16 août 1378

Saint Roch de Montpellier

(vers 1295-​vers 1327)

Fête le 17 août

Les rela­tions d’affaires entre les divers pays de la chré­tien­té comme entre l’Orient et l’Occident étaient fort intenses au début du XIVe siècle. De nom­breux bateaux « bar­ba­resques » se pres­saient dans tous les ports de l’Europe méri­dio­nale. Mais, avec leurs riches car­gai­sons, ils trans­por­taient trop sou­vent les germes de la peste. L’épouvantable épi­dé­mie rava­geait alors des contrées entières. A cette époque appa­rut un homme qui, d’un signe de croix, chas­sait le ter­rible mal et dont le pou­voir gué­ris­seur ne dis­pa­rut pas avec sa mort : c’était saint Roch.

La naissance – L’enfance

Jean, peut-​être gou­ver­neur, peut-​être consul de Montpellier, et sa femme Libérie, sem­blaient au comble du bon­heur ici-​bas. Les pauvres se plai­saient à exal­ter leur géné­ro­si­té, les étran­gers leur bonne hos­pi­ta­li­té, et tout le monde leur ardente dévo­tion. Cependant, quelque chose man­quait à la féli­ci­té des deux époux. Ils avan­çaient en âge et n’avaient point d’enfant. Leur prière dés­in­té­res­sée finit par tou­cher le cœur de Dieu, et, vers l’an 1295, Libérie devint mère d’un bel enfant, à qui on don­na le nom de Roch. Selon cer­tains, au contraire « Roch » ou « Roq » était un nom de famille ; l’histoire atteste que des per­son­nages ain­si dénom­més furent consuls de Montpellier au XIIIe siècle. L’enfant gran­dit entre ses pieux parents ; il appre­nait à s’oublier pour ne pen­ser qu’aux autres ; on le voyait sans cesse occu­pé à secou­rir les pauvres et les étran­gers, atti­rant tous les cœurs par ses paroles pleines de dou­ceur et de conso­la­tion. Il fai­sait la joie de ses parents et de toute la ville de Montpellier.

L’abandon des richesses

Mains un jour la mort vint frap­per au foyer pater­nel. Jean, éten­du sur un lit de dou­leur, appe­la son fils alors dans sa dix-​neuvième année, dit-​on, pour lui lais­ser ses der­niers conseils et sa béné­dic­tion. Roch pro­mit d’observer fidè­le­ment les conseils de son père, et, quand celui-​ci eut ren­du son âme à Dieu, il lui fit de magni­fiques obsèques. Mais, moins d’un an après, la dou­leur empor­ta sa mère dans le tom­beau : il n’avait pas encore vingt ans. Il vou­lut à l’instant lettre à exé­cu­tion les recom­man­da­tions de son père mou­rant ; et, se sou­ve­nant des paroles du Sauveur : « Si vous vou­lez être par­fait, dis­tri­buez vos biens aux pauvres et suivez-​moi », il ven­dit en secret tout ce qu’il put de ses biens et en dis­tri­bua le prix aux mal­heu­reux. Il céda ensuite à un frère de son père le reste de ses biens et tous ses droits à la suc­ces­sion pater­nelle.
L’âme ain­si déchar­gée des sol­li­ci­tudes de la terre, il se revê­tit d’un vieil habit de pèle­rin et prit le che­min de Rome.

La guérison des pestiférés

Roch che­mi­nait pau­vre­ment, deman­dant l’aumône pour l’amour de Dieu, heu­reux quand il rece­vait des injures, et triste quand une cha­ri­table per­sonne lui pro­di­guait des soins. Un jour, il arri­va à Acquapendente, ville de l’ancien Etat pon­ti­fi­cal. La peste y fai­sait d’étranges ravages. Plein de cha­ri­té pour le pro­chain, Roch se pré­sente à l’hôpital en qua­li­té d’infirmier ; mais son jeune âge, son air tendre et déli­cat font craindre que le fléau l’emporte bien vite. L’administrateur de l’hôpital, dont le nom était Vincent, le remer­cie de son offre géné­reuse et ne veut point l’accepter. « Cependant, réplique le jeune homme, Dieu ne peut-​il point don­ner à ses ser­vi­teurs la force d’accomplir ce qu’ils se pro­posent pour sa seule gloire ? » On admire l’élan de sa cha­ri­té, mais c’est en vain qu’il sup­plie. Pendant plu­sieurs jours, il réitère sa demande. Enfin, ses vœux sont accom­plis ; on l’accepte. Il passe alors devant tous les lits ; lave les plaies des pes­ti­fé­rés et les panse, puis il trace sur les malades le signe de la croix. Alors, cha­cun se sent gué­ri ; pas un seul n’échappe à sa mer­veilleuse bon­té. Il par­court ensuite les mai­sons de la ville, soi­gnant et gué­ris­sant tous les pes­ti­fé­rés qu’il ren­contre. Le miracle fait crier par­tout qu’un ange est des­cen­du du ciel : mais, pour évi­ter tout hon­neur, le jeune étran­ger s’échappe de la cité. Il apprend alors que la ville de Césène, en Lombardie, est éprou­vée par le fléau qu’il vient de faire ces­ser à Acquapendente ; il s’empresse de s’y rendre et la déli­vrer par le même pro­dige. Le sou­ve­nir de son pas­sage est rap­pe­lé par une fresque de la cathédrale.

Saint Roch console les pestiférés.

Saint Roch à Rome

Le pèle­ri­nage de Roch à Rome avait été retar­dé, mais un évé­ne­ment vint pres­ser la marche du bien­fait voyageur.Jamais Roch ne révé­la son nom ni sa patrie ; il crai­gnait de por­ter atteinte à son humi­li­té et gar­dait le silence sur ce point. Durant trois ans, il vécut à Rome, par­cou­rant la ville et ses envi­rons, déli­vrant les pes­ti­fé­rés par le signe de la croix. Plus tard, il s’éloigna et visi­ta les contrées d’Italie atteintes de la peste. Elles étaient nom­breuses, et à toutes il fit sen­tir l’effet de sa puis­sance auprès de Dieu.

L’épreuve

Il s’arrêta un jour à Plaisance, se ren­dit à l’hôpital et se mit à pan­ser les malades. Cependant, il fut bien­tôt acca­blé de fatigue et le som­meil s’empara de lui. Tandis qu’il dor­mait, il enten­dit la voix d’un ange qui lui dit :

Fidèle ser­vi­teur, ton cou­rage a été grand pour sou­la­ger les maux de tes frères par amour pour moi, qu’il soit encore grand à sup­por­ter les maux que je t’enverrai à toi-même.

A cette voix, il se réveille. Il est alors sai­si d’une fièvre ardente et res­sent à l’aine une vio­lente dou­leur comme si on l’eût trans­per­cé d’une flèche. Il connaît trop les symp­tômes du ter­rible fléau pour éprou­ver le moindre doute à son sujet : il lève les yeux vers le ciel non pour se plaindre, mais pour rendre grâce à Dieu. On le met au nombre des malades et bien­tôt son mal s’aggrave ; la dou­leur l’oppresse et lui fait pous­ser des cris mal­gré lui. Alors, pour ne point incom­mo­der ses com­pa­gnons, il se traîne jusqu’à la porte. Les pas­sants le pressent de ren­trer, dans la crainte de contrac­ter son mal. Mais le nou­veau pes­ti­fé­ré, pour ne point les inquié­ter à leur tour, se traîne péni­ble­ment hors de la ville jusqu’à l’entrée d’une forêt où une cabane lui sert d’asile. Une soif ardente occa­sion­née par la fièvre vient s’ajouter à la cui­sante dou­leur qu’il éprouve à l’aine.

Ô Dieu de misé­ri­corde, s’écrie-t-il, je vous remer­cie de me faire souf­frir pour vous, mais ne m’abandonnez pas !

A l’instant, une source d’eau lim­pide jaillit à côté de lui. Il s’y désal­té­ra et s’y lava.

Le chien charitable

Cependant, non loin du lieu où le thau­ma­turge s’était reti­ré, s’élevaient de magni­fiques mai­sons de cam­pagne. Les hommes opu­lents de la ville y étaient accou­rus afin d’échapper au fléau. L’un d’eux, nom­mé Gothard, homme très riche et très noble, vit un jour pen­dant le repas un de ses chiens enle­ver de des­sus la table un petit pain et s’enfuir en l’emportant dans la gueule. Le len­de­main, le fait se renou­ve­la deux fois. Le sei­gneur crut que l’animal le fai­sait parce qu’il avait faim et gron­da ses serviteurs.

Le jour sui­vant, il constate que ceux-​ci ne le lais­saient man­quer de rien. Cependant, le chien revint prendre un pain. Intrigué de cette manœuvre, Gothard le sui­vit. Il le vit s’enfoncer dans la forêt et dépo­ser le pain près d’un malade aban­don­né. Le pauvre homme rece­vait le pain avec recon­nais­sance et bénis­sait l’animal qui le lui don­nait : « Celui-​ci est un grand ami de Dieu, se dit Gothard, puisque les ani­maux lui obéissent. » Alors, il s’approcha de cet incon­nu et deman­da à celui-​ci qui il était et quelle était sa maladie.

Je suis un pes­ti­fé­ré, répon­dit Roch, c’est pour­quoi je vous prie de vous reti­rer de peur que vous ne gagniez mon mal.

Et Gothard revint chez lui. Mais il se prit aus­si­tôt à réflé­chir sur ce qu’il avait vu. Son chien n’était-il pas plus cha­ri­table que lui ? Il eut honte de sa crainte et revint vers le malade. Celui-​ci vit en ce retour la volon­té de Dieu et l’accepta à ses côtés.

Le riche devenu mendiant

Le riche sei­gneur se fit donc ser­vi­teur du pauvre pèle­rin ; il ne retour­nait plus à son châ­teau dans la crainte d’épouvanter les siens ou de leur com­mu­ni­quer la mala­die de son pro­té­gé. Mais le chien n’apportait plus de nour­ri­ture et le sei­gneur fut rem­pli d’inquiétude.

– Comment ferai-​je, demanda-​t-​il pour trou­ver à manger ?

– Prenez mon man­teau, lui répon­dit Roch, et allez quê­ter dans les environs.

L’humiliation sem­blait grande à un per­son­nage qui était connu de tous côtés ; mais, encou­ra­gé avec des parles sur­na­tu­relles, il par­tit pour l’amour de Dieu. Il ten­dait la main devant chaque porte, mais sa besace de men­diant ne se rem­plis­sait pas, les anges trans­por­taient au ciel les injures, les refus, les mau­vais trai­te­ments ; toutes ces épreuves il les rece­vait avec un bon­heur qu’il n’avait pas encore connu par­mi les plai­sirs du monde.

Enfin, après une longue course, il rap­por­ta au malade tout juste deux petits pains. Roch se réjouit de savoir que son bien­fai­teur avait souf­fert pour l’amour de Jésus-​Christ ; puis, afin d’imiter le divin Maître par­don­nant à ses bour­reaux, il se ren­dit lui-​même à la ville et gué­rit par le signe de la croix les pes­ti­fé­rés de l’hôpital et des mai­sons par­ti­cu­lières. Comme il retour­nait à sa ché­tive habi­ta­tion, beau­coup de per­sonnes, frap­pées des mer­veilles accom­plies dans la ville, le sui­vaient en ren­dant grâce à Dieu.
Soudain, une voix venue du ciel se fait entendre :

Roch, mon fidèle ser­vi­teur, la san­té t’est ren­due, retourne en ta patrie et fais‑y des œuvres de péni­tence pour méri­ter d’être ran­gé par­mi les Bienheureux.

A l’instant, Roch fut gué­ri. Un jeune homme se pré­ci­pite à ses pieds, le prie d’étendre sa pro­tec­tion sur la ville et ses envi­rons et il en reçoit l’assurance.

La charité récompensée

Cependant, Roch ne quit­ta pas aus­si­tôt Plaisance. Il venait de conqué­rir une âme à Jésus-​Christ, il vou­lait de plus en assu­rer la per­sé­vé­rance. Frappé des pro­diges dont il avait été témoin, Gothard écou­ta avec plai­sir les conseils de Roch qui le pous­sait dans la voie de per­fec­tion ; il renon­ça aux richesses et aux hon­neurs dont il jouis­sait pour mener au fond d’un bois une vie pauvre, oubliée, et entiè­re­ment don­née à Dieu. Son ami Roch le for­ma aux pra­tiques de la mor­ti­fi­ca­tion et de la prière, et, quand il vit la marche de son dis­ciple assu­rée dans ce nou­veau che­min, il prit congé de lui. On ne connait pas la date de la mort de Gothard. Parfois, les anciens récits lui donnent le titre de Saint.

Le prisonnier innocent

Pour obéir à l’ordre des­cen­du du ciel, Roch rega­gna sa patrie. Car, quoi qu’on ait pu en dire, c’est bien à Montpellier qu’il est reve­nu mou­rir. A ce moment-​là, la ville était en état de guerre, un rien ren­dait un homme sus­pect. A peine Roch fut-​il entré, qu’on s’empara de lui et qu’on le condui­sit devant les tri­bu­naux. Par la négli­gence de son oncle qui ne le recon­nut point, il fut jeté en pri­son comme espion. Joyeux de pou­voir souf­frir, Roch se gar­da bien de dire qui il était, imi­tant en cela l’exemple de saint Alexis.

Enfermé dans un cachot infect, où aucun rayon de lumière ne trou­vait entrée, Roch y demeu­ra cinq ans, souf­frant tout pour l’amour de Jésus cru­ci­fié. Cela lui parais­sait encore peu : il refu­sait les ali­ments cuits, se meur­tris­sait la poi­trine de coups, déchi­rait tout son corps avec des fouets et pas­sait tout le jour et la nuit en prière. Cependant un jour, une lumière écla­tante illu­mi­na l’obscurité de cette pri­son : c’était Jésus qui venait annon­cer au cap­tif sa pro­chaine déli­vrance. La mort allait le reti­rer de la main des hommes.

L’heure de la délivrance – le triomphe

Pendant ce temps, une voix du ciel s’était fit entendre à Roch.

Voici ton heure arri­vée, avait-​elle dit, tu vas entrer dans ma gloire ; s’il te reste quelque grâce à deman­der, fais-​le maintenant.

Le cap­tif pria pour le par­don de ses fautes, son admis­sion à la gloire céleste, et deman­da à Dieu de pré­ser­ver ou de déli­vrer de la peste tous ceux qui auraient recours à lui. Puis, il s’étendit sur la terre, leva les yeux vers le ciel, et sa belle âme s’échappa de son corps. C’était le 16 août 1327.A l’instant, à tra­vers les fentes de la porte de son cachot, on vit paraître les rayons d’une brillante lumière : on s’empressa d’ouvrir, et l’on aper­çut, éten­du à terre, le corps du pri­son­nier deve­nu tout res­plen­dis­sant. A côté, une plan­chette por­tait cette ins­crip­tion : « Ceux qui, frap­pés de la peste, implo­re­ront le secours de Roch, seront déli­vrés de la ter­rible maladie. »

Le fait fut aus­si­tôt rap­por­té au magis­trat de la cité. L’oncle de Roch fut rem­pli de dou­leur et de confu­sion, car, à son insu, il avait été le bour­reau de son propre neveu et bien­fai­teur insigne. Pour répa­rer sa cruau­té dans la mesure du pos­sible, il fit expo­ser les restes du saint homme à la véné­ra­tion des fidèles : car, après les mer­veilles que l’on racon­tait de lui, per­sonne ne dou­tait que Dieu l’eût mis au nombre des Saints. La foule s’empressait de venir lui bai­ser les pieds et les mains. On lui fit des obsèques triom­phales. Ses restes furent dépo­sés dans l’église prin­ci­pale, et plus tard on les trans­por­ta dans une cha­pelle bâtie en son honneur.

Le culte de saint Roch

Dès lors, les popu­la­tions de la Provence et du Languedoc, celles des régions de l’Italie où Roch avait séjour­né, eurent recours, dans toutes les mala­dies conta­gieuses, à la puis­sante inter­ces­sion du ser­vi­teur de Dieu. Mais ce culte était local, il allait s’étendre à l’Eglise uni­ver­selle. On raconte que tan­dis que le Concile géné­ral s’était réuni dans la ville de Constance pour mettre fin à ce qu’on a appe­lé « le Grand Schisme d’Occident », une ter­rible épi­dé­mie s’abattit sur la cité et mena­ça d’interrompre les tra­vaux des Pères, au grand détri­ment de la chré­tien­té. Mais un jeune Allemand pro­po­sa, sous l’inspiration divine, de prier saint Roch, selon une pra­tique usi­tée déjà dans de nom­breuses contrées en des cir­cons­tances semblables.

Aussitôt, on se livre à la prière, au jeûne ; on orga­nise des pro­ces­sions dans les­quelles on porte l’image du saint pèle­rin. Devant elles, le fléau paraît s’enfuir ; bien­tôt il ne reste plus un malade dans la ville, tous sont gué­ris. A ce moment-​là saint Roch fut en quelque sorte cano­ni­sé par les accla­ma­tions des évêques. Rome confir­ma par la suite la légi­ti­mi­té de ces hon­neurs en auto­ri­sant sous le pon­ti­fi­cat d’Alexandre VI, de pieuses confré­ries et l’érection d’une église en l’honneur du Saint en ins­cri­vant ensuite son nom au mar­ty­ro­loge romain sous Grégoire XIII.

Saint Roch est hono­ré dans la famille fran­cis­caine comme l’un des patrons du Tiers-​Ordre, en ver­tu d’une tra­di­tion selon laquelle le saint pèle­rin aurait fait par­tie de cette pieuse milice. Le Souverain Pontife Innocent XII accor­da aux Frères Mineurs de l’Observance la facul­té de célé­brer sa fête sous le rite double majeur.

Iconographie et popularité de saint Roch

La dévo­tion des peuples envers le ser­vi­teur de Dieu, loin de s’affaiblir avec le temps, n’a fait que s’accroître. L’iconographie si riche du Saint en four­nit en témoi­gnage irré­cu­sable. Depuis la fin du XIVe siècle, la sculp­ture et la pein­ture n’ont pas ces­sé, avec un art plus ou moins grand, mais tou­jours pour expri­mer l’ardente confiance des peuples, de repré­sen­ter saint Roch aux époques les plus carac­té­ris­tiques de sa vie : on le voit prin­ci­pa­le­ment gué­ris­sant les pes­ti­fé­rés, aver­ti par un ange qu’il est atteint par l’épidémie et mon­trant sa plaie, plus rare­ment rece­vant la nour­ri­ture d’un chien deve­nu son légen­daire com­pa­gnon, ou encore mou­rant dans sa pri­son. Ses heu­reux conci­toyens conservent et célèbrent sa mémoire avec un soin jaloux. Une magni­fique église s’est éle­vée à Montpellier pour per­pé­tuer à tra­vers les âges le nom immor­tel de saint Roch. Chaque année, en cette église votive des foules nom­breuses viennent implo­rer sa protection.

Toutefois, le culte de saint Roch est connu non pas seule­ment à Montpellier et dans les régions médi­ter­ra­néennes, mais il est encore popu­laire dans toute la France, où le Saint est invo­qué comme pro­tec­teur contre les épi­dé­mies et les épi­zoo­ties, c’est-à-dire à la fois en faveur des hommes et des ani­maux. A Paris, autre­fois la fête de saint Roch était deve­nue, sous la pous­sée de la dévo­tion popu­laire, fête d’obligation. Et quand au XVIIe siècle les arche­vêques Hardouin de Péréfixe puis François de Harlay vou­lurent faire ces­ser un usage qui ne s’appuyait sur aucune déci­sion de l’autorité, ils ren­con­trèrent une vive opposition.D’ailleurs presque toutes les paroisses de cette ville avaient leur confré­rie de Saint-​Roch : le 16 août, les groupes pro­fes­sion­nels de fri­piers, rôtis­seurs, « rac­cou­treurs » de bas, car­deurs de laine, paveurs, avaient aus­si cha­cun leur céré­mo­nie propre en diverses églises. Une belle église pari­sienne porte son nom ; la pre­mière pierre fut posée, en 1653, par Louis XIV enfant et la reine-​mère Anne d’Autriche. Elle est le siège d’une confré­rie affi­liée à l’archiconfrérie de Montpellier. Saint Roch est aus­si très hono­ré dans les églises de Lorraine et notam­ment à Nancy, où une église parois­siale lui fut éle­vée dans la ville neuve.

L’Italie, de son côté, n’a jamais ces­sé de faire preuve d’une grande véné­ra­tion pour saint Roch. Sans par­ler de Rome, Venise, en par­ti­cu­lier, lui a été éle­vé un magni­fique sanc­tuaire pour abri­ter des reliques qui, par ruse, dit-​on, furent déro­bées à Montpellier en 1485. Reliques par­tielles, et non son corps tout entier comme l’affirme une tra­di­tion reprise par le Martyrologe, car dès avant 1485 des frag­ments très impor­tants avaient été dis­traits de son corps, notam­ment au béné­fice d’églises provençales.

Source : Un saint pour chaque jour du mois, août, Maison de la Bonne Presse