Sermon de clôture du pèlerinage de Chartres 2014 par M. l’abbé Régis de Cacqueray

En rai­son des pré­vi­sions météo­ro­lo­giques défa­vo­rables de ce lun­di de Pentecôte 2014, l’abbé de Cacqueray n’a fina­le­ment pas pro­non­cé ce ser­mon tel qu’il l’avait pré­pa­ré mais en a don­né un autre, plus bref, par­tiel­le­ment sur le même thème, plus adap­té à la circonstance.

Sermon dédié plus spécialement à nos convertis

Permettez-​moi de dédier à nos conver­tis le der­nier ser­mon que j’aurai l’occasion de pro­non­cer dans mes fonc­tions de Supérieur du dis­trict de France à l’occasion de ce magni­fique pèlerinage.

Nos conver­tis, c’est cette pha­lange d’hommes et de femmes de tous les âges, de tous les milieux et de toutes les reli­gions qui, par des che­mins mys­té­rieux et tou­jours très émou­vants, par­viennent un jour dans l’une de nos cha­pelles et se pré­parent au jour béni où l’eau bap­tis­male cou­le­ra sur leur front. Mais pour­quoi une telle dédi­cace ? C’est ce que je vou­drais vous expli­quer à tra­vers trois consi­dé­ra­tions. La pre­mière est que la sanc­ti­fi­ca­tion et le che­mi­ne­ment des âmes vers le Ciel ne se font jamais dans l’intemporalité ni dans les nuées, mais tou­jours dans les cir­cons­tances bien par­ti­cu­lières qui sont celles d’une époque déter­mi­née. La deuxième consi­dé­ra­tion consiste à pré­ci­ser les cir­cons­tances dans les­quelles les âmes ont aujourd’hui à pro­gres­ser. La troi­sième est le signe d’espérance qui nous arrive d’une popu­la­tion très éloi­gnée de nos milieux, mais qui décèle peu à peu que le catho­li­cisme offi­ciel, pro­mu par la Rome actuelle, n’est pas en réa­li­té le vrai catho­li­cisme. Cette popu­la­tion se met à recher­cher avec un inté­rêt crois­sant le vrai visage du catho­li­cisme. Certains sont déjà arri­vés jusqu’à nous et nous sen­tons un fré­mis­se­ment pro­met­teur de tous ceux qui pour­raient encore les rejoindre, sur­tout si nous deve­nons nous-​mêmes des âmes rem­plies de Foi, d’Espérance et de Charité.

I. Notre vie chrétienne s’accomplit dans une époque déterminée

Les Français du XIIIe siècle, qui vivaient sous le règne du roi saint Louis et par­taient à la croi­sade à la suite de leur sou­ve­rain, ne se sanc­ti­fiaient pas dans les mêmes condi­tions que les Français du XXIe siècle, qui vivent dans une patrie rené­gate de ses racines chré­tiennes et dans laquelle le catho­li­cisme s’efface à vue d’œil. Mais ce qu’ont en com­mun les Français du XIIIe siècle et ceux du XXIe siècle, ceux de toutes les époques d’ailleurs, c’est de ne pou­voir se sanc­ti­fier et se sau­ver que s’ils vivent avec pas­sion dans le creu­set des évé­ne­ments qui sont ceux de leur époque, sans cher­cher à y échap­per : en effet, ils ont un rôle déter­mi­nant à y tenir. Les Français du XIIIe siècle n’avaient pas plus le droit d’ignorer l’appel de leur roi à la croi­sade, invi­ta­tion qui leur signi­fiait quelle était la volon­té de Dieu pour eux, que nous autres, catho­liques d’aujourd’hui, ne pou­vons faire abs­trac­tion du contexte poli­tique et reli­gieux dans lequel nous nous trou­vons, aus­si ter­rible qu’il soit.

De même, au siècle sui­vant, sainte Catherine de Sienne souf­fri­ra de l’exil scan­da­leux des papes en Avignon, puis, sur le soir de sa vie, du grand schisme d’Occident. Mais elle ne ces­se­ra de prier et d’offrir sa vie d’immolation pour le retour des papes d’Avignon à Rome, et elle se dres­se­ra ensuite contre le début du grand schisme. Elle n’hésitera pas à écrire aux papes suc­ces­sifs des lettres cou­ra­geuses pour leur repré­sen­ter leur devoir. Loin donc de se sanc­ti­fier hors du contexte de son époque, c’est au contraire pro­fon­dé­ment immer­gée elle aus­si au cœur de son temps qu’elle est deve­nue sainte, en fai­sant face à sa mis­sion jusqu’au bout. Et que dire de la pucelle d’Orléans, notre sainte Jeanne d’Arc dont l’épopée consti­tue le fleu­ron de l’histoire de notre pays ?

II. Évaluation de la vie des catholiques dans la situation politique et religieuse du XXIe siècle

Nous devons donc com­prendre, à notre tour, que nous ne pou­vons espé­rer nous sanc­ti­fier et che­mi­ner vers le Ciel que dans ces cir­cons­tances concrètes qui sont celles de notre temps, celles dans les­quelles le Bon Dieu nous a appe­lés à vivre. Quelles sont-elles ?

Sur le plan poli­tique, nous vivons sous le joug d’une dic­ta­ture dont les chefs, s’ils ne sont pas eux-​mêmes membres des loges maçon­niques, en suivent les consignes. L’existence de cette dic­ta­ture de la France maçon­nique nous est révé­lée en par­ti­cu­lier par la volon­té d’un petit nombre d’initiés, ou de leurs marion­nettes aux com­mandes, d’imposer aux Français des lois immondes qui défient la loi natu­relle. Comme les empe­reurs romains, ils se prennent pour des dieux, ceux qui estiment pou­voir chan­ger jusqu’à la nature humaine et ne craignent pas de jus­ti­fier leurs délires moraux par la pré­ten­due décou­verte d’un troi­sième genre ! Nous fai­sons donc ce pre­mier constat : nous autres catho­liques du XXIe siècle devons être et res­ter catho­liques, et vivre notre Foi, sous un pou­voir tyran­nique, dans une France deve­nue apos­tate et rené­gate. L’antichristianisme d’État mul­ti­plie ses vexa­tions et ses dis­cri­mi­na­tions et nous esti­mons pos­sible que sonne l’heure des persécutions.

Si l’on consi­dère main­te­nant le domaine reli­gieux, nous aurions bien aimé, dans cette situa­tion poli­tique éprou­vante, rece­voir de Rome un récon­fort et des encou­ra­ge­ments équi­va­lents à ceux que saint Pie X pro­di­guait aux catho­liques fran­çais au moment des per­sé­cu­tions qu’ils subirent, au début du XXe siècle, de la part d’un État déjà vio­lem­ment anti­re­li­gieux. Cependant – et c’est là pour nous un motif sup­plé­men­taire de souf­france – les catho­liques qui cherchent à res­ter fidèles à leur Foi intan­gible ne sont plus sou­te­nus depuis long­temps par Rome ni par leurs évêques, et la chose devient tou­jours plus manifeste.

Non seule­ment ils ne sont plus sou­te­nus par Rome ni par les évêques, mais ils sont tan­cés et mépri­sés. Ils sont sévè­re­ment repris s’ils veulent demeu­rer atta­chés à la Foi de tou­jours. La hié­rar­chie de l’Église attend d’eux qu’ils acceptent enfin de se plier à leur tour à son aggior­na­men­to, véri­table révo­lu­tion dans l’Eglise que seule la mau­vaise foi ou la volon­té volon­ta­riste de faire la poli­tique de l’autruche per­met encore de nier.

La véri­té est que la Rome du concile Vatican II, qui a refu­sé de condam­ner le com­mu­nisme, qui a épou­sé la phi­lo­so­phie des droits de l’homme, qui a récla­mé que les États encore catho­liques dans le monde ne le soient plus, qui s’est dépos­sé­dée de son pou­voir magis­té­riel au pro­fit des gou­ver­ne­ments modernes en les ren­dant juges du bien et du mal, cette Rome du concile est la grande res­pon­sable de la perte de la Foi sur la terre.

Jusqu’où se pour­sui­vra la des­cente aux enfers de cette hié­rar­chie aveu­glée ? Lorsqu’on en arrive à voir le suc­ces­seur de Pierre, le pape régnant, concé­lé­brer la messe, le 6 mai der­nier, avec un prêtre dont les mœurs sont notoi­re­ment inver­ties, un mili­tant pro-​LGBT bien connu comme tel en Italie, nous disons notre stu­pé­fac­tion, notre écoeu­re­ment et le bri­se­ment de notre âme en face d’une telle folie. Le vicaire de Jésus-​Christ sur la terre bai­ser la main d’un sodo­mite ! Nous avions eu Monseigneur Gaillot en France et nous avons main­te­nant le pape François à Rome. Mais cette reli­gion conci­liaire n’est pas la nôtre. Nous repen­sons au mes­sage de La Salette qui nous dit que Rome devien­dra le siège de l’antéchrist. Nous ne vou­lons pas dire par là que ce pape est l’antéchrist mais cer­tai­ne­ment qu’il est un anti­christ car il scan­da­lise incroya­ble­ment l’Église.

Le gou­ver­ne­ment reli­gieux des princes actuels de l’Église nous fait pen­ser à celui du Sanhédrin. Le pape et les évêques se trouvent inves­tis de l’autorité reli­gieuse comme les membres du Sanhédrin l’étaient. Mais l’emploi qu’ils font de leur auto­ri­té s’oppose dia­mé­tra­le­ment à ce pour quoi elle leur a été confé­rée par Dieu. Les membres du Sanhédrin étaient ceux qui auraient dû offi­ciel­le­ment recon­naître la mes­sia­ni­té et la divi­ni­té de Notre-​Seigneur Jésus-​Christ mais ils ont été, en réa­li­té, ceux qui L’ont condam­né à mort. Les pon­tifes actuels de l’Église renou­vellent cette condam­na­tion à mort en fou­lant aux pieds l’exemple, la doc­trine et la morale que Notre-​Seigneur nous a lais­sés. Ils œuvrent à l’intérieur de l’Église pour l’édification d’une véri­table contre-​Église qui res­semble à s’y méprendre à la franc-maçonnerie.

Si nous ne sommes cer­tai­ne­ment pas les seuls prêtres et les seuls fidèles hor­ri­fiés par les paroles et les agis­se­ments de la Rome actuelle, nous nous voyons aus­si obli­gés de consta­ter que nous autres de la Fraternité saint Pie X sommes à peu près les seuls de toute l’Église, pour le moment, à expri­mer d’une façon publique notre désap­pro­ba­tion, notre condam­na­tion de ces spec­tacles indignes.

Pourquoi ? Non pas que nous soyons plus cou­ra­geux que les autres. Mais c’est la posi­tion dans laquelle se trouve notre Fraternité, posi­tion que nous n’avons pas choi­sie, qui nous donne la néces­saire liber­té de par­ler comme nous le devons. Les prêtres qui se trouvent cano­ni­que­ment liés par les ins­ti­tuts divers aux­quels ils appar­tiennent se trouvent, ipso fac­to, sous la férule des évêques et des congré­ga­tions romaines. Malheur à eux s’il leur pre­nait l’envie de réprou­ver les agis­se­ments de leurs supé­rieurs. L’actuel mas­sacre de la congré­ga­tion des Franciscains de l’Immaculée nous montre la vio­lence prête à s’abattre sur qui­conque s’essaie à un retour vrai vers la Tradition.

Nous n’avons pas choi­si cette situa­tion cano­ni­que­ment irré­gu­lière mais nous sommes bien obli­gés de consta­ter qu’elle consti­tue aujourd’hui la seule qui soit envi­sa­geable et réa­liste pour rem­plir notre grave devoir de par­ler lorsque le monde ecclé­sias­tique se trouve tout entier muselé.

Comme l’a déjà fait Monseigneur Fellay, nous remer­cions donc la sainte Providence qu’aucun accord ne se soit fait avec la Rome conci­liaire. C’est ce qui nous a per­mis de condam­ner comme nous le devions les cano­ni­sa­tions de Jean XXIII et de Jean Paul II. L’aurions-nous pu si nous avions signé une recon­nais­sance cano­nique ? Nous voyons au contraire que tous ceux qui ont accep­té de Rome une telle recon­nais­sance sont condam­nés à un ter­rible silence. C’est très impres­sion­nant de pen­ser à ces socié­tés reli­gieuses assez nom­breuses où nous savons, par bien des confi­dences, que ces cano­ni­sa­tions posent de graves pro­blèmes de conscience aux prêtres et aux fidèles sans qu’ils n’en puissent rien dire de crainte des repré­sailles qui en résulteraient.

Cette chape de plomb pourra-​t-​elle demeu­rer indé­fi­ni­ment ? Nous espé­rons bien que non. Nous croyons que le sens catho­lique d’un cer­tain nombre de prêtres et de fidèles fini­ra là aus­si, à force d’excès, par prendre le des­sus et par arri­ver à un « non pos­su­mus ». Ceux qui ne veulent pas être de la reli­gion des liqui­da­teurs des dogmes et de la morale ne peuvent pas pas­ser sur tout, à moins de perdre la Foi eux-​mêmes. Et, s’ils réagissent publi­que­ment, ils se trouvent déjà en har­mo­nie avec la Fraternité.

Vraiment, nous remer­cions du plus pro­fond de notre cœur notre Fondateur, Monseigneur Lefebvre, d’avoir fon­dé cette Fraternité comme un radeau de sau­ve­tage pour les catho­liques de notre temps. C’est vrai­ment lui qui a pra­ti­que­ment per­mis la sub­sis­tance de tout ce qui demeure encore catho­lique aujourd’hui.

III. Les catholiques de souche et les bataillons de convertis

Nous devons accom­plir nos devoirs quo­ti­diens de catho­liques et de Français, sans jamais mol­lir. Nous devons demeu­rer fidèles à notre Foi, quoi qu’il doive adve­nir. Nous devons conti­nuer à ser­vir Dieu au milieu de cette incroyable « conju­ra­tion anti­chré­tienne » telle qu’elle a été dénon­cée, par exemple, par Monseigneur Delassus. Il est vrai que depuis la rédac­tion de cet excellent livre loué par le pape saint Pie X, la situa­tion qui s’y trouve décrite a été encore aggra­vée par la com­pli­ci­té des évêques, des car­di­naux et des papes.

Pourtant, il s’agit tou­jours pour nous de consti­tuer une petite armée de catho­liques atta­chés à leur Foi et réso­lus, dans les cir­cons­tances où ils se trouvent, à étendre le règne du Christ Roi autant qu’ils le pour­ront. Cette petite armée ne doit pas se décou­ra­ger au motif de l’inégalité des forces en pré­sence ou de son petit nombre. Elle ne doit pas com­men­cer à dou­ter de la véri­té de ce qu’elle défend. Elle ne doit pas mettre sa confiance dans des alliances dou­teuses et sul­fu­reuses mais en Dieu seul. Elle doit être une petite armée pru­dente et auda­cieuse, joyeuse et fer­vente, tou­jours hono­rée de ser­vir pour la plus grande cause qui soit : celle du règne de Dieu.

L’histoire sainte et l’histoire de notre pays ne sont-​elles pas suf­fi­sam­ment rem­plies de témoi­gnages et d’exemples convain­cants pour nous mon­trer que Dieu se rit du nombre de ses enne­mis ? Il ne veut pas que les sol­dats de sa droite mettent leur confiance dans leur nombre, dans l’argent, dans leurs armes, mais en Lui seul. Dieu veut certes qu’ils com­battent, et avec fougue, mais Il ne veut pas que les hommes aient le ridi­cule de s’attribuer à eux-​mêmes la vic­toire. « Les hommes d’armes com­battent et Dieu donne la vic­toire », avait bien com­pris sainte Jeanne d’Arc. Volontairement, Dieu fait sou­vent les armées chré­tiennes petites et infé­rieures en nombre pour qu’il soit plus évident aux yeux de tous que Lui et Lui seul rem­porte les vic­toires. L’histoire des peuples montre à l’évidence que l’influence du nombre est très secon­daire dans les grandes évo­lu­tions qui se produisent.

Ayons le désir d’être ou de deve­nir davan­tage ces hommes, ces femmes et ces enfants de la droite de Dieu. Puisque les hommes, les femmes et les jeunes enfants eux-​mêmes sont confir­més et que la confir­ma­tion fait indis­tinc­te­ment d’eux tous des sol­dats, remar­quons que l’armée de Notre-​Seigneur Jésus-​Christ est une armée mixte où l’on enrôle à pari­té les femmes et les hommes. Ces der­niers sont même par­fois dépas­sés en bra­voure et en géné­ro­si­té chré­tienne par leurs enfants, comme nous le voyons sur ces routes de Chartres à Paris où ils ont mar­ché si vaillamment.

Mais concrè­te­ment, que signi­fie notre bataille ? Saint Louis appe­lait les hommes à la croi­sade. Voilà au moins qui était concret. Et nous, que devons-​nous faire ? Comment rem­plir notre rôle ? Que voulez-​vous que nous fas­sions exac­te­ment ? Que ne faisons-​nous pas que, selon vous, nous pour­rions faire ? Qui sont nos chefs ? Quelles sont nos armes ? Quelle est la mis­sion et quel est l’ordre de route ? Quels sont nos objec­tifs ? Ne craignez-​vous pas, si vous vous conten­tez de nous appe­ler à une bataille un peu vague, mal défi­nie, que votre appel ne soit guère entendu ?

Oui, vous avez rai­son. Il faut être concret. Le but de cette bataille est conden­sé dans la devise du pape saint Pie X. Il est « d’instaurer et de res­tau­rer toutes choses en Jésus-​Christ ». Les chefs de cette bataille sont, dans le domaine reli­gieux, la hié­rar­chie de sup­pléance de la Fraternité sacer­do­tale saint Pie X. Les armes de cette bataille, qui est d’abord reli­gieuse, sont la sainte messe, le cha­pe­let, la dévo­tion au Cœur Immaculé de Marie, la prière pour la consé­cra­tion de la Russie au Cœur Douloureux et Immaculé de Marie et l’esprit de sacri­fice. Les sol­dats appe­lés à com­battre sont tous ceux qui sont confir­més. Les pre­miers com­bats à mener sont des­ti­nés à for­ti­fier tout ce qui nous appar­tient encore, nos prieu­rés, nos écoles, nos cha­pelles, et aus­si à tout consa­crer au Cœur sacré de Jésus et au Cœur Immaculé de Marie.

Mais ces pre­miers com­bats doivent être accom­pa­gnés de cer­tains autres qui sont plus offen­sifs et qui consistent à vou­loir faire rayon­ner le nom de Jésus-​Christ autour de nous, à avoir le sou­ci apos­to­lique de la conver­sion de ceux qui nous entourent. Ces com­bats consistent en même temps à s’opposer de toutes nos forces à la mon­tée de l’antichristianisme. Nous ne devons par exemple pas nous habi­tuer à pas­ser devant les affiches publi­ci­taires qui outragent le Christ, comme le fait encore actuel­le­ment celle du centre Leclerc qui paro­die la Cène, sans vou­loir faire tout ce qu’il dépend de nous pour expri­mer notre oppo­si­tion et notre écoeu­re­ment. Ne lais­sons pas insul­ter Dieu, ni mou­rir notre patrie !

Dans le domaine tem­po­rel, le but est la recon­quête de nos patries au règne du Christ, Roi de toutes socié­tés et de toutes nations. Nous vou­lons qu’Il règne. Nous devons être conscients de nos obli­ga­tions de faire tout ce que nous devons sur le plan poli­tique. Un cer­tain nombre d’entre vous, de dif­fé­rentes manières, tra­vaillent déjà dans l’espace politique.

Nous récu­sons vrai­ment l’idée qu’il n’y aurait plus rien à faire sur le plan poli­tique, sinon de prier et d’attendre que le régime cor­rom­pu s’effondre sous nos yeux. Certes, il faut prier pour être libé­ré de l’esclavage de la fausse démo­cra­tie moderne – qui accouche d’une vraie dic­ta­ture et livre l’homme tout nu au pou­voir de Léviathan. Nous croyons qu’il existe une action poli­tique que les catho­liques peuvent et doivent mener aujourd’hui.

En effet, même dans des cir­cons­tances comme celles que nous connais­sons, cha­cun admet­tra qu’il vaut tout de même mieux voir les cités diri­gées plu­tôt que som­brant dans l’anarchie. Et, puisqu’elles doivent l’être, mieux vaut alors que ce soit par des hommes hon­nêtes plu­tôt que par des ban­dits. Et, à com­pé­tences égales, autant que ce soit par des hommes hon­nêtes et réel­le­ment catho­liques que par des hommes hon­nêtes mais qui ne seraient pas catho­liques. Il existe encore bien d’autres manières, à tra­vers le tis­su asso­cia­tif et par des ini­tia­tives bien pen­sées, ciblées et ingé­nieuses, de mener des com­bats contre la déca­dence de la cité, de la civi­li­sa­tion et de la culture de mort.

On me dira que l’on risque fort de perdre son âme sur ce ter­rain nau­séeux de la poli­tique qui recourt au men­songe des urnes. Je n’en suis moi-​même vrai­ment pas un ama­teur. Mais je pour­rais citer des noms de Français en 2014 – tout comme Monseigneur Lefebvre cita des noms de chefs d’État lors de son jubi­lé sacer­do­tal de 1979 – élus lors de ces der­nières élec­tions et qui, dans leur cam­pagne, se sont pré­sen­tés expli­ci­te­ment comme étant des catho­liques fidèles de la FSSPX. Certains ont encou­ru des cam­pagnes de presse hai­neuses en rai­son de leur pro­bi­té reli­gieuse et ils sont cepen­dant deve­nus maires de cer­tains vil­lages ou de cer­taines villes dont l’une au moins compte plus de 10 000 habitants.

Il me semble que si un can­di­dat, sans mettre dans l’ombre la moindre véri­té et sans accep­ter la moindre com­pro­mis­sion avec l’erreur, par­vient cepen­dant à se faire élire puis, une fois élu, à ne rien concé­der à l’erreur et à la déma­go­gie, l’on aurait tort de ne pas s’en réjouir. Cela ne signi­fie nul­le­ment que cet élu croit ou que nous croyons à la res­tau­ra­tion de notre pays par le suf­frage uni­ver­sel qui est « le men­songe uni­ver­sel » éri­gé en prin­cipe. Nous ne croyons nul­le­ment à une vic­toire par les urnes. Il s’agit sim­ple­ment de sai­sir les quelques occa­sions qui peuvent exis­ter, sans se ber­cer pour autant d’illusions sur ce mau­vais sys­tème poli­tique fon­dé sur la croyance aber­rante que l’origine du pou­voir rési­de­rait dans le peuple. Loin de faire durer le sys­tème ou de le cau­tion­ner, ces enga­ge­ments poli­tiques peuvent favo­ri­ser les oppor­tu­ni­tés de chan­ge­ments en pro­fon­deur qui font par­fois bas­cu­ler la vie des nations.

Certes, la vic­toire de ce com­bat pour la res­tau­ra­tion du Christ roi de France paraît bien loin­taine. Mais jus­te­ment, nous ne devons pas bais­ser les bras parce que cette res­tau­ra­tion nous paraî­trait trop éloi­gnée. Accomplissons nos devoirs quo­ti­diens avec beau­coup d’ardeur et de cha­ri­té. En face de nous, nous avons des enne­mis qui sont plus méchants que forts. Et s’ils sont forts, ils ne le sont bien sou­vent que de notre propre faiblesse.

Nous pou­vons d’ailleurs mon­trer, sur de nom­breux exemples bien concrets, com­ment les très graves excès aux­quels nous assis­tons, tant sur le plan reli­gieux que poli­tique, finissent même par pro­vo­quer des réac­tions très inté­res­santes dans un sens contraire. Quelle est la grande peur qui fait fris­son­ner les nou­veaux bien-​pensants ? C’est « que les dérives socié­tales aux­quelles nous assis­tons (mariage homo, por­no­gra­phie pour tous, droits de vie et de mort qui s’expriment à tra­vers les droits à l’IVG, la PMA, la GPA et l’euthanasie etc.) ravivent le sen­ti­ment reli­gieux qui som­meille chez bien des Français [1].

Le délire du troi­sième genre cause l’exaspération d’une popu­la­tion que l’on ne peut tout de même pas manier indé­fi­ni­ment comme le trou­peau des mou­tons de Panurge. Et nous avons cer­tai­ne­ment un rôle à jouer, nous autres catho­liques, pour expo­ser que la seule réponse cohé­rente à la déca­dence est en fait four­nie par une poli­tique réa­liste, qui recon­naît que l’autorité vient de Dieu et que le Christ est le maître des nations.

De même, dans le domaine reli­gieux, nous assis­tons à un cres­cen­do invrai­sem­blable des scan­dales conci­liaires. Mais ces scan­dales deviennent tels qu’ils sont en train de pro­vo­quer des phé­no­mènes très remarquables.

Si les milieux catho­liques demeurent silen­cieux, muse­lés par une obéis­sance éri­gée au rang de 4e ver­tu théo­lo­gale, voi­là que d’autres milieux, a prio­ri très éloi­gnés de la Foi, prennent actuel­le­ment conscience que le visage pré­sen­té par l’Église de Vatican II n’est pas son véri­table visage, et se mettent à recher­cher acti­ve­ment le visage vrai de l’Église. Il semble qu’un sou­ci poli­tique les mette d’abord en quête de cette véri­té. Ils font par­tie d’une géné­ra­tion qui constate la déchéance de notre pays et, cher­chant des solu­tions nou­velles, tournent leur regard vers cette époque des heures de gran­deur de la France. Où qu’ils regardent, ils aper­çoivent cette alliance du trône et de l’autel. Nous n’en sommes pro­ba­ble­ment encore qu’à des bal­bu­tie­ments mais ces bal­bu­tie­ments sont aus­si pas­sion­nants que ceux d’un tout petit enfant qui devien­dra un homme.

En voi­ci un signe. Nous appre­nons la réédi­tion toute récente de La Conjuration anti­chré­tienne de Monseigneur Delassus [2], jus­te­ment réa­li­sée par des milieux a prio­ri fort éloi­gnés du nôtre, et ces exem­plaires sont en train de se vendre comme des petits pains. Pourquoi cela ? Parce que toute une popu­la­tion se met à soup­çon­ner que les traits conci­liaires de l’Église sont un masque qui la défi­gure. Et ces gens découvrent actuel­le­ment avec admi­ra­tion ces mines d’or que nous autres, nous avons eu la grâce de tou­jours connaître.

C’est là que nous consta­tons quel tort invrai­sem­blable l’œcuménisme conci­liaire et le dia­logue inter­re­li­gieux ont cau­sé aux âmes. Plus per­sonne, depuis le concile, ne se sou­cie de la conver­sion des juifs et plus per­sonne ne cherche à leur démon­trer la véri­té de la divi­ni­té de Notre-​Seigneur Jésus-​Christ. De même, plus per­sonne ne prie pour la conver­sion des musul­mans et ne cherche à leur mon­trer que notre Foi dans le mys­tère de la Sainte Trinité n’est en aucune manière un tri­théisme. L’apologétique, la théo­lo­gie natu­relle sont en jachère depuis des années. Le catho­li­cisme perd tout cré­dit par la nul­li­té de sa litur­gie et par son asser­vis­se­ment à l’esprit mon­dain. Il est grand temps de dire aux hommes que le catho­li­cisme, ce n’est pas cela.

S’il y a sans doute aujourd’hui bien plus de pas­sages du catho­li­cisme vers l’islam que le contraire, je suis cer­tain que c’est d’abord parce que les musul­mans ne peuvent guère voir du catho­li­cisme que ce visage insi­pide qui n’a rien à voir avec ce qu’il est en véri­té. Nous devons brû­ler du désir de leur mon­trer le Catholicisme vrai, tel qu’il est en réalité.

Nous trou­vons aus­si des Français éle­vés sans reli­gion qui sont frap­pés par le fond de reli­gion mon­tré par tant de musul­mans. Comme ce fut le cas pour Ernest Psichari, qui vécut un temps en terre musul­mane, leur agnos­ti­cisme ou leur athéisme leur paraît hon­teux. Alors, ils cherchent aus­si et leurs regards ne se portent ni vers l’islam, ni vers la reli­gion de Vatican II mais vers le catho­li­cisme de leurs pères.

Et puis, il y a aus­si tous ces Français qui, dégoû­tés de la nou­velle reli­gion huma­ni­taire, socia­li­sante, ont quit­té ce qu’ils pen­saient être l’Église. Et ils s’aperçoivent, par­fois après des dizaines d’années, que ce qu’ils ont quit­té, ce n’était pas l’Église mais cette nou­velle reli­gion. Avec quelle émo­tion ils retrouvent alors la vraie reli­gion dont ils ne savaient pas qu’elle avait subsisté.

Il faut que nous soyons là pour les encou­ra­ger et pour les aider, pour répondre à leurs ques­tions et à leurs objec­tions. Comme les rois mages, ce sont des voyages spi­ri­tuels très longs et très méri­tants qu’ils ont accom­plis. Accueillons-​les bien, ceux qui seront nos futurs caté­chu­mènes, nous l’espérons.

Si nous ne sommes pas timides, nous n’aurons pas fini de nous éton­ner de l’écho favo­rable que beau­coup d’âmes ren­dront en décou­vrant ou en redé­cou­vrant la reli­gion à laquelle leurs pères ont cru pen­dant des siècles, quand la France était belle parce que l’Église la fécon­dait des bien­faits de son ordre et de son amour, de ses lois et de son culte, de ses sacre­ments et de sa loyau­té, de ses ver­tus et de ses gran­deurs. Aussi, rendons-​nous compte que, sur le ter­rain apos­to­lique comme sur le ter­rain poli­tique, nous autres catho­liques avons un rôle vrai­ment extra­or­di­naire à tenir.

Ne nous lais­sons pas inti­mi­der et ne nous lais­sons pas affa­dir par un monde moderne qui croule, mais mon­tons réso­lu­ment au cré­neau de la défense de la vraie France, et sur le rem­part chré­tien, pour dire la véri­té de la Foi de nos pères.

Nous deman­dons à la très sainte Vierge Marie la grâce d’une armée de catho­liques rem­plis de Foi, d’Espérance et de Charité pour aller har­di­ment à la recon­quête du sol de leurs pays et de l’âme de leurs contem­po­rains. Dans le fond de leurs cloîtres, les moniales et les moines inter­cèdent auprès de Dieu pour que gros­sissent les rangs des catho­liques, et que les catho­liques fer­vents, réso­lus et mar­qués du signe de la croix, triomphent par la croix de Jésus-​Christ. Notre-​Dame des Victoires, Saint Pie X, saint François d’Assise, priez pour nous.

Abbé Régis de Cacqueray, Supérieur du District de France, Paris le 9 juin 2014

Notes de bas de page

  1. Anne Lucken, pré­face à la réédi­tion de La Conjuration anti­chré­tienne.[]
  2. Réédition Kontre Kulture : http://www.kontrekulture.com/produit/la-conjuration-antichretienne[]

Capucin de Morgon

Le Père Joseph fut ancien­ne­ment l’ab­bé Régis de Cacqueray-​Valménier, FSSPX. Il a été ordon­né dans la FSSPX en 1992 et a exer­cé la charge de Supérieur du District de France durant deux fois six années de 2002 à 2014. Il quitte son poste avec l’ac­cord de ses supé­rieurs le 15 août 2014 pour prendre le che­min du cloître au Couvent Saint François de Morgon.