Dimanche 8 juin 2014

Sermon du pèlerinage de Chartres 2014 – « Heureux les cœurs pliables car ils ne rompront pas »

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit, ain­si soit-il,

Très chers confrères, très chers abbés, très chers pèle­rins, très chers fidèles,

La vic­toire de l’Agneau, c’est bien la vic­toire de Notre-​Seigneur Jésus-​Christ par la croix et je pense que par­mi d’autres leçons, nous pou­vons en tirer une. C’est quelle est l’at­ti­tude, quels sont les sen­ti­ments qu’il faut avoir face à la croix ? Devant les croix, donc devant les épreuves.

C’est là vrai­ment que Notre-​Seigneur est un agneau, l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde. Il est un agneau tout d’a­bord par sa doci­li­té vis-​à-​vis du Père. Il est doux face à ses per­sé­cu­teurs, ses enne­mis, en même temps il est fort. La croix, les épreuves, nous savons qu’elles viennent de la divine Providence, en fait tout vient de la divine Providence, jus­qu’au moindre détail de notre vie, à plus forte rai­son les tri­bu­la­tions et les épreuves, elles nous viennent vrai­ment de la mort de Dieu. C’est la mani­fes­ta­tion de la volon­té de Dieu. Sur nous. Et peu importe si ces tri­bu­la­tions viennent de la socié­té, de la situa­tion de nos patries, de la Sainte Eglise, des tri­bu­la­tions de la Sainte Eglise… dans ces deux cas, elles s’ag­gravent. Peu importe si ces tri­bu­la­tions viennent de nous-​mêmes, de cha­cun d’entre nous ou de nous-​mêmes dans le sens de la petite famille de la Tradition.

Il est cer­tain qu’elles sont vou­lues par Dieu. Dans la mesure où nous ne pou­vons pas les évi­ter, elles nous arrivent. Il est des fois que Dieu per­met les maux en vue d’un bien, néces­sai­re­ment. Et qu’il per­met les maux, tou­jours en vue d’un bien plus grand que celui qui est empê­ché par ces maux. Et puisque c’est là que nous savons bien que Dieu est notre Père et c’est donc la Providence d’un Père qui nous a aimés jus­qu’à nous don­ner son Fils. Et c’est pour cela que la pre­mière des atti­tudes devant l’é­preuve c’est de remer­cier le Bon Dieu. C’est d’y voir la Providence pater­nelle de Dieu qui cherche par cette voie-​là à nous don­ner des biens. C’est pour cela que cette doci­li­té est une dou­ceur, une man­sué­tude par rap­port à Dieu. Saint Augustin dit que ces biens, la man­sué­tude en pre­mier lieu, est une doci­li­té par rap­port à la véri­té qui nous est révé­lée par Dieu, et par rap­port au gou­ver­ne­ment et aux dis­po­si­tions de Dieu dans notre vie. Et c’est pour cela que le don du Saint-​Esprit qui fait les doux, c’est le don de pié­té, celui qui nous fait voir vrai­ment en Dieu un père, tout d’abord.

Mais ensuite, la man­sué­tude, la dou­ceur peut être aus­si une force et cela on a tort de l’ou­blier. Saint Basile dit : le doux est celui qui a ses mœurs réglées, qui est libre de toute agi­ta­tion et qui se pos­sède lui-​même. Il ajoute plus loin : le doux il est plein de vigueur, de fer­me­té, et de force.

Saint Thomas d’Aquin parle dans le même sens. Il dit que ce sont les doux, dans le sens de la Béatitude, qui sont maîtres d’eux-​mêmes, et qui sont donc forts face à l’ad­ver­si­té, aux évé­ne­ments, aux cir­cons­tances, aux épreuves, aux tri­bu­la­tions, aux croix. Il demeure ferme, inébran­lable, comme un rocher. Et cela c’est sur­tout la patience, c’est bien un des exemples de la Passion de Notre-​Seigneur Jésus-​Christ, la patience.

Saint Jacques – nous le disions il n’y a pas si long­temps – nous dit : réjouissez-​vous gran­de­ment lorsque vous serez ten­tés par toutes sortes d’é­preuves. Réjouissez-​vous des épreuves parce que l’é­preuve de votre foi pro­duit la patience, et la patience – bien sûr, quel­que­fois c’est la patience des sens. C’est une autre patience qu’il faut avoir – la patience opère des œuvres par­faites, afin que vous soyez par­fait, accom­pli et que rien ne vous manque. Encore une fois, il faut avoir cette atti­tude ferme, forte, patiente devant l’é­preuve pour atti­rer le pro­fit, pour qu’elle nous per­fec­tionne et évi­ter qu’elle nous écrase.

Saint Augustin dit : si tu es bien dis­po­sé lorsque l’é­preuve arrive, si l’é­preuve te trouve bien dis­po­sé, tu te per­fec­tionnes, tu te sanc­ti­fies. Si elle te trouve mal dis­po­sé, elle t’é­crase, elle te détruit. En tout cas, nous savons que le bon Dieu l’a per­mise pré­ci­sé­ment en vue de ces biens sur­na­tu­rels et spi­ri­tuels que nous pou­vons en tirer.

Et nous voyons bien cette force de Notre-​Seigneur Jésus-​Christ tout au long de la Passion. En même temps la dou­ceur a ce troi­sième aspect qui est une pleine bon­té envers les autres, le pro­chain, les enne­mis, les per­sé­cu­teurs. S’il faut être doux vis-​à-​vis des enne­mis, j’i­ma­gine qu’il faut être aus­si doux vis-​à-​vis des amis, lors­qu’ils nous pro­voquent à tort. Mais la dou­ceur donc, saint Bernard dit que c’est une bon­té et une onc­tion du Saint-​Esprit qui fait que de tout, ne trompe, n’ou­trage, n’of­fense per­sonne et qu’il éta­blit un com­merce d’a­mi­tié et de bien­faits avec tous les hommes. Donc la dou­ceur, c’est ne pas répondre aux offenses et aux outrages, ne pas réagir, mais bien plu­tôt vaincre le mal par le bien. Rendre le bien pour le mal qu’on a reçu.

C’est donc, comme le dit saint François de Sales, la fleur de la cha­ri­té, c’est la cha­ri­té la plus éle­vée et la plus fine que cette dou­ceur. Envers tous et même envers ses enne­mis, comme Notre-​Seigneur Jésus-​Christ nous l’a mon­tré. C’est l’a­gneau immo­lé. Il est allé à sa Passion comme un agneau. Et cette dou­ceur, nous devons la culti­ver, sur­tout entre nous, entre les com­pa­gnons d’âmes. C’est d’être aimable et puis d’être amiable. C’est une bon­té envers tous.

L’apôtre saint Paul nous dit : si vous vivez par l’es­prit, mar­chez selon l’es­prit, si vous vivez par l’Esprit-​Saint, mar­chez selon le Saint-​Esprit. Si vous vivez selon la chair, vous mour­rez, mais si vous faites mou­rir les œuvres de la chair par l’es­prit, vous vivrez. Ce sont ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu qui sont vrai­ment les enfants de Dieu. Alors, il énu­mère les œuvres de la chair et puis les fruits du Saint-​Esprit, il est inté­res­sant de voir que par­mi les œuvres de la chair, après avoir signa­lé les péchés d’im­pu­re­té, les péchés contre la reli­gion, il montre les oeuvres de la chair qui sont contraires à la cha­ri­té fra­ter­nelle et il en met jus­qu’à onze. Les ini­mi­tiés, les dis­sen­sions, les divi­sions, les dis­putes, les rixes, les par­tis, les scis­sions, les schismes, et lors­qu’il nous trace quelle est la vie de l’Esprit-​Saint, il insiste aus­si cette fois-​ci en par­lant des fruits de l’Esprit-​Saint, de ces mêmes ver­tus, les fruits de l’Esprit. C’est la cha­ri­té, la joie, la paix, la patience, la béni­gni­té, la bon­té, la lon­ga­ni­mi­té, la dou­ceur, la foi, et il ter­mine par la modes­tie c’est-​à-​dire la tem­pé­rance, la conti­nence et la chasteté.

Et c’est bien dans cette épître aux Galates où il dit : faites atten­tion, si vous vous mor­dez les uns les autres, et si vous vous man­gez les uns les autres, vous allez vous consu­mer. Toute la loi est ren­fer­mée dans ce pré­cepte d’ai­mer les autres, le pro­chain comme soi-​même, d’ai­mer les autres comme Notre-​Seigneur Jésus-​Christ nous a aimés. Voilà en quoi consiste la pen­sée de l’a­pôtre saint Paul et tout à l’heure lorsque je vous ai dit ce triple exemple de Notre-​Seigneur, sa douce confor­mi­té à la volon­té de son Père, cette force, mais suave, pai­sible, souple, et encore cette dou­ceur envers le pro­chain, sans doute je vous ai rap­pe­lé la figure de Mgr Marcel Lefebvre car enfin s’il nous a don­né un exemple dans le mode et la façon dont il faut com­battre et souf­frir la pas­sion avec la Sainte Eglise, c’est bien la dou­ceur. Mais la dou­ceur com­prise comme je viens de vous le dire. Non comme une fai­blesse ou un sen­ti­men­ta­lisme. Mais comme une confor­mi­té à la volon­té du Père qui nous émonde, qui nous taille. Précisément parce que nous por­tons du fruit et afin que nous en por­tions davan­tage. Avec cette force inébran­lable, mais une force pai­sible, tran­quille, qui domine la colère, les impa­tiences, l’in­di­gna­tion, et même les anxié­tés, et qui en tout cas est pleine de cha­ri­té envers le pro­chain et qui veut tou­jours rendre le mal par le bien.

Mgr Lefebvre nous a lais­sé un exemple extra­or­di­naire de cela, et c’est ansi qu’il a été en même temps ferme et doux et cha­ri­table.

Saint François de Sales dit d’une façon assez plai­sante : « Heureux les cœurs pliables car ils ne rom­pront pas ». Bienheureux les cœurs pliables, souples, car ils ne rom­pront jamais, ils ne plie­ront jamais. Ce n’est pas une plai­san­te­rie, c’est une parole de saint François de Sales.

Alors, deman­dons cette onc­tion du Saint-​Esprit. Aujourd’hui, c’est la fête de la Pentecôte, il nous faut pré­ci­sé­ment, cette onc­tion, cette effu­sion du Saint-​Esprit, du don de pié­té, de force, de conseil, car bien sûr il faut que tout cela soit régi par la pru­dence, donc le don de conseil comme c’é­tait bien le cas de Mgr Lefebvre encore une fois. Encore une ver­tu qui a écla­té, brillé chez lui. Demandons donc cette onc­tion du Saint-Esprit.

Les Actes des apôtres nous disent com­ment les apôtres se sont dis­po­sés à cette des­cente du Saint-​Esprit. Ils étaient au cénacle per­se­ve­rantes una­ni­mi­tas in ora­tione cum Maria Jesu. Ils per­sé­vé­raient, d’un seul cœur, d’une seule âme dans la prière avec Marie, la Mère de Jésus. Eh bien, c’est pré­ci­sé­ment cela qu’il nous faut, c’est pré­ci­sé­ment cela que nous ferons aus­si demain, c’est de per­sé­vé­rer fer­me­ment et dans la foi et dans la cha­ri­té, dans le com­bat de la foi, dans le com­bat de la ver­tu. Mais una­ni­mi­tas, c’est-​à-​dire qu’il faut que cela se passe dans la cha­ri­té fra­ter­nelle si nous vou­lons que le Saint-​Esprit règne en nous, dans nos cœurs. Il faut que nous per­sé­vé­rions dans la prière. Aujourd’hui, finit, se ter­mine la Croisade du Rosaire et en fait le sens de cette croi­sade c’est de nous habi­tuer à prier tout le temps, à prier sans cesse, à prier sur­tout le rosaire, le Cœur Immaculé de Marie. Et donc à conti­nuer ces habi­tudes que nous avons prises. Continuons donc dans cet état pour ain­si dire habi­tuel de prier et sur­tout que cela soit avec Marie, la Mère de Jésus.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit, ain­si soit-il.

Mgr Alfonso de Galarreta, évêque auxi­liaire de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X

Transcription : Y. R‑B pour LPL

FSSPX Premier assistant général

Mgr Alfonso de Galarreta, né en Espagne en 1957, a été sacré évêque auxi­liaire de la Fraternité Saint-​Pie X le 30 juin 1988 par Mgr Marcel Lefebvre. Ayant exer­cé de nom­breuses res­pon­sa­bi­li­tés notam­ment comme Supérieur du dis­trict d’Amérique du Sud et direc­teur du sémi­naire de La Reja, il est actuel­le­ment Premier Assistant du Supérieur géné­ral de la Fraternité.