les fortes et nour­ris­santes dure­tés d’une croûte bien cuite ; et les confi­tures ne sont pour eux que l’ac­ces­soire. Aussi, com­bien de fois le cor­don fran­cis­cain n’a-​t-​il pas ser­vi à saint François pour atti­rer au Tiers Ordre des âmes avides de mieux faire, et, à son tour, com­bien de fois le Tiers Ordre n’a-​t-​il pas été la porte par laquelle l’Esprit de Dieu a fait mon­ter des âmes plus géné­reuses encore jus­qu’aux deux grands Ordres de la pau­vre­té séra­phique ! N’oublions pas, pauvres petites vio­lettes du par­terre de saint François d’Assise et de saint François de Sales, n’ou­blions pas que nous ne sommes rien en com­pa­rai­son de ces nobles péni­tents ; auprès de ces zouaves de la péni­tence, nous ne sommes que des enfants de troupe ; et si, devant Dieu et son Eglise, nous sommes revê­tus du même uni­forme tout res­plen­dis­sant d’in­dul­gences et de grâces ines­ti­mables, nous n’en sommes pas moins des enfants, qui ne doivent se réjouir que très modes­te­ment. Tâchons du moins, avec l’aide de Dieu et de nos deux bons saints François, de si bien pro­fi­ter de cet inépui­sable tré­sor de par­don et d’a­mour, que nous soyons tou­jours de bons enfants, bien inno­cents, bien dociles, bien recon­nais­sants, bien fidèles à Jésus.

Imprimatur

Fr. Arsène, Capucin, Provincial de Paris

Fr. Léon, Provincial des Franciscains de l’Observance

Réponses à quelques difficultés proposées par quelques uns de nos directeurs

Comment fait-​on les cor­dons de Saint-François ?

Il n’y a aucune règle obli­ga­toire pour la forme du cor­don. Il doit seule­ment être de chanvre, de lin ou de laine, de cou­leur blanche ou écrue ; une petite ficelle ne suf­fi­rait pas ; une grosse corde n’est pas néces­saire. Il est d’u­sage qu’il soit ter­mi­né d’un côté par un nœud cou­lant, et de l’autre par trois nœuds, sym­boles des trois Ordres fon­dés par saint François, aux­quels se trouvent unis les confrères du cor­don, ou bien encore des trois vœux de la consé­cra­tion reli­gieuse. Quelques-​uns mettent cinq nœuds, en sou­ve­nir des cinq plaies de Notre Seigneur cru­ci­fié et des cinq stig­mates de saint François. On peut por­ter indif­fé­rem­ment le cor­don sur la che­mise ou par des­sous. Quand il est usé ou sali, on le brûle, et on le rem­place par un autre qui n’a pas besoin d’une nou­velle bénédiction.

Tout prêtre approu­vé pour les confes­sions peut-​il don­ner l’ab­so­lu­tion géné­rale en dehors du tri­bu­nal de la pénitence ?

Oui ; cela est cer­tain désormais.

Peut-​il la don­ner à d’autres qu’à ses péni­tents, et à plu­sieurs fidèles à la fois ?

Oui, mais tou­jours d’une façon pri­vée, dans une sacris­tie, par exemple, dans une petite cha­pelle, dans un appar­te­ment, etc. Pour avoir le droit de la don­ner en public, du haut de l’au­tel ou de la chaire, il fau­drait en avoir reçu le pou­voir du Provincial des Frères Mineurs.

En quoi l’ab­so­lu­tion géné­rale fran­cis­caine diffère-​t-​elle de l’in­dul­gence plénière ?

Comme nous l’a­vons indi­qué plus haut, l’ab­so­lu­tion géné­rale ne remet pas seule­ment, comme l’in­dul­gence plé­nière, les peines tem­po­relles dues à nos péchés par­don­nés, mais en outre, et ceci est très consi­dé­rable, elle nous retrempe, avec une puis­sance extra­or­di­naire, dans la grâce de notre bap­tême, dans la grâce qui fait les chré­tiens et les Saints. Elle renou­velle, en l’es­sence même de notre âme bap­ti­sée, les dons infus de la foi, de l’es­pé­rance et de la cha­ri­té, nous unis­sant très inti­me­ment, dans la mesure de nos dis­po­si­tions à Jésus-​Christ, notre Seigneur et Sauveur, qui vit en nous, en l’u­ni­té de l’Esprit Saint et du Père. Elle renou­velle en nous la grâce qui fait les chré­tiens, non seule­ment au point de vue géné­ral du par­don, mais encore au point de vue spé­cial et très excellent de la par­faite sain­te­té et du par­fait amour.

Pour avoir droit à l’ab­so­lu­tion géné­rale, faut-​il se confes­ser le jour ou on la reçoit ?

Oui, si l’on a le mal­heur de n’être pas en bon état de conscience. Oui, s’il y a plus de huit (ou quinze) jours qu’on ne s’est confes­sé. Autrement, cela n’est pas nécessaire.

Est-​il néces­saire de communier ?

Non, cela n’est pas exi­gé ; mais c’est plus convenable.

Peut-​on rece­voir cette belle abso­lu­tion la veille ?

Oui, à par­tir de midi.

L’Absolution géné­rale peut-​elle être appli­quée aux âmes du purgatoire ?

Oui, quant à l’in­dul­gence plé­nière qu’elle ren­ferme ; non, quant à la res­ti­tu­tion de l’in­no­cence bap­tis­male, qui est une faveur toute per­son­nelle, aus­si bien que la béné­dic­tion papale.

Si l’on n’a pas, ou si l’on ne peut pas lire l’Exaudiat et les prières qui le suivent, peut-​on gagner les belles indul­gences qui y sont atta­chées, en réci­tant à la place, les trois Pater et Ave Maria aux inten­tions du Saint-Père ?

Oui. Ceux qui ne peuvent pas lire sont consi­dé­rés comme ceux qui ne savent pas lire.

Quelles sont les condi­tions pres­crites pour gagner les indul­gences du Cordon de Saint-François ?

Pour gagner les indul­gences atta­chées à l’ar­chi­con­fré­rie du Cordon, il faut rece­voir et por­ter le cor­don, et rem­plir les autres condi­tions géné­rales pres­crites par les Souverains Pontifes, et que tout le monde sait.

La réci­ta­tion de six Pater, Ave et Gloria Patri, est-​elle obligatoire ?

Non. La réci­ta­tion de six Pater, Ave et Gloria Patri n’est qu’un conseil de pié­té, aus­si bien que la réci­ta­tion de l’Exaudiat, après la com­mu­nion, et n’est nul­le­ment néces­saire pour faire par­tie de l’ar­chi­con­fré­rie du Cordon. Porter le cor­don est, sans doute, la seule condi­tion requise pour être apte à gagner les magni­fiques indul­gences atta­chées à la réci­ta­tion de ces prières ; mais si on néglige de les réci­ter, il est évident qu’on ne gagne rien.

Pour don­ner le cor­don, est-​il néces­saire de se rendre à réa­lise et de se revê­tir du sur­plis et de l’étole ?

Non, cepen­dant quand on le peut, cela vaut mieux et c’est plus convenable.

La par­ti­ci­pa­tion des Cordigères à toutes les faveurs spi­ri­tuelles accor­dées aux trois Ordres de Saint-​François est-​elle certaine ?

Oui. Dans plu­sieurs Manuels ou Notices sur le Cordon fran­cis­cain, où il est ques­tion des indul­gences spé­ciales que les Souverains Pontifes y ont atta­chées, il n’est pas fait men­tion de la par­ti­ci­pa­tion géné­rale à toutes les faveurs spi­ri­tuelles octroyées aux trois Ordres de Saint-​François. Un doute s’é­tant éle­vé à cet égard, il y a quelques années, on a consul­té les Supérieurs fran­cis­cains et Capucins, les­quels ont recon­nu qu’en ver­tu de deux brefs apos­to­liques (Paul V., 23 mai 1606 — Grégoire XV, 10 novembre 1622), cette par­ti­ci­pa­tion géné­rale est par­fai­te­ment cer­taine et authen­tique. Nous en trou­vons une nou­velle preuve dans l’ap­pro­ba­tion offi­cielle et expli­cite don­née à Borne, en 1866, à un som­maire des indul­gences dont jouissent les confrères du Cordon séraphique.

Dernière ques­tion. Comment des faveurs aus­si mer­veilleuses peuvent-​elles être gagnées à si bon compte, et en se cei­gnant sim­ple­ment de cette pauvre petite corde ?

La ques­tion n’est pas dans la petite corde, mais dans la sou­ve­raine et indis­cu­table auto­ri­té du Vicaire de Jésus-​Christ. Notre Seigneur a décla­ré que tout ce que saint Pierre lie­rait et délie­rait sur la terre, serait lié et délié dans les Cieux ; saint Pierre, par le minis­tère de ses suc­ces­seurs a accor­dé à la famille fran­cis­caine et par exten­sion aux confrères du Cordon séra­phique, les grâces incom­pa­rables que nous venons de dire : donc, tous les enfants de saint François sont assu­rés d’en jouir devant Dieu et devant son Eglise. En outre, ce n’est point la pauvre petite corde qu’il faut regar­der ici, bien qu’elle soit néces­saire, mais les mérites véri­ta­ble­ment séra­phiques de notre bien­heu­reux Père saint François qui rejaillissent jusque sur cha­cun de nous, et non seule­ment ceux de saint François, mais encore ceux de l’in­nom­brable pha­lange des Saints et des Saintes, des bien­heu­reux et des bien­heu­reuses de son Ordre, ain­si que les mérites quo­ti­diens et chaque jour renou­ve­lés de ces aus­tères Frères Mineurs, de ces pauvres et saintes Clarisses, de ces pieux Tertiaires et Cordigères, qui dans tous les pays du monde, prient, font péni­tence, servent et aiment Jésus Christ avec tant de fer­veur. Ici comme presque tou­jours, il plaît à Dieu de faire tout de rien et de choi­sir ce qui n’est point pour confondre ce qui est, selon la parole du grand Apôtre.